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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE La dimension historique d’un scrutin Michel TOUMA

En période de crise existentielle, une vision manichéenne de la situation s’impose le plus souvent. Tel est le cas du Liban depuis le printemps 2005. Tel est le cas, plus particulièrement, du double scrutin partiel qui devrait avoir lieu au Metn-Nord et à Beyrouth le 5 août prochain. Une fois n’est pas coutume : ces élections dépasseront le cadre classique d’une rivalité purement personnelle entre candidats dont le seul cheval de bataille est le traditionnel clientélisme « à la libanaise » ; elles devraient offrir au contraire aux électeurs des circonscriptions concernées l’opportunité d’opérer un choix clair entre deux projets politiques antagonistes reflétant le bras de fer dont le pays est le théâtre depuis plus de deux ans. De fait, et à moins que les candidats de l’opposition – voyant venir une défaite cuisante et inéluctable – ne se retirent au dernier quart d’heure, la consultation populaire du 5 août est appelée (du moins en principe) à opposer deux options stratégiques de base : l’option de la coalition du 14 Mars, qui se traduit par une lutte se poursuivant depuis le printemps de Beyrouth afin de consolider les acquis de l’intifada de l’indépendance et de rendre irréversible le projet libaniste et souverainiste, sous la houlette du Conseil de sécurité de l’ONU, et sous l’impulsion des États-Unis, de la France et de l’Union européenne ; et la seconde option qui se traduit par la ligne de conduite de l’axe syro-iranien, lequel fait feu de tout bois et n’épargne aucun moyen – des pressions politiques au terrorisme – pour saper les fondements de la révolution du Cèdre. Les cas particuliers de chacune des circonscriptions de Beyrouth II et du Metn-Nord ont toutefois pour effet d’apporter un bémol et de relativiser la portée de ce double duel électoral. Dans la capitale, le candidat de l’opposition (présenté par le Mouvement du peuple, conduit par Najah Wakim) ne fera pas ainsi le poids face à celui du Courant du futur en raison du boycott annoncé du tandem chiite Hezbollah-Amal. Si bien que ce sera peut-être, dans une certaine mesure, le taux de participation et le report des voix sur le candidat haririen qui pourraient constituer le baromètre de l’adhésion populaire aux options du 14 Mars. Au Metn-Nord, le cas de figure est plus complexe. Si le Courant patriotique libre maintient son candidat dans la course, le scrutin devra alors, théoriquement, permettre au courant aouniste de tester les répercussions dans les urnes de son alliance stratégique avec le Hezbollah et de son alignement sur la politique de l’axe Téhéran-Damas. Car même s’il s’en défend publiquement, force est de relever que le général Michel Aoun s’est placé objectivement et pratiquement dans le camp syro-iranien dont il a épousé le discours et les slogans politiques, et dont il contribue concrètement à réaliser les objectifs, fussent-ils en contradiction avec la ligne de conduite souverainiste que le CPL suivait jusqu’à la conclusion de l’entente avec le Hezbollah. C’est donc sur cet alignement aouniste sur le tandem Téhéran-Damas que les électeurs du Metn-Nord doivent se prononcer le 5 août. Mais c’est compter sans les cas spécifiques de l’électorat respectif du Tachnag et de Michel Murr. Traditionnellement, les clientèles du parti arménien et de l’ancien vice-Premier ministre suivent dans une large mesure les consignes de leur chef de file sans se montrer, généralement, très regardants sur la signification politique de leur choix lorsque ce cas se présente. De sorte que ce double suivisme quasi aveugle fausse le jeu quant à la portée de la consultation populaire. Du moins s’il se confirme réellement dans les faits. Dans le cas contraire, en d’autres termes, si ce paramètre clientéliste était atténué au maximum, le scrutin au Metn-Nord pourrait alors permettre de jauger l’impact électoral du comportement déviationniste du CPL depuis la signature de l’accord avec le Hezbollah, en février 2006. Dans le contexte historique présent, et compte tenu des véritables enjeux stratégiques qui sous-tendent le rendez-vous du 5 août, l’électorat du Tachnag et celui de l’ancien vice-Premier ministre se doivent par voie de conséquence de dissocier cette fois-ci leur allégeance clientéliste traditionnelle de la signification politique du choix qu’ils feront dans les urnes. Lorsque des options fondamentales engageant le sort du pays sont en jeu, établir une nette distinction entre la dimension politique (et historique) d’un vote et les calculs politiciens réducteurs constitue l’une des clés de l’édification d’une nation véritablement démocratique. Puissent les électeurs du Metn-Nord et de Beyrouth se souvenir d’une telle réalité lorsqu’ils déposeront leur bulletin dans l’urne le 5 août prochain.
En période de crise existentielle, une vision manichéenne de la situation s’impose le plus souvent. Tel est le cas du Liban depuis le printemps 2005. Tel est le cas, plus particulièrement, du double scrutin partiel qui devrait avoir lieu au Metn-Nord et à Beyrouth le 5 août prochain.
Une fois n’est pas coutume : ces élections dépasseront le cadre classique d’une rivalité purement personnelle entre candidats dont le seul cheval de bataille est le traditionnel clientélisme « à la libanaise » ; elles devraient offrir au contraire aux électeurs des circonscriptions concernées l’opportunité d’opérer un choix clair entre deux projets politiques antagonistes reflétant le bras de fer dont le pays est le théâtre depuis plus de deux ans. De fait, et à moins que les candidats de l’opposition – voyant venir...