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Yarzé serait pour le moins agacé par les propos de Nasrallah… Philippe ABI-AKL

Opposantes ou loyalistes, les sources concordent. Les personnalités des deux bords qui ont rendu à Yarzé des visites de condoléances pour les soldats tombés face à Fateh el-Islam rapportent que le commandement ne cache pas son mécontentement au sujet du discours de sayyed Hassan Nasrallah. On sait que vendredi, le secrétaire général du Hezbollah avait tout uniment déclaré que si l’armée constitue une ligne rouge, les camps palestiniens aussi. Une mise à pied d’égalité d’autant plus marquée qu’il a omis de souligner les crimes de Fateh el-Islam, ou de distinguer entre agresseur et agressé. Il y a là sinon une disculpation, du moins une atténuation voilée de culpabilité. Cela alors que les Palestiniens se sont lavé les mains de l’organisation terroriste, affirmant qu’elle a été parachutée de force dans le camp de Nahr el-Bared. Pour des objectifs sectaristes, criminels ou politiques, qui n’ont rien à voir avec la cause palestinienne ou avec l’islam. Les responsables syriens soutiennent de leur côté qu’eux non plus n’ont rien à voir avec Fateh el-Islam, qui, à les en croire, est lié à el-Qaëda. Selon des sources fiables, le commandement de Yarzé n’a pas manqué de communiquer diverses remarques sur le discours de sayyed Nasrallah à la délégation du Hezb qui, comme tout le monde, lui a rendu récemment une visite de condoléances pour les martyrs de l’armée. Les visiteurs ont tenté d’apporter un éclairage lénifiant aux propos de leur leader, affirmant qu’il a été mal compris. Dans des déclarations parallèles, certains parlementaires du bloc hezbollahi ont soutenu que la position du sayyed a été mal interprétée, à dessein selon eux, par les loyalistes. N’empêche : des indépendants relèvent que dans ses envolées, le leader du Hezb a pour le moins manqué du sens de la nuance. On l’a ainsi entendu réclamer un procès équitable pour les agresseurs, comme si la justice de son pays manquait ordinairement d’équité. Assez ironiquement, ces cadres se demandent si dans ces conditions, sayyed Hassan Nasrallah n’aurait pas mieux fait de demander que les assassins soient traduits devant le tribunal international ! Ils ajoutent que si l’on veut un procès équitable, cela signifie en pratique que les coupables soient livrés à la justice. Mais comment y parvenir, si l’impasse d’un accord dans ce sens se confirme, sans opérer une descente dans le camp de Nahr el-Bared, donc sans y pénétrer. Or sayyed Nasrallah refuse catégoriquement une telle entrée. Apportant de la sorte une bouffée d’oxygène aux terroristes, comme du reste à certaines organisations palestiniennes elles-mêmes proches de l’irrégularité et de l’illégalité. Au début, notent ces sources, prises sans doute de court par des développements dont on n’avait pas pris soin de les prévenir, et ne sachant pas où situer Fateh el-Islam (notamment par rapport à l’ancien tuteur), les parties opposantes s’étaient montrées généralement favorables à ce que le nœud soit tranché rapidement. Puis, informées, elles ont dénoncé toute velléité de prise d’assaut du camp. Certains ont même accusé les FSI d’exécutions sommaires dans les rues de Tripoli. D’autres, l’armée de tuer les civils palestiniens. Allant jusqu’à affirmer que l’État a planifié et provoqué les événements. C’est ce que sayyed Nasrallah a lui-même laissé entendre, demandant à la majorité comme au gouvernement où ils entraînaient le pays, à la porte de la saison d’été. Encouragement Par suite de quoi, le Fateh, le Jihad islamique et le FPLP-Commandement général se sont vu conforter dans leur rejet des ripostes de l’armée en direction du camp, repaire des terroristes. Tandis que Fateh el-Islam lui-même élevait le ton, multipliant les menaces apocalyptiques, comme s’il était l’agressé. Après le discours de Nasrallah, rapportent des témoins dignes de foi, les terroristes, dans leurs pourparlers avec les médiateurs palestiniens réguliers, ont posé de nouvelles conditions. À savoir, d’abord que l’armée lève le siège du camp. Ensuite, qu’on leur assure un couloir sûr pour s’en aller. Moyennant quoi, ils livreraient quelques boucs émissaires. Et encore, sous promesse que les peines qui leur seraient infligées ne seraient que mineures ! Bien entendu, l’armée rejette ces exigences. Elle veut que tous les éléments armés impliqués dans la confrontation soient livrés à la justice. Et, par voie de conséquence, que Fateh el-Islam soit démantelé. Par suite de quoi, la brigade de police palestinienne conjointe, dite Lutte armée, prendrait effectivement en charge Nahr el-Bared et le nettoierait. Comme elle était censée le faire depuis longtemps. Corrélation Pour un député de la majorité, la position de sayyed Nasrallah est en