L’escalade initiée par sayyed Hassan Nasrallah ? Une riposte évidente à la démarche des parlementaires de la majorité demandant à l’ONU de prendre acte de l’obstructionnisme des prosyriens concernant le tribunal. Pour donner corps à l’instance sans plus attendre une ratification libanaise que M. Nabih Berry empêche.
Plus exactement, la diatribe virulente du leader du Hezbollah constitue une contre-riposte. Car, par leur pétition, les députés répliquaient par une fin de non-recevoir à l’offre de troc des prosyriens : le tribunal contre le 19/11, ou l’inverse. Mais les loyalistes relèvent que, débordant du cadre local, sayyed Nasrallah a adressé en outre un message d’hostilité aux Américains. Pour les prévenir contre toute attaque visant Téhéran, alma mater du Hezb. Et leur affirmer qu’ils perdraient en Iran comme ils ont perdu en Irak. Répétant que, du même coup, les amis libanais de Washington s’en mordront les doigts.
Le sayyed fait donc ample écho à l’offensive lancée auparavant par M. Berry. Il va du reste plus loin, puisqu’il met de côté désormais toute autre exigence, gouvernement compris, que des législatives anticipées. En vue de rafler, avec ses alliés, la majorité des sièges à la Chambre. Et, par voie de conséquence, de disposer ainsi à sa guise du pouvoir exécutif. Il souligne cependant la possibilité qu’elles ne soient pas organisées, et que le rendez-vous électoral n’ait lieu que dans deux ans. Pour ajouter qu’entre-temps, ce serait le statu quo de crise.
Les deux leaders chiites rejettent le recours à un dialogue interne, sur place. M. Berry propose que le débat se transpose en Arabie saoudite. Le sayyed, tout en approuvant l’idée, relève qu’il comprend parfaitement le refus de Ryad d’abriter une conférence vouée à l’échec.
Projets
Intercalant plusieurs paragraphes, pour ne pas donner l’impression qu’il condamne à la fois une intervention du royaume et la proposition de son allié, le sayyed finit par préciser qu’il est opposé à tout règlement concocté par des parties étrangères. Ce qui revient à dire qu’il cultive l’impasse à dessein, puisqu’en même temps il refuse, en affirmant manquer totalement de confiance, de traiter avec le camp libanais d’en face. Parallèlement, des pôles opposants ne cessent de marteler qu’en face, le trio Siniora-Joumblatt-Geagea n’agit que pour le compte de l’Ugly American (titre d’un film célèbre joué par Brando.)
Mais l’escalade va-t-elle rester verbale et politique ? Sayyed Nasrallah a certifié avec force qu’il est absolument hors de question de laisser se déclencher une guerre civile dans le pays. Mais des cadres contestataires indiquent que l’opposition compte tenir des assises élargies. En vue d’étudier de nouvelles actions de terrain, étant donné que le sit-in des tentes ne donne rien et se confirme comme un simple coup d’épée dans l’eau.
Un peu paradoxalement, certains opposants estiment que, pour durcir sa pression, leur camp devrait enjoindre aux ministres démissionnaires de reprendre le chemin de leurs bureaux officiels. Afin de couper l’herbe sous le pied aux loyalistes qui les remplacent à titre intérimaire. Et de mieux veiller à paralyser le gouvernement, en bloquant arrêtés ou circulaires concernant le rendement des départements dont ils sont titulaires. Tout en faisant marcher, par contre, les affaires de l’opposition.
Autre but de ce plan précis, que la direction du 8 Mars et alliés n’a pas encore étudié : porter le président Siniora à accepter la démission des ministres empêcheurs de tourner en rond. Pour désigner à leur place cinq chiites et un grec-orthodoxe. Et se heurter ensuite au président Lahoud, qui refuse de signer des décrets émanant d’un gouvernement qu’il qualifie d’illégal. Et dont le chef se retrouverait politiquement, selon ces sources opposantes, dans une bien mauvaise posture.
Les majoritaires commentent ce projet en soutenant que le président du Conseil ne se laissera pas piéger. Loin d’accepter la démission des six ministres, il mettra en exergue le fait qu’ils sont revenus au bercail. Donc que pour être conséquente avec elle-même, l’opposition doit également renoncer aux mesures prises dans la foulée du retrait des ministres, notamment au sit-in du centre-ville. Ainsi, bien entendu, qu’au refus des présidents Lahoud et Berry de considérer le gouvernement comme légitime et de traiter avec lui.
Philippe ABI-AKL
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Plus exactement, la diatribe virulente du leader du Hezbollah constitue une contre-riposte. Car, par leur pétition, les députés répliquaient par une fin de non-recevoir à l’offre de troc des prosyriens : le tribunal contre le 19/11, ou l’inverse. Mais les loyalistes relèvent que, débordant du cadre local, sayyed Nasrallah a adressé en outre un message d’hostilité aux Américains. Pour les prévenir contre toute attaque visant Téhéran, alma mater du Hezb. Et leur affirmer qu’ils perdraient...