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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Le droit... au droit

Insoutenable spectacle, en vérité, que celui de ces deux jeunes corps meurtris, pétrifiés dans la mort et qui, après trois longues journées de recherches et d’espoirs insensés, ont été retrouvés jeudi soir dans un terrain vague du littoral au sud de Beyrouth. L’aîné des deux Ziad kidnappés, apparemment torturés et puis liquidés, n’avait que vingt-quatre ans, l’autre en avait douze à peine. Constatons-le avec effroi, et aussi à notre grande honte : dans le Liban de l’après-guerre, le Liban-phare qui s’enorgueillit d’une exceptionnelle richesse culturelle, qui du haut de son patrimoine ne se prive pas de snober maints pays de la région, on en est venu à abattre aussi, de sang-froid, des préadolescents. Presque des enfants. Représailles tribales, destinées à venger le jeune Adnane Chamas tué lors des échauffourées du 25 janvier dernier à l’Université arabe, un crime qu’a pourtant avoué avoir commis un ressortissant syrien actuellement sous les verrous ? C’est ce que laisse croire l’identité des suspects, des proches de la victime, qui ont disparu dans la nature. Mais ce n’est très probablement là qu’une partie de la terrible vérité, tant le terreau libanais est en ce moment propice aux menées d’une subversion passée maîtresse dans la manipulation criminelle des passions humaines. Deux jeunes sunnites, dont les familles se situent de surcroît dans la mouvance politique druze, payant de leur vie la mort violente d’un étudiant chiite : comme si ce cocktail de données sectaires n’était pas encore assez explosif, les criminels auront poussé la provocation jusqu’à jeter les corps de leurs victimes sur le littoral du Chouf, autrement dit, en pleine zone d’influence du Parti socialiste progressiste. Au grand soulagement des citoyens qui retenaient leur souffle, la grossière manœuvre n’a pas abouti. Et cela grâce au courage, à la lucidité, au grand sens des responsabilités dont ont fait part toutes, absolument toutes les parties concernées de près ou de loin par ce tragique développement : le clan des Chamas qui a publiquement renié les assassins ; les autorités qui, parallèlement à l’enquête, ont mis en place un dispositif de sécurité d’une ampleur sans précédent ; le chef druze Walid Joumblatt qui s’est dépensé sans compter, qui a multiplié les ouvertures afin que soit évité l’irréparable, et les divers autres chefs politiques qui ont aussitôt perçu, eux aussi, l’extrême gravité de la situation. Tout cela est fort méritoire, certes. Mais il ne faut pas que le sacrifice de ces jeunes ait été vain, que l’on n’ait échappé au pire, cette fois, que dans l’attente résignée de l’inéluctable prochaine : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. De ceux qui tiennent en main leurs destinées les Libanais attendent bien davantage, dès lors, que de périlleuses contorsions sur la corde raide, que des rallyes d’endurance sur le bord du gouffre, que des freinages en catastrophe face à l’imminence du fatal accident. On a trop longtemps joué avec le feu, on a trop attisé la haine dans les cœurs et les esprits avant que de se muer en pompier, et c’est là une responsabilité que doit collectivement assumer la classe politique, pour fracturée qu’elle soit. Cette affaire est venue tragiquement rappeler qu’il en va des simples citoyens comme des puissants : leur existence vaut bien peu en l’absence d’un État de droit. Et, pour commencer, d’un État tout court. Or par la plus sombre ironie, c’est leurs droits qu’invoquent, en grande priorité, les tribus libanaises pour s’acharner à dénier à l’État ses droits, c’est-à-dire les droits de tous. Ironie plus grande encore, c’est sur fond de justice internationale – car il en faut bien une, dans ce pays ouvert à tous les vents – que se déroule, avec tous ses risques, le combat. Issa GORAIEB

Insoutenable spectacle, en vérité, que celui de ces deux jeunes corps meurtris, pétrifiés dans la mort et qui, après trois longues journées de recherches et d’espoirs insensés, ont été retrouvés jeudi soir dans un terrain vague du littoral au sud de Beyrouth. L’aîné des deux Ziad kidnappés, apparemment torturés et puis liquidés, n’avait que vingt-quatre ans, l’autre en avait douze à peine. Constatons-le avec effroi, et aussi à notre grande honte : dans le Liban de l’après-guerre, le Liban-phare qui s’enorgueillit d’une exceptionnelle richesse culturelle, qui du haut de son patrimoine ne se prive pas de snober maints pays de la région, on en est venu à abattre aussi, de sang-froid, des préadolescents. Presque des enfants.
Représailles tribales, destinées à venger le jeune Adnane Chamas tué lors...