parfaite harmonie avec la ligne syrienne. Le leader du Hezb, affirme cette personnalité, se comporte comme un instrument aux mains de Damas. Oubliant sa mission même de chef d’une résistance qui affirme défendre le Liban, et rien que le Liban. Faut-il que l’action du Hezb se transpose du Sud, face à Israël, à l’intérieur, sous prétexte de défendre les gens ? Est-il nécessaire que l’opposition, qui s’est dressée contre les institutions légales civiles, s’en prenne également à l’institution militaire ? Cela en faisant barrage contre toute opération qui s’avérerait nécessaire pour expurger Nahr el-Bared des terroristes qui prennent le camp en otage. Toujours en ce qui concerne la Syrie, quelques questions qui sont autant de charges à peine voilées. Comment Fateh el-Islam a vu le jour ? De quel mouvement d’obédience syrienne est-il le succédané ? Comment a-t-il pu prendre possession du camp ? Comment se fait-il que les Palestiniens, syriennement ligotés au Nord, si l’on peut dire, n’aient pu réagir à l’émergence de cet intrus ? Abbas Zaki répond par une absurdité évidente : l’État libanais, dit-il, ne nous a jamais rien demandé pour ce qui est de mettre Fateh el-Islam au pas. Or, on sait bien qu’il y a extraterritorialité des camps, qu’ils sont sous la responsabilité des Palestiniens, que c’est à eux de voir ce qui s’y passe et d’y remédier. Mais les élisions du responsable en question montrent que les clivages interpalestiniens n’y sont pas pour rien. Il n’y a pas que l’opposition Fateh-Hamas. Il y a aussi les radicaux de stricte obédience syrienne, qui sont du reste les seuls à avoir des bases armées hors des camps. Et il y a de multiples groupuscules activistes, se présentant comme islamistes, qui opèrent dans les camps. Sans compter les regroupements mafieux, eux aussi largement armés. Quoi qu’il en soit, parmi les protagonistes palestiniens principaux, Hamas s’est opposé avec le plus de vigueur à une entrée de l’armée à Nahr el-Bared, à une solution militaire. En affirmant que seule la négociation doit prévaloir. Aveu indirect Position confortée et confirmée par le discours de sayyed Nasrallah. Dont le sens rejoint la ligne téléguidée connue : exploiter les développements pour reprendre le refrain du cabinet dit d’union avec tiers de blocage. En laissant entendre que l’opposition, par les moyens dont elle dispose (ou qu’on lui assurerait), serait en mesure, si elle accède au pouvoir, de régler au mieux la question de Fateh el-Islam. Ce qui implique, mais les intéressés s’en rendent-ils compte, un aveu implicite très grave de connivence sinon de complicité, via le chef d’orchestre que l’on sait. Patron, en quelque sorte, des uns et des autres. Et auquel les opposants font docilement écho, en répétant maintenant après lui que Fateh el-Islam est l’une des branches d’el-Qaëda, section Bilad al-Cham. Un détail assez amusant : le dimanche noir, relèvent les loyalistes, le Hezb n’a réagi aux événements de l’aube qu’à 19 heures. Excuse invoquée : il n’était pas au courant ! Circonstance aggravante : le Hezb soutenait ne rien savoir de Fateh el-Islam, alors que ce mouvement avait été impliqué dans le double attentat de Aïn Alak. Généralement, ajoutent ces sources, le Hezb se targue de tout savoir, de suite, de ce qui se passe en Israël ou aux States. Mais bon, concluent les majoritaires, ce n’est pas son premier exploit du genre. Ses ministres n’avaient-ils pas démissionné soi-disant parce qu’ils n’avaient pas pris connaissance de la convention sur le tribunal, largement publiée dans la presse et commentée à la télévision plusieurs jours auparavant ? Sur un ton plus sérieux, et plus inquiet, les loyalistes se demandent si l’objectif n’est pas de torpiller la présidentielle. Ils s’étonnent enfin que dans son obstination à bloquer le Parlement, le président Berry en oublie ses devoirs les plus élémentaires. À savoir, convoquer la Chambre, sinon pour ratifier le tribunal, du moins pour débattre de Nahr el-Bared et de la situation.
Opposantes ou loyalistes, les sources concordent. Les personnalités des deux bords qui ont rendu à Yarzé des visites de condoléances pour les soldats tombés face à Fateh el-Islam rapportent que le commandement ne cache pas son mécontentement au sujet du discours de sayyed Hassan Nasrallah. On sait que vendredi, le secrétaire général du Hezbollah avait tout uniment déclaré que si l’armée constitue une ligne rouge, les camps palestiniens aussi. Une mise à pied d’égalité d’autant plus marquée qu’il a omis de souligner les crimes de Fateh el-Islam, ou de distinguer entre agresseur et agressé. Il y a là sinon une disculpation, du moins une atténuation voilée de culpabilité. Cela alors que les Palestiniens se sont lavé les mains de l’organisation terroriste, affirmant qu’elle a été parachutée de force dans...