Un psychotique pense que 2 et 2 font 5, alors qu’un névrosé sait parfaitement que 2 et 2 font 4, mais ne le supporte pas.
Une (presque) blague psy
Seizième semaine de 2007.
À moins d’un sursaut de conscience de la part de l’opposition ou d’un talent de persuasion hors pair de Ban Ki-moon dans quelques jours à Damas, le tribunal spécial chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et des autres martyrs qui ont suivi sera adopté sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU. Que ceux qui ont tout fait pour politiser ce dossier, l’inclure dans les bazars les plus retors, assument leur choix, leur soif du qui perd gagne – dussent-ils se mordre les doigts jusqu’aux phalanges. Et que les autres, ceux qui menacent au quotidien des pires catastrophes, des sept plaies d’Égypte en cas de chapitre VII (certains d’entre eux s’obligent à répéter, en même temps, que leurs armes ne se retourneront pas contre l’intérieur...) revoient leurs calculs : il n’y aura pas plus de chaos au Liban si les Nations unies formaient, seules, ce tribunal-catharsis qu’il y en aurait en Syrie si le régime baassiste, par exemple, était renversé. Le chapitre VII confirmera simplement l’étendue, le volume, la vasteté du travail à abattre avant que le Liban n’acquière cette somptueuse maturité, seule à même de le rendre invulnérable à tous les plans.
Maintenant que ce dossier est théoriquement clos, restent ceux du gouvernement, de la loi électorale et, surtout, de la présidentielle ; là, l’opposition peut, si elle le souhaite, et sans oublier le jeu démocratique, exiger le donnant, donnant, des marchandages en tous genres, un consensus qui satisferait tout le monde et qui – ce serait un minimum – servirait les intérêts du Liban et des Libanais. Ce n’est donc plus la peine de jouer aux pleureuses ou aux Cassandre de supermarché : il est grand temps, maintenant, de cesser de fantasmer, de cesser de paralyser (et de pérorer qu’on ne paralyse rien du tout), de cesser de détruire ; il est grand temps donc que cette immense et sinistre clownerie de Riad el-Solh se termine. Ainsi, il est grand temps que l’opposition soumette, par le biais qu’elle veut, ses desiderata à la majorité : libération du Parlement, résurrection d’une quelconque table de dialogue, rencontres capées et secrètes, dîners mondains, voie de presse, création d’un comité ad hoc de sages des deux bords (il doit bien y en avoir, en cherchant bien)... peu importe, mais qu’elle le fasse. Parce qu’il est au-delà de l’urgent de commencer à plancher sur Paris III. Et sur l’application optimale de la 1701.
Sauf que le plus probable est que cette opposition, que l’on aimerait décidément bien plus constructive, va se dépêcher de dire et redire qu’elle ne parlera qu’en présence d’un gouvernement d’union nationale flanqué de l’insensé tiers de blocage. Magnifique. Surtout que l’on sait que cette opposition dispose déjà d’un atomique deux tiers de blocage, à savoir Baabda et Aïn el-Tiné : ainsi, un éventuel tiers de garantie en plus lui donnerait, selon un calcul tellement simple qu’un gamin de CM1 le ferait en quelques secondes, 100 % de blocage (200 % avec la guignolade downtown). Résultat des courses : les Libanais vont attendre ; qui de meilleures relations entre Washington et Téhéran, qui la fin de l’influence syrienne sur une partie des Libanais, qui la naissance d’un Spiderman local, personne n’envisageant l’adoption d’une loi électorale ou une élection présidentielle sous le chapitre VII.
Pendant que tout le monde attend, reste un gouvernement qui essaie, tant bien que mal, de faire – bien sûr, il pourrait, il devrait en faire mille fois plus, mais au moins il fait, comme tout récemment l’indemnisation des sinistrés de la guerre de juillet et la nomination du surdiplômé et prometteur Fady Yarak à la direction générale du ministère de l’Éducation. Sans oublier les prises de position et les propos de Fouad Siniora, comme autant d’actes politiques d’une force souvent inouïe. Rappeler ainsi à l’Iran les bases des relations entre États, et lui demander de défaire les États-Unis partout où bon lui semble sauf au Liban, et le faire via un organe de presse iranien : défendre la souveraineté du Liban et avec un tel panache, voilà qui devrait donner à réfléchir à beaucoup d’hommes politiques libanais, à commencer par ceux qui ont toujours bâti leur fonds de commerce sur l’apologie de la souveraineté et de l’État et qui n’ont aucun état d’âme, aujourd’hui, à laisser bafouer et l’une et l’autre, à l’aide d’un ahurissant no hear no see. Et surtout no do.
Personne ne peut empêcher un ou des leaders de vouloir tout laisser pourrir. Là où il faudra par contre sévir avec la plus extrême sévérité, c’est contre quiconque bouleversera cette réalité qui remet à elle seule un peu de baume au cœur d’un peuple dévasté : les avions à destination du Liban sont déjà complets pour tous les mois de l’été. Les vider serait un inqualifiable crime.
Ziyad MAKHOUL
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