Les chaînes de nos origines sont lourdes à porter, même à des milliers de kilomètres de Beyrouth…
L’attache sentimentale n’est pas seulement liée à la présence de la famille « là-bas », mais aussi à ce que Gebran appelait « Mon Liban ». Cette « prière ailée qui volette le matin », cette beauté dont l’histoire est faite de sang, cette chaîne invisible qui fait part de notre quotidien, qui nous attache à ce petit bout de terre, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi…
Mais restons lucides et regardons-nous en face, le Liban dont Gebran parle, celui que l’on entend dans les chansons de Feyrouz, n’existe que dans notre imaginaire collectif. C’est une fuite vers l’avant faite d’oliviers et de vignes, de vallées immenses, et de bergers silencieux menant leurs troupeaux vers la prairie. Cette vision ne nous amène que désespoir : regardons bien les ruines du sud de Beyrouth, celles du Liban-Sud, toutes ces vies perdues pour une cause, perdue…
Dans ce Liban, prendre l’avion et atterrir à l’aéroport de Beyrouth est militantisme, marcher dans les rues de la ville le soir est militantisme, aller dans un bar avec des amis est militantisme, poursuivre des études à l’université est militantisme.
Militantisme absurde…
Les simples plaisirs de la vie deviennent sources de danger, et le simple fait de vivre est une lutte. Lutte contre des causes, perdues à l’avance, car rien ne ressuscitera ceux qui y sont morts, les enfants, les mères, les pères de famille, sont morts, morts.
La lutte continue, les déflagrations des bombes retentissent dans les oreilles des habitants, les mots de Feyrouz deviennent surréels. Ne vantons plus notre gloire passée, le paysage « biblique » du pays auquel nous appartenons, prenons notre destin en main et essayons de construire un pays nouveau, pays où le clientélisme, les appartenances religieuses, les miliciens qui font la garde pour nous, disparaîtront. Jeunes, soyez ce « jeune homme qui se dresse comme une forteresse, sourit comme l’aube et aime autrui comme lui-même », car sans cela, notre fuite collective vers l’avant continuera, et nous serons pris dans les conflits de ces « vieillards égoïstes » qui, merveilleusement, restent en vie, tandis que des familles entières se retrouvent sous les décombres.
Yazane ALAILY
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