Il paraît qu’il est affreux d’être gouverné par des incompétents. Lorsque les incompétents le sont au point de ne même pas pouvoir gouverner, la situation est pourtant bien pire. Voici un pays où les politiciens sont consensuels, mous, mièvres, conciliants, lâches, jusqu’à provoquer le vomissement. Voici des menteurs, des hypocrites, des fourbes, dont le prosélytisme ne trompe plus personne. Voici ceux dont il ne faut ni imiter les actes ni écouter les paroles. Voici des immobilistes, des calculateurs, des couards, qui veulent faire croire à tout un peuple qu’il faut avoir peur de vivre. D’affirmer ce que l’on est. De dire ce que l’on pense. De s’assumer tel que l’on est. Voici les incompétents qui ne peuvent plus gouverner le Liban, qu’ils prétendent, pour masquer leur médiocrité, ingouvernable. Sans l’accord unanime d’une pléthore de parties, de religions, de mouvances. Si nombreuses que l’on frise le surréalisme. Si différentes entre elles qu’elles ne pourront jamais être d’accord.
Arrêtez de les écouter. Fermez vos postes de télévision. Éteignez la radio. Délestez-vous de leurs journaux. Ôtez-leur tout crédit, toute reconnaissance, tout rôle, quel qu’il soit. Jetez-les aux oubliettes d’une petite histoire dont ils ne sont même pas dignes d’avoir été les figurants. Renvoyez-les à l’abîme d’où ils viennent. Refusez-leur tout droit de cité. Faites table rase du passé. De ces conciliabules stériles. De ces déclarations vides de sens. De cette prose douteuse et sans substance. De ces citations in extenso, de ces discours fleuves, sans recul, sans analyse. De ces remontrances pleurnichardes dont seuls sont capables les impuissants.
Ignorez-les. Faites-les taire. Jugez-les s’il le faut. Déchoyez-les de leurs droits civiques. Rendez inéligible tout ancien élu, tout ancien candidat même ; tout chef de parti, tout dirigeant de groupuscule, tout manipulateur, actuel ou ancien. Leurs enfants, leurs beaux-enfants aussi. Fini le féodalisme ; finis les anciens seigneurs de la guerre ; finis les nouveaux riches dont la politique est devenue le passe-temps préféré. Finie la rançon à la nullité. Ils ont fait assez de dégâts comme cela.
Que votre nouvelle génération prenne le pouvoir, tout le pouvoir. Restaurez la nation et la confiance dans l’avenir. Exaltez le patriotisme. Réhabilitez l’excellence et l’émulation intellectuelle. Rappelez les bons, les travailleurs, les compétents, les injustement occultés. Arrêtez l’hémorragie de l’émigration ; ramenez les expatriés. Laissez les citoyens brimés relever la tête. Sortir de leur profonde langueur. Se départir de leur indifférence, cette seconde peau. De leur abandon de tout espoir. Dites-leur que leur tour est enfin venu. Que tout est encore possible. Que l’heure est grave, que nous avons déjà trop perdu de temps. Que l’on ne peut plus tolérer cette cacophonie de piaillements sur le sexe des anges, cette instrumentalisation qui cache mal les ambitions démesurées de pouvoir de nos cancres du devant de la scène, cette manipulation qui prend le peuple entier en otage, quand elle n’a pas pour résultat de franchement donner un blanc-seing pour son élimination physique par à-coups, comme à petit feu. Dites-leur que le chantier de la reconstruction doit maintenant être lancé. La refondation de l’individu et de la collectivité. La libération des forces vives du pays, sur des bases saines, sans prérequis, sans arrière-pensées. La redéfinition du Liban moderne par les masses silencieuses qui n’ont cessé d’en rêver. Le règne des honnêtes gens. Ayez la faiblesse d’y croire. Faites échec à l’incompétence. Il n’est pas trop tard ; votre détermination sans faille peut encore en triompher.
Élias R. CHEDID
Avocat - Paris
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