De se poser en instrument guerrier de la volonté divine est déjà, en soi, signe de totale déraison. Le plus délirant, cependant, c’est toutes ces ingérences, manipulations et autres entreprises de récupération, imprudemment multipliées d’un peu partout en direction d’organisations éminemment terroristes.
Le procédé n’est pas nouveau, c’est vrai. Pour bouter les Soviétiques hors d’Afghanistan, les Américains en ont abondamment usé dans le passé, armant indistinctement authentiques combattants de la liberté et illuminés de tout poil, pour finir par endurer, au plus profond de leur chair, les terribles coups d’Oussama Ben Laden. Les Saoudiens ont longtemps gorgé de pétrodollars canalisés par des institutions caritatives la vipère qui dormait en leur sein ; pour eux aussi, le réveil aura été dur. Par on ne sait quel prodige, la Syrie baassiste échappe depuis plus d’un quart de siècle aux dures déconvenues des apprentis sorciers. Elle a impitoyablement éliminé les Frères musulmans sur son propre territoire, mais, dans le même temps, elle a favorisé l’éclosion de maintes organisations similaires dans ce qui était son protectorat libanais. Elle est accusée d’exporter des militants islamistes en Irak, et les preuves de son implication active dans les dernières secousses au Liban ne font que s’accumuler auprès des autorités judiciaires.
Il reste que dans le climat de tensions communautaires – et de sournoise course aux armements – qui règne depuis quelque temps au Liban, la Syrie n’est sans doute pas seule hélas à jouer avec le feu. Sans pour autant faire siennes toutes les allégations de l’opposition, on ne peut que déplorer ainsi les mesquins calculs qui, en 2005, ont présidé à la remise en liberté de dizaines d’égorgeurs de militaires, présentée comme l’indispensable complément de l’amnistie accordée au chef des Forces libanaises Samir Geagea. On ne peut que regretter, de même, les largesses financières dont auraient bénéficié, à des fins politiques ou électorales, des groupes bien peu fréquentables. Mais surtout, on ne peut que s’étonner du laxisme des services sécuritaires, lesquels en effet n’auront lancé la chasse aux terroristes qu’après que ceux-ci eurent pris l’initiative d’une insolente et brutale déclaration de guerre contre les institutions – mais aussi le peuple – du Liban.
C’est sur ce point précis d’ailleurs que les responsabilités doivent indiscutablement – et très équitablement – être partagées. Car s’il est bien vrai que d’aucuns, ici même, ont flirté un moment avec le diable, d’autres ne se décident toujours pas à exorciser les démons attachés à leurs pas. Mosaïque de confessions, le Liban n’est pas un pays comme les autres. D’associer la religion militante, la religion armée à la politique – qu’il s’agisse du wahhabisme ou du khomeynisme – ne peut que s’y avérer mille fois plus dévastateur que partout ailleurs dans cette partie du monde. À cet égard, le programme de Fateh el-Islam est sinistrement explicite : guerre aux croisés (les chrétiens), guerre aussi aux mécréants et autres renégats, aussi bien sunnites que chiites, guerre enfin à la Finul stationnée dans le Sud du pays. Pour cette raison, l’éradication intégrale du Fateh el-Islam ne doit souffrir aucune nuance, ne doit faire l’objet d’aucune réserve, d’aucune concession.
Faillir de quelque manière à cette obligation élémentaire équivaut à renier le Pacte national sur lequel repose ce pays. Prôner un règlement politique de l’affaire de Nahr el-Bared, c’est seulement différer l’issue du conflit, c’est assujettir celle-ci à des conditions sans cesse plus défavorables. C’est ravaler l’armée au rang de simple protagoniste d’un fâcheux mais somme toute banal malentendu. C’est exactement ce qui s’est déjà produit dans le camp de Aïn el-Héloué où des groupes décrétés hors la loi ont été admis à jouer les forces tampons, aux côtés des organisations palestiniennes régulières. Ce qu’on leur reproche à ces repris de justice ? Une vétille, l’assassinat de quatre juges en plein tribunal de Saïda.
Issa GORAIEB
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Le procédé n’est pas nouveau, c’est vrai. Pour bouter les Soviétiques hors d’Afghanistan, les Américains en ont abondamment usé dans le passé, armant indistinctement authentiques combattants de la liberté et illuminés de tout poil, pour finir par endurer, au plus profond de leur chair, les terribles coups d’Oussama Ben Laden. Les Saoudiens ont longtemps gorgé de pétrodollars canalisés par des institutions caritatives la vipère qui dormait en leur sein ; pour eux aussi, le réveil aura été dur. Par...