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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Sarko, Ségo, démo

À l’instar de millions de Français, bon nombre d’entre nous auront tout délaissé hier soir pour suivre avec le plus vif intérêt, avec passion même parfois, le débat télévisé qui a opposé Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Qu’il s’en réjouisse ou non, tout Libanais ne peut que se sentir concerné, de près ou de loin, en effet, par ce qui se passe en France. Le temps n’est plus, bien sûr, où la fille aînée de l’Église se posait en protectrice des chrétiens du Liban. La fille s’est émancipée et le Liban est celui de toutes les communautés qui le forment ; mais pour autant, la France n’a jamais failli à ses liens séculaires avec un pays qui occupe une place aussi spéciale dans son imaginaire politique, et qui, malgré ses infortunes, reste une des échelles maîtresses du Levant. Décisif – et particulièrement visible – a été l’engagement de la France durant ces deux dernières années, marquées par des bouleversements aussi considérables que les odieux crimes commis contre le Liban et le départ forcé des troupes syriennes. Les proches et alliés de Damas n’ont pas toujours apprécié, c’est vrai, et des esprits chagrins n’ont retenu de ce spectaculaire engagement que l’amitié personnelle liant Jacques Chirac et la famille Hariri. Mais par-delà les différences de style qui, inévitablement, apparaîtront bientôt à l’Élysée, on peut être assuré que la France, qu’elle soit de gauche ou de droite, continuera de soutenir de toutes ses forces et de toute son âme le concept d’un Liban libre, souverain, indépendant, pluriel, convivial, démocratique. Que ce dernier mot paraît incongru, dans la mélasse institutionnelle où se débat interminablement notre pays ! Car ce qui nous captive tant dans le combat singulier de la présidentielle française s’explique aussi par notre vieux rêve inassouvi d’un système de gouvernement qui tout simplement fonctionne. Toute comparaison paraît hors de mise bien sûr, en l’occurrence avec la patrie des droits de l’homme et des idéaux républicains ; mais qui d’entre nous n’a tressailli d’envie au spectacle de ces démocraties, grandes et moins grandes, où tout – y compris les réformes profondes – se règle par le jeu souverain des institutions ? La rivalité est souvent féroce pourtant dans ces États de droit : les protagonistes politiques se déchirent comme partout ailleurs. Ils ne font pas de prisonniers, mais ils n’immolent pas la république sur l’autel de leurs ambitions personnelles. C’est avec des idées, des programmes, des projets de société qu’ils essaient de s’imposer, avec pour seul arbitre l’opinion publique. D’où l’extraordinaire impact de face-à-face surmédiatisés tels que celui d’hier, où l’on a vu plus d’une fois un regard, un mot heureux, une percutante répartie peser sur l’issue du scrutin. Le plus important cependant, c’est qu’une fois retombée la poussière de la bataille, on verra tout le monde se soumettre sans discussion au verdict populaire et laisser faire les institutions, en attendant la prochaine consultation. Dans ces pays, on ne fait pas de l’insulte le vecteur privilégié du discours politique ou idéologique. On n’y prend pas prétexte de l’impasse pour annoncer, sourd aux vœux très explicites du peuple, que l’on va rester vissé à son fauteuil présidentiel même après l’expiration de son mandat légal. Dans ces pays, on ne peut même pas imaginer qu’un président d’Assemblée puisse fermer l’hémicycle à double tour et en empocher la clé comme s’il ne s’agissait là que de l’une de ses luxueuses résidences secondaires. On ne peut espérer tromper personne, dans de tels pays, quand on réclame un État fort alors même que l’on dispute âprement à l’État du moment le monopole de la détention des armes. Ou bien quand on dit son respect pour un ennemi qui a reconnu sa propre défaite, qui est sur le point d’en sanctionner les responsables, mais que dans le même temps on continue de vouer aux gémonies quiconque contesterait l’opportunité d’une divine victoire si chèrement payée en vies humaines et en destructions. Dans ces pays enfin, aucun homme fort n’irait réclamer sérieusement une exception constitutionnelle – une seule, juste pour cette unique fois ! – dans sa conviction, fondée ou non, qu’une telle dérogation suffirait pour le catapulter à la présidence... Issa GORAIEB

À l’instar de millions de Français, bon nombre d’entre nous auront tout délaissé hier soir pour suivre avec le plus vif intérêt, avec passion même parfois, le débat télévisé qui a opposé Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Qu’il s’en réjouisse ou non, tout Libanais ne peut que se sentir concerné, de près ou de loin, en effet, par ce qui se passe en France.
Le temps n’est plus, bien sûr, où la fille aînée de l’Église se posait en protectrice des chrétiens du Liban. La fille s’est émancipée et le Liban est celui de toutes les communautés qui le forment ; mais pour autant, la France n’a jamais failli à ses liens séculaires avec un pays qui occupe une place aussi spéciale dans son imaginaire politique, et qui, malgré ses infortunes, reste une des échelles maîtresses du Levant.
Décisif –...