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Jeu double et double je

Avec le crachin de ce printemps poisseux, et en attendant les remugles d’un été nauséeux, voilà que l’air du temps nous amène depuis quelques semaines les miasmes d’une idée aussi koullounesque que clownesque, en passe de donner une richesse inespérée à nos institutions flapies. Jusque-là on se suffisait d’un seul président de la République et d’un seul chef du gouvernement : un Prolongé de force perché à Baabda, et un Raccourci de facto calfeutré au Sérail. Le premier passe son temps à carcailler contre l’illégitimité du second, pendant que ce dernier inonde la boîte aux lettres de Ban Ki-moon de messages frétillants. Les deux hommes ne s’accordent que sur un seul geste empreint de panache et d’élégance : s’essuyer les pieds sur les décisions de l’autre. Mais tant va la cruche aux âneries qu’à la fin elle déborde. Jamais à court d’imagination, la classe politique nous mitonne maintenant un projet de deux chefs d’État et deux chefs de gouvernement. Bonne nouvelle : les Libanais vont bientôt voir double. Mauvaise nouvelle : les ivrognes, qui déjà voient double, devront synchroniser leur rétine avec la progression exponentielle des images. On a le multimédia qu’on peut… Mais on n’arrête pas le progrès. Les vieux canassons aux commandes de cette bananeraie de poche pourraient par la suite s’inspirer des différents stades de l’embryogenèse dans le monde animal : stade Morula, avec 32 présidents de la République, 32 gouvernements et 32 Parlements ; stade Blastula, avec 128 chefs d’État et autant de ministères et d’Assemblées nationales ; stade Gastrula, avec une mélasse d’une dizaine de milliers de dirigeants éclatés à travers tout le landerneau. Le pays atteindra sa pleine maturité lorsque les 4 millions de Libanais seront tous présidents, ministres ou députés. Quatre millions de panurges portant lunettes noires et roulant en bahuts noirs aux vitres teintées, cliché type chez les Arabes d’une réussite sociale accomplie ! Jésus a inventé la multiplication des pains, nous réussirons bien la métastase des margoulins… Gaby NASR
Avec le crachin de ce printemps poisseux, et en attendant les remugles d’un été nauséeux, voilà que l’air du temps nous amène depuis quelques semaines les miasmes d’une idée aussi koullounesque que clownesque, en passe de donner une richesse inespérée à nos institutions flapies.
Jusque-là on se suffisait d’un seul président de la République et d’un seul chef du gouvernement : un Prolongé de force perché à Baabda, et un Raccourci de facto calfeutré au Sérail. Le premier passe son temps à carcailler contre l’illégitimité du second, pendant que ce dernier inonde la boîte aux lettres de Ban Ki-moon de messages frétillants. Les deux hommes ne s’accordent que sur un seul geste empreint de panache et d’élégance : s’essuyer les pieds sur les décisions de l’autre. Mais tant va la cruche aux âneries...