Depuis plus de trente années, les hommes associent Dieu à tous les scénarios.
Les hommes prétendent savoir ce qu’Il veut et comment il leur faut agir pour Lui complaire.
Les guerres de pouvoir deviennent alors de plus en plus impitoyables et les hommes parlent de djihad et de croisade.
La religion ajoute à la guerre une dimension unique qui la rend particulièrement féroce et inexpiable. Les hommes obéissent alors à une volonté qui, par cela même, fait de leur cause un droit absolu. La religion devient le mobile qui cache bien d’autres enjeux politiques, nationaux et internationaux. C’est une cause, une vraie.
Toute négociation ne servira plus à rien et le compromis ne sera plus possible. C’est une guerre totale dont le salut de la communauté des croyants est le but, la guerre civile le moyen, la ruine de l’État et la dislocation de la nation les effets.
Le confessionnalisme est une conception prosélyte, totalitaire de la religion. La stratégie du confessionnalisme est une stratégie de pénétration des structures de l’État, de colonisation. L’école, les universités, les médias sont des objectifs intermédiaires pour accroître son pouvoir d’influence dans la société où il essaie de s’implanter. Le confessionnalisme ne se soucie pas du sort des populations laborieuses, mais il exploite les problèmes suscités par le marché du travail et l’exclusion sociale. Par l’instrumentalisation des populations déshéritées et exploitées, il essaie de peser politiquement dans l’État.
Prêtons attention à ce que les hommes font dire à Dieu.
L’invocation de Dieu a des significations, des représentations, des portées différentes selon les circonstances dans lesquelles elle est énoncée. Du témoignage individuel de croyance, l’invocation à Dieu devient un slogan politique et conquérant, grondant dans les défilés. Il revendique alors la préséance des lois divines sur toutes les lois humaines.
L’obscurantisme qui règne au Moyen-Orient depuis plus d’un quart de siècle ne fait qu’aggraver la misère économique, sociale et culturelle de la population. La religiosité a pour résultat que la référence religieuse se substitue à la référence nationale. La nouvelle identité religieuse et fanatique est une identité de combat qui trouve dans les médias une caisse de résonance. Il s’agit d’enflammer et d’entretenir une religiosité exacerbée, d’irriter une majorité de l’opinion publique et gérer une rupture au mieux de son intérêt.
C’est dans la misère des exclus que le confessionnalisme et les mouvements fanatiques trouvent leur matière première : l’exploitation des pauvres et le réveil de la religiosité.
Pour stopper le progrès du confessionnalisme et du fanatisme religieux, il est temps de distinguer ce qui relève des lois démocratiques, des droits de l’homme, du politique, du culturel, du social, de l’économie, de ce qui relève de la religion. Il faudrait agir contre l’inégalité économique et déconnecter le langage religieux du langage culturel et social. Il faudrait enfin admettre la pluralité philosophique et en débattre démocratiquement.
Le fondement de l’État moderne réside dans la séparation du politique du religieux.
Georges E. SALWAN
Avocat à la cour - chargé de cours à l’UL
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