Au-delà des déclarations officielles de solidarité sans faille, la coopération internationale contre le terrorisme est confrontée aux intérêts parfois divergents des pays alliés des États-Unis, qui s’accroissent à mesure que le choc des attentats du 11 septembre s’éloigne.
«Quand les gens me posent des questions sur la coopération antiterroriste et sur nos alliés à travers le monde, il s’agit de savoir s’ils nous donnent tout ce que nous voulons. Ce n’est presque jamais le cas », a déclaré mardi la conseillère de la Maison-Blanche à la Sécurité intérieure, Frances Townsend, alors qu’elle était interrogée sur le soutien d’Islamabad. « Chaque allié participe à la lutte contre le terrorisme à travers le prisme de son intérêt national », a-t-elle admis.
Ce constat qui tranche avec les discours officiels saluant l’amitié et la coopération entre les États-Unis et leurs alliés « n’est pas une surprise » pour John Pike, directeur de GlobalSecurity.org, un centre d’analyses à Washington. « Le niveau de coopération aujourd’hui est moindre qu’il ne l’était en septembre 2001. Les Américains avaient alors plus ou moins reçu un chèque en blanc », dit-il dans un entretien avec l’AFP. Les intérêts des États-Unis et de leurs alliés ne sont pas complètement similaires, relève-t-il. Pour l’Administration Bush, la lutte contre le terrorisme est la priorité mais, « pour d’autres pays, Oussama Ben Laden (chef d’el-Qaëda) n’est qu’un problème parmi beaucoup d’autres », souligne-t-il. Selon lui, l’impopularité à travers le monde de la guerre en Irak décidée par l’Administration Bush et de la prison de Guantanamo, où sont détenus depuis des années sans inculpation des individus soupçonnés de terrorisme par les États-Unis, pèse aussi sur la coopération internationale.
La lutte contre le terrorisme menée par les États-Unis après le 11 septembre a suscité parfois des tensions avec leurs alliés européens. Quant au Pakistan, il n’est pas forcément en mesure de faire ce que les États-Unis souhaitent. « M. Musharraf aimerait coopérer, mais le gouvernement pakistanais n’a jamais contrôlé cette partie du pays », souligne M. Pike, faisant référence aux zones tribales pakistanaises à la frontière avec l’Afghanistan où les talibans et el-Qaëda se sont renforcés, selon Washington. De toute façon, « la réalité est que nous ne serons jamais complètement d’accord sur qui est un terroriste ou comment les combattre. On sait très bien que la lutte contre le terrorisme est exploitée comme une arme politique et peut-être le prolongement d’un conflit par d’autres moyens », selon Anthony Cordesman, expert au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), lors d’une présentation sur ce sujet l’an dernier. « Trop de pays définissent le terrorisme différemment et ont des façons différentes de combattre le terrorisme, des valeurs culturelles et des critères juridiques différents et une approche des droits de l’homme différente », ajoute-t-il.
Malgré ces différences, M. Cordesman estime qu’il n’y a pas d’autre option que la coopération internationale. « Des institutions comme l’ONU sont le seul moyen de surpasser les lignes de fracture qui divisent le monde », dit-il. « La clé du succès est de se concentrer sur l’art du possible et sur le partenariat et la coopération au lieu d’avoir un pays ou une culture essayant d’avoir la prééminence » dans cette lutte mondiale contre le terrorisme, ajoute-t-il, en référence implicite aux États-Unis.
La Maison-Blanche a semblé admettre mardi qu’elle n’avait pas les moyens d’amener les pays alliés des États-Unis à faire ce qu’ils demandent. « Si je ne coopérais qu’avec ceux qui me donnent 100 % de ce que je veux ou juge nécessaire, je n’aurais pas beaucoup d’alliés à travers le monde », a dit Mme Townsend.
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«Quand les gens me posent des questions sur la coopération antiterroriste et sur nos alliés à travers le monde, il s’agit de savoir s’ils nous donnent tout ce que nous voulons. Ce n’est presque jamais le cas », a déclaré mardi la conseillère de la Maison-Blanche à la Sécurité intérieure, Frances Townsend, alors qu’elle était interrogée sur le soutien d’Islamabad. « Chaque allié participe à la lutte contre le terrorisme à travers le prisme de son intérêt national », a-t-elle admis.
Ce constat qui tranche avec les...