Pour ou contre un calendrier de retrait d’Irak, le Sénat américain a repris hier un laborieux débat sur la guerre, avant de s’attaquer dans les semaines qui viennent au financement de l’engagement militaire américain.
Après deux blocages en février, l’état-major républicain, fidèle à la Maison-Blanche, a finalement renoncé hier à faire obstacle à l’ouverture d’un débat jugé essentiel par la majorité démocrate, qui se sent redevable envers un électorat de plus en plus antiguerre. Le Sénat a décidé par 89 voix contre 9 de discuter sur le fond d’un texte réclamant le retrait de l’essentiel des troupes de combat d’ici au 31 mars 2008, une idée fermement refusée par la Maison-Blanche.
Pour autant, l’adoption du texte semblait tout sauf certaine. « Nous verrons » si une majorité se dégage, a déclaré mardi le chef de la majorité Harry Reid, soulignant que le groupe des démocrates opposés à la guerre est minoritaire au Sénat (49 sur 99 sénateurs, un élu restant absent à la suite d’une hémorragie cérébrale, et l’indépendant Joseph Lieberman étant l’un des plus fidèles au président Bush sur ce dossier). Rien n’assure en effet que le scepticisme croissant qu’inspire la conduite de la guerre, y compris parmi une demi-douzaine d’élus influents du Parti républicain, puisse déboucher sur l’adoption de la résolution : beaucoup de ces sceptiques restent hostiles à l’idée de tout calendrier de retrait, comme l’influent ex-président de la commission des forces armées John Warner. Aussi, c’est sans grande crainte de voir le débat déboucher sur un affront ouvert au président George W. Bush que l’état-major républicain a massivement choisi hier de le laisser se poursuivre.
À deux reprises en février, les républicains avaient en revanche court-circuité la mise aux voix d’un texte non contraignant ayant plus de chances de réunir une majorité. Ce texte, adopté par la Chambre des représentants, se contentait d’exprimer la « désapprobation » du Congrès face à l’envoi de renforts en Irak annoncé en janvier. Il avait recueilli le soutien de sept des 49 républicains, y compris M. Warner. Les démocrates avaient dénoncé, dans ce refus des républicains de débattre, une volonté de « protéger le président, plutôt que les troupes ». Hier, ils ont vu dans la réussite attendue du vote de procédure la marque « d’un réel élan vers un changement d’orientation » de la conduite de la guerre, selon les mots du président de la commission des forces armées Carl Levin.
Un élan que la Maison-Blanche espère bien couper le plus vite possible. Elle a déjà annoncé la semaine dernière qu’elle était prête à censurer le collectif budgétaire devant financer les opérations en Irak et en Afghanistan pour 2007 si la majorité parvenait à y accoler un calendrier de retrait. Au Sénat, le présidentiable John McCain, qui semble avoir parié son avenir politique sur la réussite de la nouvelle stratégie annoncée en janvier par l’Administration, a mis en garde ses collègues contre la tentation de quitter l’Irak à tout prix sous prétexte que l’opinion s’est lassée de la guerre.
Moins du tiers des Américains (28 %) pensent désormais que les États-Unis vont gagner la guerre en Irak, selon un récent sondage, et un taux record (59 %) estimant que la guerre a été une erreur (59 %). Après le vote du Sénat, le débat sur l’opportunité de fixer un terme à l’engagement américain en Irak se prolongera la semaine prochaine à la Chambre des représentants, à l’occasion du collectif budgétaire.
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