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Actualités - Opinion

Le dernier des justes

Mensonge et duplicité : cela pourrait être le titre d’un polar, d’une série télévisée mêlant sexe et violence, mais c’est, tout bonnement, le mets vitriolé qui nous est servi tous les jours par les resquilleurs de la fonction publique, par les politicards à la petite semaine qui nous prennent carrément pour des idiots, pour des ânes bâtés. Dire la chose et son contraire à quelques jours, à quelques heures d’intervalle, travestir la vérité, se moquer des évidences et s’en enorgueillir, soutenir mordicus que les bobards dont ils nous bombardent sont paroles d’évangile ou de coran, la performance, sans être convaincante, mériterait de figurer dans le Guinness des records, celui des prestations les plus désopilantes. Mieux vaut en rire qu’en pleurer, dit l’adage. Facile à dire quand on n’en est pas la victime, le dindon de la farce. Une farce qui tourne à la tragédie, pour la simple raison qu’elle met toute une nation entre parenthèses, une tenaille qui se ferme inexorablement comme un implacable engin de mort. Résumons-nous : on ne peut à la fois se dire pour la paix civile et agir de manière à la mettre en danger, on ne peut proclamer son appui à des initiatives salvatrices et affirmer ensuite que cette caution n’a jamais existé. Un mensonge avéré, un flagrant délit que les images télévisées assènent comme autant de gifles retentissantes. On ne peut boycotter systématiquement l’Exécutif, sortir par la grande porte et y retourner, mine de rien, par la petite fenêtre, la blague, la mauvaise blague ayant vite fait de tourner au vinaigre. On ne peut dénoncer la paralysie du cycle économique et y contribuer cyniquement en organisant, en pérennisant des atteintes à l’ordre social, une nuisance méthodique qui atteint le citoyen dans sa vie quotidienne. On ne peut réclamer un gouvernement d’union nationale et conditionner sa formation à une souscription-guillotine au tiers de blocage, antithèse de toute démocratie. Cerise sur le gâteau : on ne peut exiger une élection présidentielle sur base du quorum des 2/3 et inciter en même temps ses troupes à s’inscrire aux abonnés absents. Se prévaloir, en quelque sorte, des règles constitutionnelles pour mieux les torpiller, les détourner de leur fonction initiale, de leur aboutissement naturel. Le patriarche Sfeir, paré de sa magnifique humilité, n’a pas pris le chemin de Baabda pour une simple visite de courtoisie, pour seulement faire part au locataire du palais des appréhensions du Vatican. C’est mû par ses convictions, par des constantes maintes fois réitérées qu’il a entrepris une démarche qui apparaît comme celle de la dernière chance. Que le quorum nécessaire soit celui des 2/3, des trois quarts ou de la moitié des députés plus un, tout cela est, après tout, calcul de boutiquier, compte d’apothicaire. Plus important sera le nombre de votes obtenus, plus forte sera la légitimité du prochain chef de l’État. Quelles que soient les interprétations des articles de la Constitution, force est de constater que toutes les élections qui ont eu lieu par le passé se sont déroulées sur base du quorum des 2/3. Le patriarche Sfeir en convient et n’est pas loin, à cet égard, de l’opinion affichée par Lahoud. Mais là où les chemins se séparent, c’est sur l’usage qu’en fait l’opposition : boycotter le scrutin, imposer le défaut de quorum et empêcher l’élection d’un président qui n’aurait pas son aval. Une procédure qui s’inscrit dans une néfaste continuité, un ad vitam aeternam qui achèverait de disloquer l’État, une prise d’otages dont se rendraient coupables des députés de la nation censés veiller à la bonne marche des institutions. Une situation inacceptable, intolérable qui pourrait conduire au pire des scénarios : deux gouvernements antagonistes, un président élu par la majorité, mais aussitôt contesté par la minorité, une Constitution bafouée, malmenée, manipulée au gré des intérêts des uns et des autres. En clair, si le quorum des 2/3, au premier tour du scrutin présidentiel, est souhaitable, la participation des députés, elle, devrait être obligatoire dans l’intérêt supérieur de la nation, et toute dérobade serait synonyme d’obstructionnisme délibéré. Une porte ouverte à toutes les dérives, que l’appel à une élection au suffrage universel a rendue encore plus béante. De la parité parlementaire, on passerait ainsi, sans sourciller, à la loi du nombre, un arbitraire qui n’aurait pour unique résultat que de briser l’équilibre confessionnel sur lequel a été bâti le Liban. D’expériences désastreuses en remèdes de cheval qui tuent le malade, le Liban reste ainsi à la merci d’apprentis sorciers pris au piège de leurs impossibles fantasmes, de leurs folles ambitions. Une impasse que le patriarche Sfeir tente désespérément de contourner en ramenant toutes les parties à la raison. Non pas celle du plus fort, mais celle du plus juste. Le dernier des justes. Nagib AOUN
Mensonge et duplicité : cela pourrait être le titre d’un polar, d’une série télévisée mêlant sexe et violence, mais c’est, tout bonnement, le mets vitriolé qui nous est servi tous les jours par les resquilleurs de la fonction publique, par les politicards à la petite semaine qui nous prennent carrément pour des idiots, pour des ânes bâtés.
Dire la chose et son contraire à quelques jours, à quelques heures d’intervalle, travestir la vérité, se moquer des évidences et s’en enorgueillir, soutenir mordicus que les bobards dont ils nous bombardent sont paroles d’évangile ou de coran, la performance, sans être convaincante, mériterait de figurer dans le Guinness des records, celui des prestations les plus désopilantes.
Mieux vaut en rire qu’en pleurer, dit l’adage. Facile à dire quand on n’en est pas...