Pourquoi s’évertuer à chercher midi à quatorze heures, pourquoi noyer le poisson alors que les choses sont claires comme de l’eau de roche ? Une transparence effarante qui dénude les âmes, révèle les travers, un miroir qui dévoile les intentions inavouées, qui reflète l’amère réalité de vérités travesties.
Le Liban est chaque jour agressé dans son identité, attaqué dans ses particularités. Le Liban est chaque jour ramené des années en arrière, frappé au cœur dans sa différence culturelle et ce n’est pas Israël qui en est, cette fois, responsable.
Si Ehud Olmert a tenu parole en juillet dernier, les « nouveaux cannibales » ont fait mieux, depuis, et le relais qu’ils ont happé, ils s’en servent aujourd’hui avec virtuosité, inlassablement, méthodiquement. Les ogres sont les propres enfants du pays du Cèdre et ils en arrachent les branches sans sourciller.
Une présidence proscrite, un Parlement pris en otage, un gouvernement paralysé, des entreprises qui périclitent, des investisseurs qui fuient, des jeunes qui quittent sans demander leur reste, les pires ennemis du Liban n’auraient pu rêver meilleur accomplissement.
« L’impasse politique au Liban me laisse perplexe. J’ai dit à monsieur Berry que, chez nous, quand il y a une crise, la première chose à faire serait de convoquer le Parlement. Limiter celle-ci à la personne de son président n’a pas de place dans un fonctionnement propre à la démocratie. » Ces propos, c’est le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, qui les a tenus et ils n’ont, évidemment, pas eu l’heur de plaire à monsieur Berry.
Mais l’évidence est là : la démocratie au Liban est désarticulée, malmenée par ceux-là mêmes qui sont supposés en être les garants.
Des présidents de la République et de la Chambre aux ministres démissionnaires, le mot d’ordre est le même : blocage. Un blocage qui paralyse les institutions, qui ruine l’économie, qui porte atteinte aux intérêts les plus élémentaires des citoyens. Une nuisance délibérée qui trouve son expression la plus sordide dans le sit-in du centre-ville qu’aucune considération politique ne peut plus justifier.
Que nous chaut que Saad Hariri et Nabih Berry prennent le thé ensemble, un jour sur deux, à Aïn el-Tiné, que nous importe que le Hezbollah proclame, tous les matins que Dieu fait, que son intention est divine et son objectif légitime.
Les réalités sur le terrain sont tout autres : entre exigence du tiers de blocage et paralysie de l’Assemblée nationale, entre sit-in destructeur et menace de désobéissance civile, c’est le pays tout entier qui est kidnappé. L’ordonnateur de nos malheurs, de nos misères, peut se réjouir : ses volontés sont exaucées avant même qu’il ne les exprime.
« Si vous me demandez si la Syrie est disposée à contribuer à une solution au Liban, franchement ma réponse est non. » De Gucht, toujours lui, ne mâche pas ses mots : « Le président Bachar el-Assad m’a dit très clairement que même si un tribunal international était mis sur pied, il n’enverrait jamais ses ressortissants devant cette instance. »
Retour donc à la case départ, au nœud gordien, également cordon ombilical, que se refusent à trancher les alliés du régime syrien au Liban.
Le problème est là, tout le reste est succédané. La crise, ne l’oublions pas, a éclaté à cause du tribunal international : une première fois, les ministres d’Amal et du Hezbollah se sont contentés de bouder, la seconde fois, ils ont carrément démissionné, Damas applaudissant aussitôt aux « aspirations légitimes » de l’opposition, à sa revendication d’un gouvernement d’union nationale au sein duquel elle détiendrait, bien entendu, le tiers de blocage.
Au sommet arabe de Ryad, la Syrie sera observée à la loupe, examinée sous toutes les coutures : libanaise, palestinienne, irakienne et iranienne.
Pestiférée ou enfant prodigue, c’est selon, mais elle aura à s’expliquer sur ses dernières incartades, l’Arabie saoudite n’étant pas prête d’oublier les mots infamants de Bachar el-Assad sur les « sous-hommes » qui dirigent certains pays arabes, insulte considérée, alors, comme directement adressée au souverain wahhabite et au président égyptien.
Passer l’éponge sur une telle inconduite signifierait que la Syrie s’est décidée à montrer patte blanche. Or, c’est juste le contraire qui se produit depuis quelque temps, le régime baassiste s’installant, résolument, hors de la légalité internationale.
Après Ryad, rebelote à Beyrouth : le Hezbollah et consorts indiqueront, alors, la nouvelle direction des vents. Bourrasques ou brises, cela sera fonction des humeurs chagrines de Bachar el-Assad, de celles, changeantes et imprévisibles d’Ahmadinejad.
L’Amérique, elle, haïe mais ô combien sollicitée, ne sera jamais loin… Le chapitre sept de la Charte des Nations unies non plus.
Nagib AOUN
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Le Liban est chaque jour agressé dans son identité, attaqué dans ses particularités. Le Liban est chaque jour ramené des années en arrière, frappé au cœur dans sa différence culturelle et ce n’est pas Israël qui en est, cette fois, responsable.
Si Ehud Olmert a tenu parole en juillet dernier, les « nouveaux cannibales » ont fait mieux, depuis, et le relais qu’ils ont happé, ils s’en servent aujourd’hui avec virtuosité, inlassablement, méthodiquement. Les ogres sont les propres enfants du...