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Actualités - Analyse

Analyse Provocation ou guerre des services secrets : les énigmes de Téhéran

Geste de « provocation » lié au dossier du nucléaire, radicalisation de certains milieux au pouvoir à Téhéran ou représailles des services secrets : des experts avancent plusieurs pistes pour tenter d’expliquer la capture par l’Iran de quinze marins britanniques. Il s’agit d’un « geste fort et de provocation qui vise aux yeux de Téhéran à démontrer la détermination de la République islamique à faire face à la pression internationale » dans le dossier nucléaire, estime le spécialiste français Frédéric Tellier, auteur de plusieurs livres sur l’Iran. « Nous avons affaire à une poussée de fièvre... visant pour le régime islamique à (manifester) sa capacité à recourir à tous les moyens, y compris les plus radicaux, sur le dossier nucléaire », ajoute cet analyste selon lequel ce type d’incident est appelé « à se répéter ». Les Iraniens, rappelle-t-il, sont coutumiers d’une « stratégie de démonstration de force » lors des périodes de tension sur le dossier nucléaire. L’Iran a procédé ainsi, sous le pouvoir du président réformateur iranien, Mohammad Khatami, à des tirs de missiles Shahab 3 « presque conjointement » avec les réunions des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), relève Frédéric Tellier. Les quinze marins britanniques ont été capturés vendredi dans le Golfe par les forces iraniennes, à quelques heures du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une deuxième résolution renforçant les sanctions contre l’Iran, soupçonné de vouloir fabriquer l’arme atomique. « Je ne crois pas que les Iraniens aient été suffisamment naïfs pour penser que cela pourrait infléchir la position de la Grande-Bretagne dans son vote au Conseil de sécurité », estime pour sa part François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique. Il considère comme plausible l’hypothèse avancée par la presse britannique selon laquelle la capture des marins pourrait être un acte de représailles à l’arrestation en Irak en janvier, par les Américains, de cinq responsables présumés du renseignement iranien. Les États-Unis « ont arrêté un certain nombre d’agents iraniens. Donc, il n’est pas du tout absurde que dans cette logique d’échange et de réciprocité, les soldats britanniques constituent une monnaie d’échange », poursuit François Géré. Selon lui, une telle hypothèse « correspondrait à une vieille logique iranienne que l’on avait vue en activité dans les années 1980 » au Liban, avec des prises d’otages « destinées à des tractations » par le biais « de ce qui était en train de devenir le Hezbollah ». Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique, considère lui aussi que l’affaire des marins est liée au dossier nucléaire. Mais il s’interroge sur le fait de savoir si « tous les acteurs décisionnels à Téhéran étaient au courant » de l’opération. « Il existe toujours la possibilité que certains acteurs au sein du système de décision iranien aient voulu jouer la crise et l’épreuve de force, alors que d’autres préféraient la modération et la détente. » Ces éléments auraient par conséquent opté pour la « radicalisation de l’épreuve de force au sens politique et diplomatique du terme ». « On a une crise aujourd’hui qui est multiforme, avec un aspect irakien, un aspect nucléaire, un aspect libanais. Les fils de cette crise du Moyen-Orient sont devenus de plus en plus difficiles à démêler. » « Avec l’Iran, tous les acteurs n’ont pas forcément les mêmes choix stratégiques au même moment, poursuit Bruno Tertrais. On ne peut jamais exclure, surtout en ce moment, que différents acteurs jouent différentes partitions. » Pierre GLACHANT (AFP)
Geste de « provocation » lié au dossier du nucléaire, radicalisation de certains milieux au pouvoir à Téhéran ou représailles des services secrets : des experts avancent plusieurs pistes pour tenter d’expliquer la capture par l’Iran de quinze marins britanniques.
Il s’agit d’un « geste fort et de provocation qui vise aux yeux de Téhéran à démontrer la détermination de la République islamique à faire face à la pression internationale » dans le dossier nucléaire, estime le spécialiste français Frédéric Tellier, auteur de plusieurs livres sur l’Iran. « Nous avons affaire à une poussée de fièvre... visant pour le régime islamique à (manifester) sa capacité à recourir à tous les moyens, y compris les plus radicaux, sur le dossier nucléaire », ajoute cet analyste selon lequel ce type d’incident...