Nos enfants prisonniers
Je partage parfaitement la colère de M. Karim Bustros (L’Orient-Le Jour du mardi 28 mars 2007). Cette façon d’exploiter notre malheur à des fins politiques est révoltante. Ils font semblant de nous soutenir alors qu’il serait tellement facile pour eux d’utiliser leurs alliés actuels pour nous sortir de ce malheur. L’alliance du CPL avec les prosyriens nous avait tous choqués au départ, mais nous espérions au moins qu’elle serait utile à notre cause. Certains pensaient même qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre subtile pour aboutir à la libération de nos enfants. Mais combien grandes furent notre déception et notre colère lorsque nous compriment que nous étions loin de la réalité.
Notre drame ne fait que s’accroître car nous avons perdu le dernier espoir auquel nous nous accrochions. Vers qui se tourner maintenant ?
Jean KHOURY
Si j’étais…
Il est évident que le pays est divisé en deux. Il y a le clan du 8 et celui du 14. Ou plutôt le clan Bush et celui d’Ahmadinejad. Ce qui est demandé par les uns est automatiquement rejeté par les autres. Mais il reste un clan, un troisième, qui n’appartient ni au 8 ni au 14. Ce clan c’est vous, c’est moi, ce sont les 80 % de Libanais. Ce sont les professionnels, les médecins, les ingénieurs, les avocats, les commerçants, les hôteliers, tous ceux qui veulent vivre en paix, ceux qui ne veulent pas émigrer, qui ne veulent pas envoyer leurs enfants au loin, qui ne veulent pas mendier. C’est de ce clan silencieux que je parle, qui n’arrive plus à vivre dignement, qui n’arrive plus à payer la scolarité de ses enfants. Ce tiers silencieux n’a pas accès aux médias pour crier famine, pour dire la vérité, toute la vérité, pour dire à ces gens-là que nous en avons assez, que nous sommes dégoûtés de leurs discours et surtout de leur logique. Je ne peux concevoir que l’on puisse assister en spectateur à cette tragédie, quand quelques dirigeants et quelques ambassadeurs nous font avaler des couleuvres en nous prenant pour des imbéciles.
Que pouvons-nous faire ? Nous devons mandater quelqu’un. Et ce quelqu’un ne peut être que le général Sleimane, que tout le monde estime et, sans exception aucune, place sur un piédestal, lui et sa vénérable institution : la grande muette. Si j’étais le général Sleimane, j’aurais sommé les hommes en place de se réunir pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Sinon, il prendrait, lui, les rênes en main et enverrait tout ce monde chez lui ; il formerait alors un gouvernement militaire qui s’engagerait à élaborer une loi électorale équitable et organiserait des élections législatives.
Fouad ATIK
Défaillance de l’État
Les exemples qui montrent la défaillance de l’État face à certaines infractions sont multiples. Je n’en cite que trois :
1e exemple : si les manifestations sont autorisées, les sit-in prolongés sur les places publiques ne devraient pas l’être, car ils deviendraient de la notion d’usurpation de droits interdite par la loi. Dans de pareils cas, l’État devrait déloger les occupants, par la force, pas nécessairement celle des armes, mais par d’autres moyens. Depuis le 1er décembre, l’État n’a mené aucune action en ce sens. Est-ce par faiblesse, par peur de l’opposition ou par défaillance de ses services sécuritaires ?
2e exemple : les FSI ont dernièrement confisqué au PSNS des armes sophistiquées. Et, au lieu de lui retirer sa licence et de mettre ses responsables en prison, le président de la République a accordé une audience à son chef. Même le patriarche, qui a toujours insisté que l’État seul ait le monopole des armes, a reçu une délégation de ce parti. Pourquoi cette tolérance ?
3e exemple : Fateh el-islam est accusé d’avoir perpétré l’attentat de Aïn Alak. Il l’a ouvertement avoué. Il a même déclaré, par la voix de son porte-parole, qu’il entraîne à Nahr el-Bared de jeunes volontaires pour se battre en Palestine, qu’il a des armes tous calibres et que l’organisation est financièrement riche. Qui la finance ? D’où et comment viennent ces armes? Si c’est par voie maritime (que fait la flotte de la Finul dans nos eaux territoriales ?), c’est très grave ; si c’est par voie terrestre (que fait la garde-frontière ?), c’est pire !
Si les responsables ne se réveillent pas à temps, ils auront bientôt à résoudre bien plus de problèmes que ceux, déjà nombreux et difficiles, qu’ils ont actuellement.
Michel BARDAWIL
Bravo Messieurs les politiciens !
Cette lettre (qu’ils ne liront jamais) s’adresse à nos politiciens, toutes confessions confondues, toutes couleurs défendues, depuis les hauteurs de Baabda jusqu’aux tentes de la place des Martyrs, en passant par les sièges du Parlement toujours vides.
En suivant leurs actes et leurs discours, nous ne pouvons que leur adresser des félicitations et leur tirer notre chapeau.
Bravo de donner une si piètre et lamentable image de ce pays au monde entier, qui s’était démené pour nous sauver en juillet dernier. Chapeau de ruiner ce pays, qui ne leur appartient pas, je le leur rappelle, et de l’engager sur la voie d’un avenir encore plus sombre. Félicitations d’être passés maîtres dans l’art de faire fuir nos enfants, une fois de plus, vers des cieux plus cléments, où règnent le respect et la confiance, et non le désespoir et le dégoût.
Mais surtout bravo de faire passer leurs histoires personnelles et leurs intérêts propres avant ceux de ce peuple qui a eu le malheur de les élire dans le but de le défendre, lui. Ce peuple, mon général, n’a que faire de votre honneur bafoué depuis votre retour. Ce peuple en a assez de votre obstination à vouloir absolument conserver votre siège, Monsieur le président, et il en a surtout marre de vos armes injustement gardées, sayyed Hassan Nasrallah.
De cet état de désespoir dans lequel vous nous avez plongés un peu plus chaque jour, nous sommes passés à un état de ras-le-bol et de honte. Oui, nous avons honte de vous voir, vous, nous représenter aux yeux du monde entier. Nous avons honte d’entendre vos discours vides et sans intérêt, et subir vos actes insensés.
Mais nous avons surtout ras le bol, Messieurs les politiciens, car nous savons pertinemment bien que tous nos cris et notre désespoir ne vous toucheront absolument pas, et que nous aurons à vous subir encore et encore et encore.
Lamia Sfeir DAROUNI
NDLR
Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance.
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