Des vœux pieux pour des situations qui n’ont que faire de vœux pieux, des mains tendues qui ne ciblent que le vide et des scénarios que l’on ressort des placards pour mieux les ranger dans les mêmes placards une fois rejetés par les ordonnateurs de nos incertaines destinées.
« Titi titi metel ma rehté metel ma jité », le dicton libanais, dans toute sa cynique transparence, reflète parfaitement le climat qui a présidé aux retrouvailles interarabes à Ryad et, subsidiairement, au dérisoire, à l’affligeant spectacle offert par les invités libanais au sommet.
« Ils sont revenus comme ils sont partis » : traduction bien moins enlevée que la sentence originale pour expliquer qu’au royaume d’Ubu la chose et son contraire se côtoient en toute complicité, que le chaud et le froid se mélangent en toute « naturalité », une « bravitude » qu’envieraient bien d’esprits éclairés…
Le loup est dans la bergerie et pourtant les moutons n’y voient que du feu et les brebis galeuses, enhardies, participent allègrement à la curée.
L’initiative de paix arabe ? Un passé récent remis au goût du présent, un programme ambitieux aussitôt altéré par de sérieuses allergies. « Dans cinq ans, peut-être », susurre Olmert, très condescendant. Arafat et Rabin, eux, promettaient, il n’y a pas si longtemps, que ce serait pour le lendemain. Depuis, on en est encore au point zéro et le surplace est devenu une bénédiction du ciel.
La réconciliation Assad-Abdallah ? Très photogéniques sur les écrans de télévision, mais le courant, de toute évidence, ne passe plus : l’Iran ne lâche pas aisément le morceau et puis il y a surtout, ne l’oublions pas, Rafic Hariri et le tribunal international. Et là, avec Damas, c’est une tout autre histoire.
Deux jours de réunions, de conciliabules, des textes minutieusement préparés, des déclarations savamment pesées, tout le monde y a trouvé son compte, tout le monde est retourné, la conscience tranquille, au bercail. Mais, sommet ou pas sommet, en Irak, au Soudan et en Somalie, les massacres continuent et ne sont pas près de se terminer. Prochain rendez-vous l’an prochain à Damas : la solidarité arabe est préservée.
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Beyrouth-Ryad-Beyrouth, des billets aller-retour pour une simple figuration, pour l’étalage d’un art consommé : se côtoyer sans se parler, se regarder sans se voir. Une orchestration que les manitous du protocole, sans être des enfants de chœur, ont manipulée avec l’air de dire : « Mais où est donc le problème ? »
Le rideau refermé, les réflexions, en coulisses, ne pouvaient être que du genre : « bon débarras » ou « on ne nous y reprendra plus ». Mais cela, on ne le reconnaîtra jamais pour la simple raison que dans le monde arabe, entre ce qui est dit et ce qui est pensé, le fossé est, souvent, bien large.
Si, pour l’Arabie saoudite, l’impératif était la simple règle de bonne conduite, le pays hôte se devant, naturellement, de ménager la chèvre et le chou, pour la délégation présidentielle libanaise, l’urgence était ailleurs : marquer des points, comme dans un match de boxe, non point au bénéfice de l’État, mais au détriment d’un gouvernement voué aux gémonies. Un grappillage mesquin qui a exaspéré ou fait rire, c’est selon, plus d’une délégation, qui a jeté une lumière crue sur la petitesse des pratiques politiciennes.
Hallucinante illustration du devoir accompli, fidèle image de la décrépitude de la fonction suprême à laquelle contribuent ses propres thuriféraires.
Plongé, englué dans ce qu’il appelle ses certitudes, le président de la Chambre a vite fait de prendre le relais des mains d’un président rentré « triomphant » de Ryad.
Et c’est ainsi qu’il a renvoyé à l’expéditeur, en l’occurrence Fouad Siniora, le projet de loi relatif au tribunal à caractère international. Motif invoqué : c’est le chef de l’État qui doit entamer la procédure. Mais comme celui-ci ne veut rien entendre, c’est la paralysie générale qui s’installe.
Une tragi-comédie jouée à ciel ouvert, sous les yeux ébahis d’un Ban Ki-moon venu à Beyrouth pour essayer de comprendre l’incompréhensible.
Mais sous son air bon enfant, sous sa placidité bien asiatique, le patron des Nations unies a délivré un message bien clair, très ferme, à Nabih Berry, celui-là même qu’il a asséné à Lahoud devant ses pairs arabes réunis à Ryad : la communauté internationale appuie à fond le gouvernement Siniora, une réalité incontournable à laquelle toutes les parties concernées sont invitées à se conformer.
Au passage, Ban aurait expliqué à ses interlocuteurs, à Berry et au Hezbollah en particulier, que le tribunal international verra inévitablement le jour et plus tôt qu’ils ne le croient.
Le chapitre sept de la Charte des Nations unies rappelé, une fois de plus, au souvenir des empêcheurs de tourner en rond : ce serait là l’aveu flagrant de la déficience complète des instances constitutionnelles, l’amer constat de l’incapacité du Liban à s’autogérer, à défendre ses intérêts vitaux.
L’histoire, elle, retiendra qu’aux moments décisifs, certains au Liban ont préféré s’abstenir. Pire, ont opté pour l’obstruction. Le chef du Législatif fera-t-il en sorte de ne pas figurer sur la liste du déshonneur ?
Il lui suffira tout simplement d’appeler, dès aujourd’hui, à une réunion plénière place de l’Étoile.
Nagib AOUN
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« Titi titi metel ma rehté metel ma jité », le dicton libanais, dans toute sa cynique transparence, reflète parfaitement le climat qui a présidé aux retrouvailles interarabes à Ryad et, subsidiairement, au dérisoire, à l’affligeant spectacle offert par les invités libanais au sommet.
« Ils sont revenus comme ils sont partis » : traduction bien moins enlevée que la sentence originale pour expliquer qu’au royaume d’Ubu la chose et son contraire se côtoient en toute complicité, que le chaud et le froid se mélangent en toute «...