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Actualités - Opinion

Résistants à la vie, à la mort

Deux ans déjà depuis la révolution du Cèdre, quand le peuple et les jeunes ont transmis le flambeau de la résistance à la classe politique et ses différents leaders, deux ans que le Liban baigne dans le chaos… Des acteurs dits libanais, dirigés par des metteurs en scène étrangers, dits amis, frères ou sœurs, jouent depuis des mois une comédie dramatique sur la scène libanaise. Ce théâtre de la vie, ou plutôt de la mort, met en scène deux groupes principaux issus d’un peuple ruiné, lassé, mais insoumis : les Libanais. Ces deux groupes semblent être arrivés à la conclusion que nul ne pourrait arracher à l’autre ce morceau qu’est le Liban, un État bâti comme une société qu’aucune des parties contractantes ne peut gérer sans l’autre. La Syrie était ce Léviathan, ce monstre qui monopolisait la décision comme l’explique Joseph Maila dans sa critique des accords de Taëf où toutes les parties ont renoncé à leur souveraineté propre non pas au profit de l’État, mais au profit de la Syrie. Après le départ des Syriens, il fallait que l’État apparaisse. Mais tel n’a pas été le cas. À part le peuple, qui l’aurait souhaité ? Tous les groupes qui avaient renoncé à leur souveraineté à Taëf l’avaient fait sous la contrainte et non par instinct vital. Chaque partie ne voit que ses intérêts. Mais gare à elles, car le peuple peut se révolter même si les couleurs rouge et blanche de la révolution sont devenues celles du sang et du coup d’État réalisé par ces groupes qui le dirigent. Incapables de s’entendre, comme un couple divorcé qui se dispute la garde d’un enfant, ces parties ont confié la résolution du conflit à un tiers. Ce n’est pas le Conseil constitutionnel prévu par la Constitution, mais une puissance étrangère qui tente, en achetant les deux camps, d’arriver à un compromis fait évidemment de compromission. Il y a dix-huit ans, les parties avaient été forcées à s’entendre ; aujourd’hui elles demandent chacune un prix pour le faire. Dernier problème : le 19/11 ou le 19/10/1 au sein d’un gouvernement d’union nationale. Faut-il trente ministres alors que durant la guerre on s’est contenté de gouvernements d’union nationale avec six membres ? Peut-être arriverons-nous demain au 50/50, comme dans l’émission de télévision Qui veut gagner des millions ?, avec autant de ministres que de députés, autant d’acteurs que de spectateurs… Un tel colmatage ne saurait être synonyme de guérison Arrêter l’hémorragie nécessite une opération chirurgicale très précise, qui consiste, entre autres, à retirer les cellules cancérigènes, à injecter un vaccin préventif pour empêcher la propagation de cette maladie et à prescrire une liste de vitamines et de projets–médicaments pour rafraîchir la société et la pousser à reprendre son souffle, à se rééquilibrer et à vivre pleinement. Autrement dit, ce qui est exigé une fois pour toutes, c’est une solution définitive et radicale. Ce qui n’arrange rien, c’est que ces acteurs-marionnettes ignorent et violent sans cesse les règles du jeu. À côté de la Constitution et des lois, le Parlement est remplacé tantôt par une table de dialogue, où l’on entend le seul langage de la force, tantôt par deux personnes qui ne représentent que deux communautés libanaises et qui tiennent entre leurs mains, elles-mêmes liées, le sort de toute la nation, un sort qui dépend largement de leurs investissements politiques et financiers. Le chômage, l’émigration des jeunes, l’eau, l’électricité, la santé et la sécurité ne figurent dans leurs agendas qu’au second plan. La vie quotidienne du peuple est dépassée et l’intérêt public est secondaire. Ces leaders travaillent-ils pour survivre ? Quand donc ont-ils travaillé ? D’où ont-ils l’argent qui leur permet de vivre ? Tout le dilemme libanais se résume à assurer la continuité de leur puissance, de leur force, de leur pouvoir de contrainte, de la dépendance du peuple envers eux, autrement dit la continuité et la survie de leur « monarchie ». La continuité de l’existence du peuple libanais en toute dignité et indépendance, quelqu’un a-t-il entendu en parler ? Ah si : dans les discours populaires qu’on utilise comme arme d’excitation des foules pour mesurer sa popularité et compter les moutons de Panurge. On ne parle du peuple que lorsqu’on chute dans les sondages ou qu’on veut montrer sa force, mais œuvre-t-on vraiment pour son bien-être ? Malgré tous leurs efforts pour nous tromper, leur entreprise est vouée à l’échec car nous, jeunes, sommes assoiffés de liberté, de vérité, de rêve, d’indépendance. Le désespoir, le mensonge et l’émigration, nous les avons biffés de nos dictionnaires il y a bien longtemps. Nos ancêtres ont résisté contre les Ottomans durant quatre siècles et n’ont jamais baissé les bras. Nos martyrs ont sacrifié leur vie pour défendre cette terre sacrée contre le mandat français, l’implantation palestinienne et l’occupation syrienne, et pour que nous restions dans ce pays. Nous avons poursuivi ce combat. Mais il paraît que l’idéologie de l’arrivisme, de l’ignorance, de la primauté de l’intérêt personnel, du « chacun pour soi et Dieu pour tous » réapparaît de nouveau sous différentes formes et différents masques. Alors, messieurs, rendez-nous notre flambeau de la liberté. Notre flamme, vous n’avez pas été dignes de la porter. Le peuple libanais vous retire le mandat. La résistance, que vous avez perdue entre vos papiers entachés de corruption, nous la reprenons de nos mains. Nous connaissons l’histoire des peuples : s’il faut une Bastille libanaise, il y en aura une. Ce n’est ni une menace ni un rêve, c’est ce qui vous attend si vous veillez à maintenir le statu quo qui n’arrange que vous. Nous ne sommes pas un jour des De Gaulle et un autre jour des Pétain. Nous sommes des résistants et nous ne changeons pas ; nous restons fidèles à la cause du Liban et de son peuple. Notre résistance n’est pas terminée. Elle va se poursuivre et même se durcir. Les nouveaux partis et les nouvelles organisations non gouvernementales ne sont qu’un début. La mort ne nous fait point peur. La vie ne vaut d’être vécue que si elle est libre. Promesse d’honneur : nous résisterons et continuerons à résister jusqu’au dernier homme. Comme disait Victor Hugo : « et s’il n’en reste qu’un, je serais celui-là. » Lara SAADÉ 3e année de droit – USJ
Deux ans déjà depuis la révolution du Cèdre, quand le peuple et les jeunes ont transmis le flambeau de la résistance à la classe politique et ses différents leaders, deux ans que le Liban baigne dans le chaos…
Des acteurs dits libanais, dirigés par des metteurs en scène étrangers, dits amis, frères ou sœurs, jouent depuis des mois une comédie dramatique sur la scène libanaise. Ce théâtre de la vie, ou plutôt de la mort, met en scène deux groupes principaux issus d’un peuple ruiné, lassé, mais insoumis : les Libanais. Ces deux groupes semblent être arrivés à la conclusion que nul ne pourrait arracher à l’autre ce morceau qu’est le Liban, un État bâti comme une société qu’aucune des parties contractantes ne peut gérer sans l’autre. La Syrie était ce Léviathan, ce monstre qui monopolisait la...