Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB À l’école de demain

Il est de ces rencontres qui vous réconcilient avec la téméraire idée d’un Liban meilleur, d’un Liban où le bon sens et la perception de l’intérêt commun prendraient enfin le pas sur les égoïsmes et antagonismes sectaires et tribaux. Dans le monde absurde où évoluent et s’affrontent leurs aînés, c’est seulement au contact des jeunes que pouvait avoir lieu ce véritable bain d’innocence et de fraîcheur, de candide espérance, mais aussi d’émouvante angoisse du lendemain. J’ai eu droit à tout cela en début de semaine, dans un grand établissement scolaire de la capitale où j’étais invité à entretenir des élèves de seconde de la question de cette omniprésente, lancinante affaire de tribunal international... Un intense besoin de savoir, de comprendre : au terme du bref exposé, les questions fusant en rafales, questions déconcertantes de simplicité dans leur implacable logique, dans leur lumineux bon sens, mais qui dans le tumulte des passions n’appellent pas toujours, hélas, des réponses simples. Pourquoi tout ce remue-ménage autour d’une nécessité aussi évidente et naturelle que la justice pour le sang des martyrs ? Pourquoi cependant un tribunal spécial pour le Liban ; n’y existe-t-il donc pas des juges impartiaux, capables de résister aux tentations, aux pressions, aux menaces ? Et pourquoi aujourd’hui seulement, alors que les massacres de populations se sont succédé quinze années durant sans que la justice internationale s’en émeuve ? Comment en revanche peut-on faire ouvertement obstacle au châtiment des assassins ? Comment diable s’y retrouver enfin (c’était pourtant hors du sujet) entre toutes ces crises de légalité ou de légitimité frappant, pêle-mêle, la présidence de la République, le gouvernement et le Parlement ? Allez donc répondre, en toute clarté, bien sûr, mais sans heurter pour autant ces jeunes sensibilités ; sans froisser ces sympathies ou allégeances léguées par leur environnement familial ; sans émousser non plus, à la froide douche du réalisme, un si impétueux idéal de santé, d’ordre, de justice. Idéal de normalité surtout, dans un pays délivré du spectre des attentats terroristes, un pays qu’on n’envisage pas de quitter pour poursuivre ses études ou bien, plus tard, pour travailler, un pays où l’on se soucierait davantage du réchauffement de la planète que des dernières déclarations ou lubies de tel ou tel chef de bloc ou de parti. Or quelle normalité pour demain si n’était extirpé, à la racine, le plus effroyablement pervers des facteurs et vecteurs d’anormalité, à savoir le terrorisme politique ? Que la mise en place du tribunal international soit essentielle, vitale pour l’avenir de ce pays n’est pas que courtoise opinion de la communauté internationale. Car le Liban pourrait sans doute retrouver une fallacieuse stabilité, une trompeuse sécurité, s’il oubliait ses rêves d’indépendance pour renouer avec le passé récent. Mais même avec la meilleure volonté du monde, même en souscrivant sans réserves aux règles du bon voisinage, il ne pourra jamais concilier souveraineté et sécurité si n’est pas proscrit le terrorisme d’État, grâce au pouvoir de dissuasion des sanctions internationales. Sans tribunal tous les efforts des investigateurs de l’ONU, les milliers d’heures passées à recueillir les indices et à entendre les témoins auront été peine perdue ; strictement destinées au futur procureur, les conclusions de l’enquête – identités des coupables y compris – dormiront dans quelque tiroir et tout cela, c’est le juge Serge Brammertz qui, dans une de ses rares déclarations à la presse, vient de le rappeler à New York. Dans les deux camps, les enchères viennent de monter. Issa GORAIEB

Il est de ces rencontres qui vous réconcilient avec la téméraire idée d’un Liban meilleur, d’un Liban où le bon sens et la perception de l’intérêt commun prendraient enfin le pas sur les égoïsmes et antagonismes sectaires et tribaux. Dans le monde absurde où évoluent et s’affrontent leurs aînés, c’est seulement au contact des jeunes que pouvait avoir lieu ce véritable bain d’innocence et de fraîcheur, de candide espérance, mais aussi d’émouvante angoisse du lendemain. J’ai eu droit à tout cela en début de semaine, dans un grand établissement scolaire de la capitale où j’étais invité à entretenir des élèves de seconde de la question de cette omniprésente, lancinante affaire de tribunal international...
Un intense besoin de savoir, de comprendre : au terme du bref exposé, les questions...