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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Terminus Étoile

Dans les couloirs et bureaux du Parlement et hors des murs du Parlement, mais invariablement sur la question du Parlement, on ne s’est pas privé, précisément, de parler hier. Du (f)lot des orateurs se détachait nettement un Nabih Berry au mieux de sa forme : agressif et conciliant tout à la fois, le ton théâtral n’excluant pas la boutade, le président de l’Assemblée est apparu comme le plus rompu aux subtilités de cette singularité locale consistant à jongler en permanence entre le contenu des textes et les élastiques exigences de la démocratie consensuelle. À ce jeu-là Berry est incontestablement le plus fort. Mais pas le plus convaincant. Pour commencer, il ne suffit guère d’avoir joué les Cassandre, d’avoir vu venir le désastre, d’avoir effectivement averti, mis en garde, sonné le tocsin pour dégager sa propre responsabilité (et celle de ses alliés de l’opposition) dans le choc des volontés inflexibles, qui a conduit à l’impasse actuelle. Sans méconnaître sa modération naturelle – mais sans oublier non plus les contraintes découlant inévitablement de ses amitiés syriennes –, le fait est que le chef du Législatif fait partie intégrante d’un bloc qui n’a cessé de manifester sa défiance à l’égard du projet de tribunal à caractère international pour le Liban, boycottant le gouvernement pour finir par s’en retirer : ce qui ne l’empêche pas pour autant de protester, avec véhémence, de son attachement à la recherche de la vérité sur la chaîne d’assassinats qui s’est abattue sur le pays. À première vue, le mécanisme de la solution prônée par le président Berry paraît d’une déconcertante simplicité. Un comité serait chargé d’élaborer un consensus sur les statuts du tribunal, ouvrant ainsi la voie à un cabinet d’union dont tous les membres s’engageraient solennellement à ne faire défection en aucune occasion : le tout placé sous le parrainage et la garantie personnelle du roi Abdallah d’Arabie, auprès de qui se rendraient, comme lors de l’accord de Taëf, les protagonistes du dialogue national initié (et interrompu en catastrophe) l’an dernier. C’est présumer là cependant que l’opposition, qui demeure muette sur cette question, ne nourrit que des réserves mineures – et donc assurément négociables – à l’égard de l’actuel projet de tribunal, qu’elle ne se propose pas en réalité de vider celui-ci de sa substance, de l’émasculer, ce à quoi se refuse naturellement la majorité. C’est présumer qu’on ne se serait pas engouffré en somme dans un processus interdisant toute marche arrière : un processus sans fin, sinon la fin de ce tribunal. En d’autres circonstances, elle aurait pu faire sourire, cette exclamation de Berry assurant qu’un accord sur toute la ligne s’était dégagé lors de ses entretiens en tête à tête avec Saad Hariri... excepté sur l’essentiel, c’est-à-dire cette fameuse minorité de blocage que réclame l’opposition au sein du futur gouvernement. De bonne guerre, par ailleurs, tous les égards réservés à Hariri, fâcheusement entouré toutefois de mauvais génies s’acharnant à faire capoter tout accord. Ce qui fait sursauter en revanche, c’est les libertés que l’on prend avec les provisions de cette même Constitution dont on se dit le gardien. Berry, qui a lui-même rappelé qu’il a déjà une quinzaine d’ancienneté au sommet de l’Étoile, est on ne peut mieux placé pour savoir qu’en démocratie parlementaire, c’est une véritable hérésie que de revendiquer pour l’opposition une part de gouvernement correspondant à la proportion de sièges qu’elle détient à l’Assemblée. Par-dessus tout, il ne revient pas au président de la Chambre d’interpréter, au gré de ses options politiques, les textes de la Constitution, qu’il s’agisse de l’ouverture de la session ordinaire ou, plus grave encore, du quorum requis pour une élection présidentielle. Délivrer ou dénier un certificat de conformité des lois est du ressort du Conseil constitutionnel. Et produire, remanier, changer ou simplement expliquer les lois est strictement l’affaire de ce même Parlement dont le président – réélu, qui plus est, par cette même majorité qu’il remet en cause – est tenu d’être l’animateur, le modérateur, le coordinateur, non le verrou. Dans la folle dérive des institutions, et à moins d’un providentiel coup de théâtre, le terminus est déjà en vue. Berceau de la démocratie, le Parlement ne doit pas en devenir le tombeau. Issa GORAIEB

Dans les couloirs et bureaux du Parlement et hors des murs du Parlement, mais invariablement sur la question du Parlement, on ne s’est pas privé, précisément, de parler hier. Du (f)lot des orateurs se détachait nettement un Nabih Berry au mieux de sa forme : agressif et conciliant tout à la fois, le ton théâtral n’excluant pas la boutade, le président de l’Assemblée est apparu comme le plus rompu aux subtilités de cette singularité locale consistant à jongler en permanence entre le contenu des textes et les élastiques exigences de la démocratie consensuelle. À ce jeu-là Berry est incontestablement le plus fort. Mais pas le plus convaincant.
Pour commencer, il ne suffit guère d’avoir joué les Cassandre, d’avoir vu venir le désastre, d’avoir effectivement averti, mis en garde, sonné le tocsin pour...