L’entraîneur de Marseille Albert Emon dit de lui-même qu’il est « un peu fou ». Fou de foot et de jeu, plongé jeune et à jamais dans l’univers si marquant de l’OM, ce club où il a tout connu avant de goûter, peut-être, au dessert samedi en finale de la Coupe de France.
À 53 ans, il vivrait, en cas de victoire, comme un saisissant travelling arrière vers le 19 mai 1969. « Minot » de 15 ans, il avait assisté au corso des joueurs de l’OM sur la Canebière, au lendemain de leur succès en finale de Coupe contre Bordeaux. « Ce défilé, avec tous ces joueurs illustres, c’était une révolution ! » se souvient-il.
Fils d’un ouvrier de la raffinerie Shell à Berre (Bouches-du-Rhône), Emon était alors hébergé chez l’un des entraîneurs culte de l’OM, Mario Zatelli. Il rêvait éveillé, lui qui aurait été « satisfait de faire un bon menuisier », sa formation initiale qui lui a valu un bout de doigt en moins.
Il aurait aussi aimé faire « tailleur de pierres », mais son père « n’a pas voulu ». Celui-ci ne s’est pas opposé, en revanche, à ses aspirations de footballeur, très tôt manifestées quand il « tapait le ballon contre le mur à Berre, du matin jusqu’à très tard ».
« Prendre du plaisir »
C’est en cadet qu’il débarque du CO Berre chez Zatelli. Celui-ci lui délivre « des mots d’excuse pour aller jouer aux boules », alors qu’il suit parallèlement ses cours de menuisier. Mais Zatelli, surtout, convoquait parfois le gamin « qui attendait derrière la porte du vestiaire » pour faire le nombre à l’entraînement des pros.
Son talent d’ailier fit rapidement sensation. Il l’exprima à l’OM, à Reims, à Monaco, à Nice, à Toulon et à Cannes, soit 411 matchs et 110 buts en D1. « Le foot d’avant, c’était jouer devant des gens et prendre du plaisir. Pas autre chose. Le foot, pour moi, c’est le jeu avant tout. Je rêve d’ailleurs que je joue encore. Ce n’est plus une passion, c’est une maladie ! » dit celui qui se remémore certains matchs de cadets, « quand tout Marseille voulait te battre car tu jouais à l’OM ».
Emon sera une sorte d’entraîneur-joueur. À Cannes, puis à Nice où il sera limogé en 1997 : « Vu le bon travail réalisé, je me suis dit : “Mon portable va sonner dans les 10 minutes”. Je n’ai pas eu un seul appel ! J’ai alors pensé qu’entraîner en L1, c’était peut-être trop haut pour moi et que je pouvais faire une vie honnête dans le foot comme adjoint. Pas par manque d’ambition, peut-être par une certaine autocensure. »
Il fit donc l’assistant, à Toulon puis en Égypte, au côté du sélectionneur Gérard Gili, ex-chômeur et Marseillais comme lui, avec lequel il fête « en tête à tête » le passage en l’an 2000 en sirotant une bière dans un hôtel d’Assouan.
« Numéro un »
L’OM le rappelle, en quête d’un coach diplômé pour son centre de formation : « J’étais aux anges par le simple fait de revêtir ce survêtement ! » Pourquoi ? « Dans ce club, j’ai connu des présidents qui duraient une minute, j’ai tout vécu, mais je peux affirmer une chose : c’est un grand club, avec une certaine folie. Et moi je suis un peu fou ! » Il retrouve aussi Marseille, « la plus belle ville du monde », et sa corniche.
À force d’intérim et d’assistanat, il finit par se voir dans la peau du numéro un. Encore une histoire de rêves : « J’ai toujours rêvé que je mettais des buts extraordinaires et parfois je les mettais pour de bon ! Cette fois, je me suis dit : “J’y vais !” »
C’était l’été dernier, où les plus grands noms du coaching étaient pressentis à l’OM. Le directeur sportif José Anigo, son ami, milita pour Emon.
Une fois choisi, ce dernier s’est senti « au plus mal » dans le trou noir de cette saison. « Tout Marseillais que je suis, j’aurais sans doute sauté voici 5-6 ans » avec de tels résultats, avoue-t-il. Mais le printemps a changé la donne. Ses options offensives le servent de nouveau. Porté par l’amour du jeu « qui fait perdre la notion de l’enjeu ».
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À 53 ans, il vivrait, en cas de victoire, comme un saisissant travelling arrière vers le 19 mai 1969. « Minot » de 15 ans, il avait assisté au corso des joueurs de l’OM sur la Canebière, au lendemain de leur succès en finale de Coupe contre Bordeaux. « Ce défilé, avec tous ces joueurs illustres, c’était une révolution ! » se souvient-il.
Fils d’un ouvrier de la raffinerie Shell à Berre (Bouches-du-Rhône), Emon était alors hébergé chez l’un des entraîneurs culte de l’OM, Mario Zatelli. Il rêvait éveillé, lui qui...