Les débats télévisés avant le second tour de l’élection présidentielle en France ont marqué, souvent à coups de petites phrases meurtrières, l’histoire politique du pays et restent dans les mémoires. Mais si les Français se souviennent de répliques restées célèbres – comme le « vous n’avez pas le monopole du cœur » lancé en 1974 par Valery Giscard d’Estaing au socialiste François Mitterrand –, ces débats n’ont pas eu d’influence décisive, par le passé, sur le résultat du vote. D’après les études réalisées lors des précédents débats de 1974, 1981, 1988 et 1995, ces joutes mobilisent surtout les partisans des deux camps, mais pèsent peu sur les indécis.
– 10 mai 1974 : ce premier débat est suivi par 25 millions de téléspectateurs (sur 29 millions d’électeurs inscrits). Un échange entre le ministre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, est resté célèbre : à celui-ci qui affirme, à propos de la répartition de la croissance, « c’est une affaire de cœur et non pas seulement d’intelligence », VGE réplique : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » VGE l’emportera de justesse.
– 5 mai 1981 : face au président Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, très à l’aise devant les caméras, prend sa revanche : à celui qui le présente comme « l’homme du passé », il lance « vous êtes l’homme du passif ». VGE accuse son challenger d’avoir « géré le ministère de la Parole » tandis qu’« il gérait la France ». Il lui demande de donner le cours du deutschemark. « Je n’aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n’êtes pas président de la République, mais mon contradicteur », lui rétorque Mitterrand, qui sera élu.
– 28 avril 1988 : le président François Mitterrand affronte le Premier ministre de la cohabitation Jacques Chirac. Il l’attaque sur l’affaire Wahid Gordji, diplomate iranien impliqué dans les attentats de fin 1986 à Paris, en déclarant que M. Chirac lui avait affirmé que le « dossier était écrasant ». « Est-ce que vous pouvez dire, en me regardant dans les yeux, que je vous ai dit que nous avions les preuves que Gordji était coupable ? (...) Mais pouvez-vous vraiment contester ma version des choses en me regardant dans les yeux ? » lance le Premier ministre. « Dans les yeux, je la conteste », répond sèchement le président. Lorsque M. Chirac lui dit : « Ce soir, vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (...), vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand », il s’entend répondre, sur un ton cinglant : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. »
– 2 mai 1995 : Jacques Chirac et le socialiste Lionel Jospin s’affrontent sur le bilan de deux présidences mitterrandiennes. Au cours d’un duel courtois, M. Jospin défend le quinquennat et déclare : « Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac. »
– Avril 2002 : Jacques Chirac refuse de débattre avec le chef de l’extrême droite Jean-Marie Le Pen, qui a provoqué un choc en éliminant M. Jospin, pour ne pas cautionner « la banalisation de la haine et de l’intolérance ». M. Le Pen dénonce une « piteuse dérobade ».
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– 10 mai 1974 : ce premier débat est suivi par 25 millions de téléspectateurs (sur 29 millions d’électeurs inscrits). Un échange...