Kouchner va-t-il réussir là où Cousseran a fait long feu ? Toutes les informations se recoupent en effet pour confirmer qu’à travers ses démarches à Beyrouth et à Damas, l’émissaire français n’a rien obtenu. Pas plus d’ailleurs que La Celle-Saint-Cloud n’a permis de briser la glace de méfiance qui caractérise la crise libanaise. Alors que c’est là l’élément le plus essentiel d’une démarche diplomatique qui, se voulant réaliste, ne se targue pas de proposer une solution toute faite. Mais d’aider en quelque sorte les Libanais à s’aider eux-mêmes, en reprenant langue entre eux. En fait, selon les sources de tous bords, les différentes parties, Syrie comprise, ont assuré la diplomatie française de leur pleine sympathie, en lui offrant le thé. En rendant hommage à Sarkozy pour ses bonnes intentions. Mais en campant fermement, de part et d’autre, sur des positions inconciliables. Sans compter que l’opposition vide pratiquement l’expérience française de son contenu, quand elle refuse de réengager le dialogue national au seul niveau qui vaille, celui des chefs. Toujours est-il que l’initiative française meuble l’espace, en attendant que Moussa prenne la relève. En visitant derechef Beyrouth et Damas. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer, énonçait Guillaume d’Orange. Kouchner tente donc de contourner, sinon de surmonter, les obstacles. Bien que le Hezbollah, fer de lance de l’opposition, ait officiellement informé Cousseran de cette condition préalable sine qua non : un engagement public, officiel, de la majorité en faveur de la priorité gouvernementale. Sans mise en place d’un cabinet d’union, préviennent les hezbollahis, pas de dialogue. On sait que par ailleurs, ainsi que le déclare le chef de leur bloc parlementaire Mohammad Raad, ils menacent également de torpiller la présidentielle, s’ils ne décrochent pas auparavant « leur » tiers de blocage. En outre, les opposants refusent de promettre que leurs ministres ne démissionneraient pas. Ou de contribuer à assurer le quorum pour la présidentielle, s’il ne devait pas y avoir accord sur le successeur.
La majorité montre plus de souplesse. Elle insiste certes sur la nécessité absolue d’assurer avant tout la présidentielle, pour prévenir le vide institutionnel. Pour elle, une entente à ce propos constituerait ipso facto une entrée en matière positive pour résoudre à l’amiable tous les autres problèmes. Mais elle accepte d’envisager (elle le propose même) un package-deal englobant le gouvernement et l’élection d’un nouveau chef de l’État. En faisant valoir qu’il est tout à fait illogique de mettre l’accent sur le cabinet, pour le peu de temps qui reste avant la présidentielle. Et de se lancer dans d’interminables négociations sur le programme comme sur la répartition des portefeuilles. Alors que le gouvernement ainsi formé ne pourrait, en pratique, que se contenter d’expédier les affaires courantes. Cependant, comme le relève un ancien ministre des Affaires étrangères, la solution ne peut être uniquement libanaise. Dès lors, les positions des uns et des autres restent modifiables, en fonction des développements au niveau des parties extérieures. Et des résultats (positifs, négatifs ou nuls) qui ont lieu actuellement entre les axes, le syro-iranien d’un côté, l’américain de l’autre. S’il devait y avoir détente sur ce front, la crise libanaise pourrait s’en trouver résolue comme par un coup de baguette magique. En base de n’importe quel arrangement transitoire. On sait, à ce sujet, que nombre d’idées circulent : un cabinet provisoire ou permanent, la désignation du commandant en chef à la tête de l’Exécutif s’il n’y a pas accord sur la présidentielle, un président pour deux ou trois ans, etc. Des suggestions que certains ont d’ailleurs discutées avec les Français. Mais que la majorité rejette : elle ne veut ni d’un président passe-muraille ni d’un pouvoir confié aux militaires. Même s’il est de plus en plus question que la présidentielle ne puisse se tenir dans les délais. Un risque de vide, voire d’effritement, contre lequel les conciliateurs, arabes ou occidentaux, mettent en garde autant que Bkerké. À noter qu’un député opposant affirme que la présidentielle aura bien lieu, qu’il n’y a pas de vide à craindre, ni de secousses sur le terrain, ou de come-back syrien. Mais il insiste sur deux choses : un cabinet d’union d’abord, puis un président qui aurait l’agrément de l’opposition.
Philippe ABI-AKL
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