À l’approche de la présidentielle, chaque opposant ou presque y va de son petit scénario d’arrangement. Les loyalistes spéculent bien moins sur le sujet. D’une part parce que leurs choix sont faits. Il faut qu’il y ait élection, avec ou sans consensus, avec ou sans quorum des deux tiers. D’autre part, faut-il le rappeler, parce que bon nombre d’entre eux se sont réfugiés à l’étranger, suite à l’assassinat de Walid Eido.
Du côté des prosyriens et alliés, les suggestions portent, dans l’ordre, sur les deux éventualités principales que l’on peut envisager à ce stade préliminaire. À savoir, une entente avec la majorité sur un président dit de consensus qui aurait l’aval de Damas. Ensuite, en cas de blocage, les moyens à mettre en œuvre pour contrer le camp du 14 Mars.
Compromis dans le compromis : certains proposent que l’on se rabatte sur une formule palliative transitoire. Il s’agirait d’élire un président en fixant son mandat à deux petites années seulement. Laps de temps suffisant, selon eux, pour la mise en place d’un cabinet d’union, ayant pour mission d’élaborer une loi électorale et d’organiser des législatives dans les meilleurs délais. Après quoi, il appartiendrait à la nouvelle Chambre de refonder le système tout entier. Pour ces sources, la personnalité la mieux apte à prendre en main les rênes durant les deux ans à venir serait le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane. Étant donné, disent ces cadres, que la phase actuelle est essentiellement sécuritaire. Et qu’une fois clôturé l’épisode Nahr el-Bared, il faudra bétonner la stabilité interne. Ils ajoutent que le général Sleimane a prouvé, dans la conduite de la lutte contre les terroristes, ses qualités de chef mais aussi de sage, veillant à préserver les civils palestiniens.
Réticences internes
Mais d’autres, au sein même de l’opposition, se rebiffent contre l’idée qu’on ramène à deux ans le mandat du président de la République, ne serait-ce que pour une seule fois. Ils estiment que l’on consacrerait de la sorte la réduction du rôle, la marginalisation de la première présidence. En contraste avec la consolidation permanente des positions des deux autres présidences. Ces sources reprochent à leurs partenaires du 8 Mars de se montrer aussi peu soucieux de l’autorité de Baabda que les majoritaires, et de contribuer à son isolement. Ce qui est, par exemple, une manière de rappeler, sans le nommer, que le président Berry ne visite plus Baabda depuis deux ans. Tandis que le général Michel Aoun n’a rencontré le président Émile Lahoud qu’une seule fois, à l’occasion des consultations parlementaires ayant précédé la désignation de M. Fouad Siniora comme chef de gouvernement. À dire vrai, les deux généraux s’étaient donné rendez-vous une fois par la suite, mais le chef du CPL avait annulé la rencontre quand il avait appris que la presse en avait eu vent. Sayyed Hassan Nasrallah n’est pas non plus un assidu du palais présidentiel, mais il y envoie des délégations de temps à autre.
Bkerké
Ces réserves sont partagées par Bkerké, qui craint que l’on n’établisse, avec les deux ans, un précédent à répétition. Le patriarche Sfeir y voit un risque de lésion dans l’édifice du système politique national. Ce qui revient à mettre en danger les équilibres communautaires. D’une manière d’autant plus accentuée que Taëf a déjà fortement réduit les prérogatives de la présidence de la République assumée par un maronite. En lui ôtant le pouvoir exécutif pour le confier au Conseil des ministres dirigé par un sunnite. Tout comme il ne l’autorise plus à renvoyer le gouvernement ou à révoquer un ministre. La différence se trouvant du reste aggravée par le fait que le président de la Chambre chiite se trouve élu non plus pour une année ou deux, mais pour toute la durée de la législature, quatre ans. Et à ce propos, Taëf a également privé le président de la République du droit de dissoudre l’Assemblée.
Responsabilité
Cependant, ce n’est évidemment pas sans raison que la présidence de la République est attaquée de tous côtés, qu’elle fait l’objet d’une campagne systématique, ouverte ou insidieuse. Dans les faits, dans les réalités, les équations de base s’en trouvent mises en cause, et en jeu. En effet, la présidence de la Chambre et la présidence du Conseil, tirant profit de l’affaiblissement de la présidence de la République, tentent chacune de tirer la couverture de son côté, de rafler autant qu’elle peut d’un pouvoir laissé à l’abandon. Sans que le président maronite, ou les leaderships, de la communauté, ne soient en mesure de jouer les arbitres ou les conciliateurs dans la lutte d’influence que se livrent les chiites et les sunnites. C’est dans ces conditions que l’on évoque le péril d’un vide institutionnel, d’ailleurs déjà réalisé aux trois quarts, au niveau de la présidence de la République. Alors qu’il n’est absolument pas question d’un risque de vacance au niveau des deux autres présidences.
Bien évidemment, nombre de pôles chrétiens, loyalistes mais également opposants, se dressent contre l’éventualité d’un sabotage de la présidentielle. Ils s’indignent que certains mettent l’accent sur la prétendue nécessité d’un cabinet d’union aux seules fins de parer à la vacance de la présidence de la République, présentée comme inéluctable par des prosyriens.
Dans cet ordre d’esprit, des cadres appellent à une conférence des leaderships chrétiens, pour faire le point sur la situation et sur le rôle, dévalué, de cette composante fondatrice du pays. Le premier objectif ponctuel étant de signer un engagement en faveur de la tenue de la présidentielle dans les délais légaux. Pour suivre les préceptes de Bkerké. Et du Vatican, qui va envoyer un émissaire à cet effet. Le deuxième objectif, bien plus difficile à atteindre, on s’en doute, étant de réunifier les rangs, aux fins de rétablir le camp chrétien dans son ancien statut de partenaire primordial sur la scène locale.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À l’approche de la présidentielle, chaque opposant ou presque y va de son petit scénario d’arrangement. Les loyalistes spéculent bien moins sur le sujet. D’une part parce que leurs choix sont faits. Il faut qu’il y ait élection, avec ou sans consensus, avec ou sans quorum des deux tiers. D’autre part, faut-il le rappeler, parce que bon nombre d’entre eux se sont réfugiés à l’étranger, suite à l’assassinat de Walid Eido.
Du côté des prosyriens et alliés, les suggestions portent, dans l’ordre, sur les deux éventualités principales que l’on peut envisager à ce stade préliminaire. À savoir, une entente avec la majorité sur un président dit de consensus qui aurait l’aval de Damas. Ensuite, en cas de blocage, les moyens à mettre en œuvre pour contrer le camp du 14 Mars.
Compromis dans le...