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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Question de prix

Il ne risque pas d’en perdre le sommeil, lui. Et pourtant, David Welch peut se vanter d’avoir déclenché une belle épidémie de nuits blanches parmi la cohorte de candidats, déclarés ou non, à la présidence de la République. Durant la visite de trois jours qu’il vient d’effectuer à Beyrouth et au cours de laquelle il a multiplié les rencontres, le secrétaire d’État adjoint américain n’a pas été avare de déclarations, lesquelles avaient toutes trait à l’échéance présidentielle de l’automne. Ébauchant le profil du président idéal – un homme intègre et non hypothéqué à l’étranger –, il a alimenté ou, au contraire, refroidi bien des hautes espérances. Mais surtout, l’émissaire de Washington a paru défendre une approche de la question alliant à la fermeté de réelles possibilités d’ouverture. La fermeté réside dans la nécessité, impérieuse, d’aider les Libanais à se doter d’un nouveau chef de l’État dans les délais fixés par la Constitution. Déjà gravement fracturé, le pays ne peut en aucun cas, en effet, se retrouver sans président. Ou, pire encore, avec deux présidents et, en prime, deux gouvernements, comme en agite la menace l’opposition proche de la Syrie. De prendre conscience de ce péril n’implique pas pour autant qu’il faille délaisser la proie pour l’ombre. Que les Libanais, le couteau sous la gorge, soient acculés à renouer, par président interposé, avec un avilissant passé de sujétion. Élection à tout prix ? Oui, mais pas à n’importe quel prix : c’est sur ce point crucial que la justice des nations commande la plus grande, la plus intraitable des fermetés. Reste le plus difficile, c’est-à-dire d’assurer un scrutin échappant à toute contestation juridique et constitutionnelle. Le président Nabih Berry, c’est vrai, s’est déjà engagé solennellement à convoquer l’Assemblée dans les temps légaux. C’est toujours cela de changé par rapport aux derniers mois, où l’on a vu le chef du Législatif s’approprier lestement les clés du Parlement, interdisant de la sorte tout débat sur le tribunal international. Mais sur le fond, rien n’a encore changé puisque Berry, fort des exigences de l’opposition, ne déclarera la séance électorale ouverte que si le quorum des deux tiers est atteint ; que si le camp du 8 Mars n’a plus de raison valable de boycotter l’opération ; que si émerge de la foule de candidats un présidentiable capable de réunir tous les suffrages. Ce président-miracle existe-t-il? D’être agréé de tous ferait-il vraiment de lui un homme fort, en mesure de cimenter à nouveau l’unité nationale dans le même temps qu’il restituerait à sa propre communauté la part d’influence qui lui revient sur les décisions étatiques ? De devoir en permanence ménager la chèvre et le chou permettrait-il à un tel président de tenir à distance les loups d’outre-frontière, de raffermir – sans complexes ni défis gratuits – une indépendance qui a coûté fort cher, bien qu’encore inachevée ? À quelques mois à peine de l’échéance fatidique, ces interrogations ne sont pas les seules à hanter les esprits des Libanais. On a déjà perdu un temps précieux en polémiques sur un tribunal international dont tous, pourtant, se disent acquis au principe. On a inlassablement ergoté sur le mécanisme du troc qui, tout ce temps-là, a peu dignement monopolisé la vie politique : un gouvernement d’union en échange du tribunal (et encore, un tribunal revu et corrigé). Or ce verrou est sur le point de sauter, l’ONU s’apprêtant en effet à trancher la question par la voie d’une décision contraignante. L’occasion est bonne pour l’opposition d’arrêter les frais : elle s’est démenée comme un beau diable, elle a fait tout ce qu’elle a pu, elle n’a lésiné ni sur les démissions ni sur les manifestations, grèves et sit-in pour conforter la position de Damas, mais l’inévitable est quand même là. C’est ce que ferait normalement toute opposition libre, véritablement responsable, pénétrée de ses responsabilités nationales. Et c’est précisément de normalité qu’a le plus besoin ce pays ouvert à tous les vents et que ses fils n’ont jamais su mettre à l’abri des ingérences et contre-ingérences. Issa GORAIEB
Il ne risque pas d’en perdre le sommeil, lui. Et pourtant, David Welch peut se vanter d’avoir déclenché une belle épidémie de nuits blanches parmi la cohorte de candidats, déclarés ou non, à la présidence de la République.
Durant la visite de trois jours qu’il vient d’effectuer à Beyrouth et au cours de laquelle il a multiplié les rencontres, le secrétaire d’État adjoint américain n’a pas été avare de déclarations, lesquelles avaient toutes trait à l’échéance présidentielle de l’automne. Ébauchant le profil du président idéal – un homme intègre et non hypothéqué à l’étranger –, il a alimenté ou, au contraire, refroidi bien des hautes espérances. Mais surtout, l’émissaire de Washington a paru défendre une approche de la question alliant à la fermeté de réelles possibilités...