Admic, propriétaire des enseignes Monoprix, BHV et Géant, est sur le marché et elle y reste. Ses créanciers et ses fournisseurs devraient en être sûrs, et tranquilles quant à l’avenir. Admic vient de bénéficier de la caution de la Société financière internationale (SFI), bras privé de la Banque mondiale. Le montage financier est mixte, en faveur de la compagnie libanaise. En effet, la SFI a acquis une participation de 10 % au capital d’Admic, soit l’équivalent de 6,5 millions de dollars, et siégera au conseil d’administration, assurant ainsi la responsabilité des décisions d’expansion à l’avenir de la société. La SFI a également assuré une avance de 13,5 millions de dollars à Admic, échelonnée sur dix ans, avec une période de grâce de 24 mois. Cependant, les taux d’intérêt demeureront confidentiels, selon les vœux du PDG d’Admic, Michel Abché, qui préfère ne pas rentrer dans les détails de l’opération. La qualification de la candidature d’Admic auprès de la SFI s’est faite en un délai de moins de six mois. La structure managériale de la société obéissait aux normes internationales et satisfaisait aux besoins du commerce de détail (retail) moderne.
Depuis 2005, Admic a dû faire face à de nombreuses tempêtes en raison des aléas conjoncturels. Mais elle a, quand même, ramé avec les vagues et s’en est sortie avec ses propres moyens. Aujourd’hui, sa banque, pourvoyeur de fonds, et ses fournisseurs souhaitent se montrer compréhensifs pour ce qui est de la structure déjà en place. Pour l’avenir, ils se montrent plutôt réservés. D’où l’entrée en jeu de la SFI qui assurera le financement des expansions prochaines, en l’occurrence le BHV-City Mall, le plus grand au Proche-Orient, qui devrait voir le jour ce mois-ci.
Ce bol d’oxygène de la SFI apporte à Admic un support financier mais surtout moral, comme dit Michel Abché. Il apporte également un soutien au réseau de fournisseurs d’Admic, qui compte plus de 1 500 agents, et à ce qu’elle représente comme employeur majeur dans le pays avec 1 400 opportunités de travail, si l’on calcule les 300 nouveaux emplois qui seraient créés par l’implantation de BHV-City Mall.
Depuis son dernier entretien avec L’Orient-Le Jour, il y a quatre mois, Michel Abché ne le cache pas. Le directoire de la holding Admic a bel et bien révisé et amendé sa stratégie opérationnelle, à la base particulièrement agressive sur le marché domestique. C’est qu’Admic prévoyait l’ouverture de trois Monoprix d’ici à 2008 au Liban. Aujourd’hui, sa stratégie est plus rationnelle et mesurée, souligne le patron d’Admic qui affirme que la priorité à présent est à une expansion régionale. Le directoire d’Admic a signé un accord avec la direction des Galeries Lafayette pour l’ouverture d’un grand magasin à Dubaï.
Le slogan d’Admic qui consiste à vendre plus et moins cher est toujours de rigueur, assure le « numéro 1 » d’Admic. Mais il ne faut pas se leurrer, dit-il, l’ensemble du marché suit une tendance haussière qui n’est pas tributaire du seul marché domestique. Il cite à titre d’exemple la hausse de la valeur de l’euro face au dollar, la hausse des tarifs des transports et la flambée des prix du brut. « Les événements de Nahr el-Bared ont été désastreux pour la consommation interne, qui est depuis cette date en chute libre », souligne Michel Abché.
Abordant le volet de la sécurité, il affirme, en réponse à une question, que Monoprix, BHV et City Mall sont parmi les sites les mieux sécurisés dans le pays. Les équipements les plus sophistiqués ont été mis à contribution. La direction n’a pas lésiné sur les moyens (l’unité du détecteur de bombes coûte près de 25 000 euros).
Au lieu d’un recours au financement de la SFI, une introduction en Bourse du groupe Admic n’aurait-elle pas été plus simple ? La réponse tombe comme un couperet. Le marché n’est pas mûr pour une telle opération. C’est tout dire.
Liliane MOKBEL
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