Dans le jargon juridique, une affaire classée c’est, évidemment, un problème, un casse-tête en moins. Beaucoup d’optimistes invétérés ont donc espéré qu’avec l’adoption du tribunal international par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce dossier explosif était désormais neutralisé. Ils ont dû déchanter rapidement : la main tendue par Saad Hariri, au soir même de la promulgation de la résolution 1757 créant le tribunal, a sèchement été ignorée par les prosyriens. Qui n’oublient pas pour leur part, et pour cause d’ordre permanent donné par Damas, que, comme les évêques maronites l’ont souligné dans un manifeste, le tribunal constitue le nucleus même de la crise. Il faut donc se méfier de l’eau dormante. L’agitation tourne aujourd’hui autour des partielles ainsi que de la présidentielle. On reparle de dialogue via l’initiative française. Mais le tout se trouve saupoudré par le maintien obstiné de la condition sine qua non posée par les prosyriens concernant la mise en place d’un cabinet d’union. Avec tiers de blocage. L’objectif principal, dans l’ordre pratique des choses, restant de court-circuiter le tribunal, bête noire de Damas.
Certes, il est trop tard pour torpiller la création même de l’instance. Mais par diverses manœuvres, comme une levée de boucliers contre les juges choisis pour représenter le Liban, ou par des contre-décisions concernant la procédure et les quatre généraux, on peut encore faire du tribunal une coquille vide.
Dès lors, il est aussi inquiétant que rassurant d’entendre reparler du tribunal. En raison du fait que Ban Ki-moon a sollicité La Haye pour héberger la cour. Il souligne, dans sa requête, la logique de la démarche, puisque les Pays-Bas accueillent déjà la Cour internationale de justice, la Cour pénale internationale et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Un détail d’importance, que souligne le porte-parole onusien Farhan Haq : le financement sera allégé si La Haye accepte la demande, car cette métropole dispose déjà de l’infrastructure et de la logistique adéquates.
Pour sa part, le ministre libanais de la Justice, Charles Rizk, appelle de ses vœux l’arrêt de la controverse sur le tribunal. Antérieurement, il avait précisé que ce dossier ne devait pas servir de pivot d’attaque contre la Syrie. Ajoutant qu’il fallait persuader ce pays qu’il est également dans son intérêt que justice soit rendue. Pour relever, en substance, que son attitude de blocage la desservait, puisqu’elle suscite des suspicions à son encontre.
Dès le départ cependant, Rizk avait tenu à souligner que la 1757 constitue un préambule et nullement un épilogue. Ce qui était certes une tentative de calmer le jeu. Mais aussi de reconnaître implicitement qu’on n’en a pas fini avec le dossier. Il soulignait que beaucoup d’eau coulerait encore sous les ponts avant qu’on n’ait achevé la mise en place effective du tribunal. Dont l’entrée en fonctions, souhaite-t-il toujours, suscitera une confiance unanime, en apportant la garantie d’un procès parfaitement équitable et purement juridique. Aux fins d’établir la vérité sur l’assassinat du président Hariri et de ses compagnons. Mais loin de toute politisation au profit de telle ou telle partie. Dans ce même cadre, les immixtions locales, régionales ou internationales, ainsi que les bazars se trouveraient ignorés, neutralisés. Rien ne devant faire dévier la justice de sa voie. À partir du moment où Brammertz remettrait ses conclusions au tribunal. Un espoir qu’on aimerait pouvoir partager…
Jean ISSA
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