Est-ce une amorce de virage sur l’aile ? Le Courant patriotique libre s’inscrit en faux contre les assertions du Hezbollah concernant les camps palestiniens. Mais en précisant que le pacte d’entente bilatéral n’interdit pas les divergences de vues. On ne peut donc sauter aux conclusions pour estimer, comme le font certains, que les aounistes virent complètement de bord. Par contre, sur le plan de la présidentielle, qui cristallise comme on sait le débat au sein de la communauté chrétienne, c’est avec beaucoup d’intérêt que les professionnels se penchent sur la visite des députés maronites aounistes au siège patriarcal de Bkerké. D’autant que cette démarche vient couronner toute une série de contacts CPL de concertation et de coordination, sur orientation du général Michel Aoun, avec Bkerké. Les échanges portant sur les moyens à mettre en œuvre pour unifier les rangs chrétiens, sinon sur tous les plans du moins au sujet de la présidentielle. Pour parvenir éventuellement à un accord sur le meilleur choix possible. Objectivement. C’est-à-dire qu’il s’agit, comme le souhaite le patriarche, de doter le pays en crise du président le plus à même de l’aider efficacement à se dégager de l’ornière, tant politique que financière, ou socio-économique.
Une fois la sélection des postulants plausibles arrêtée intra muros entre leaderships maronites, elle serait soumise à l’examen des autres composantes politiques principales du pays. Lesquelles ont presque toutes fait savoir, depuis longtemps, qu’elles considèrent l’avis de Bkerké primordial, sinon décisif, en la matière.
Il convient dès lors de rappeler les critères fixés, sous égide du patriarche, dans le manifeste des évêques maronites :
– Le prochain président devrait être élu par le plus grand nombre de voix possible. Pour bien asseoir sa légitimité nationale.
– Il faut assurer à sa fonction l’autorité et l’immunité nécessaires à son rôle d’arbitre impartial se plaçant au-dessus de toute mêlée.
– La controverse sur la conformité d’un accord préliminaire sur un choix ou une sélection déterminés avec l’esprit démocratique est, à tout prendre, bien vaine. Car ce qui compte en définitive, c’est que les mécanismes constitutionnels soient bien respectés. Sur le fond comme sur la forme.
– Ce qui implique que les conditions posées par certains parlementaires pour participer à la séance électorale, et assurer le quorum, à savoir que l’on s’entende d’abord sur la personne du président, sont également inadéquates. Du moment que la priorité, sous-jacente dans la Constitution, est de préserver les institutions du vide, en évitant tout torpillage électoral. Même s’il n’y a pas entente préalable, les représentants de la nation doivent faire montre de bonne volonté et faire leur devoir civique. Réunis en collège électoral, ils sont tenus de voter en conscience pour celui qu’ils estiment le plus qualifié. Et s’ils jugent qu’aucun des candidats ne leur convient, ils restent libres de bouder le scrutin, mais en étant bien présents place de l’Étoile. Car alors leur boycottage ne viserait pas la nation ou l’institution, mais d’autres parties politiques adverses.
Précisions
Le patriarche Sfeir a tenu à certifier cette position d’ensemble en personne au président Émile Lahoud en lui rendant visite à Baabda. Il a insisté sur la nécessité de voir la présidentielle se tenir dans les délais légaux, sans blocage. En laissant entendre qu’un sabotage qui aurait pour but de justifier la mise en place d’un deuxième gouvernement face à l’actuel plongerait le pays dans l’anarchie. Perspective absolument inadmissible.
Retour aux aounistes. Le secrétaire général du Bloc de la réforme et du changement, le député Ibrahim Kanaan, avait commenté fort positivement le communiqué épiscopal. Il relevait que le texte n’était pas isolé et ne pouvait être dissocié des constantes stratégiques de l’Église maronite. Ajoutant que l’échéance constitutionnelle et démocratique de la présidentielle s’inscrit dans le cadre d’un programme global de solution. Car il ne faut pas que l’élection vienne consacrer le clivage de crise, mais au contraire constituer une entrée en matière pour en sortir. Le député a souligné les appréhensions patriarcales au sujet d’un vide institutionnel au niveau de la présidence de la République. À son avis, pour faciliter, voire pour permettre, une saine opération électorale, il faut s’efforcer de tracer un parcours, un programme, politique valable. Sans chercher à imposer une condition préalable d’accord sur tel ou tel nom. Le député a enfin affirmé que le projet de Michel Aoun se fonde sur la primauté d’une entente entre Libanais, contre toute logique de confrontation.
Autre membre du bloc aouniste, le député Neemetallah Abi Nasr a déclaré, à l’issue de la visite à Bkerké, que ses pairs et lui se sont mis à la disposition du patriarche. Certaines sources informées affirment que les aounistes ne sont pas prêts à participer à ce torpillage du quorum, que d’autres forces opposantes souhaitent sans doute. Ils tiennent, d’après ces sources, à se montrer conséquents avec eux-mêmes. Réclamant que la présidence ne soit pas vacante, ils ne peuvent contribuer à ce qu’elle le devienne.
Il faut donc voir maintenant si les leaderships chrétiens vont s’accorder autour de la nécessité d’organiser effectivement la présidentielle. Ce qui implique qu’ils feraient front ensemble aux tentatives de torpiller l’élection.
Le choix devait en principe se porter sur un candidat répondant aux qualifications définies par le patriarche Sfeir. À savoir l’autorité, l’immunité, la transparence, la lisibilité de son parcours futur à travers l’historique de son passé politique, son aptitude au rôle d’arbitre.
Quant au leader des Forces libanaises, Samir Geagea, il a annoncé qu’il est disposé à rencontrer le général Aoun pour discuter de la présidentielle. Si ces retrouvailles devaient avoir lieu, le patriarche Sfeir s’en trouverait sans doute encouragé à rassembler les leaders chrétiens, notamment maronites, à Bkerké.
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