La « résolution » numéro un était de détendre l’atmosphère pour permettre aux Libanais de parler entre eux et pour gagner du temps. La « résolution » numéro deux était de faire baisser la tension politique, pour éviter au conflit sunno-chiite de dégénérer au Liban. La « résolution » numéro trois était de ne plus parler de nouvelles mesures d’escalade, à commencer par rayer l’expression « désobéissance civile » de l’abécédaire des discours.
À écouter Hassan Nasrallah, hier, parler d’une « nouvelle chance de parvenir à une solution politique », à entendre Saad Hariri, la veille, se prononçant pour une formule d’accord où il n’y aurait « ni vainqueur ni vaincu » et se disant « très optimiste », à suivre les réunions Berry-Hariri, il devient aisé de conclure que les trois « résolutions » précitées, portant sur le Liban, auraient été prises lors du sommet irano-saoudien, samedi dernier.
« Les rencontres entre Saad Hariri et Nabih Berry préparent le terrain à un accord à venir », a indiqué à L’Orient-Le Jour le député Ali Hassan Khalil. « Les deux parties sont très déterminées à parvenir à une solution », a souligné l’homme de confiance du président de la Chambre.
Commentant la rencontre Berry-Hariri, un député proche du chef du Courant du futur explique que « la Syrie est le seul barrage réel face à la mise en place du tribunal international ; entre Saad Hariri et Hassan Nasrallah, le courant ne passe pas très bien ; et Nabih Berry, qui n’a rien d’autre que les clés du Parlement, est devenu le seul locuteur possible. Voilà pourquoi les deux rencontres entre MM. Berry et Hariri étaient espacées d’une journée, le temps que le président de la Chambre se concerte avec ses alliés. Et ces deux réunions seront suivies d’autres ».
Un nouveau paramètre
« Le tribunal international n’est plus seulement une demande libanaise, il est devenu une demande internationale et arabe », rappelait le président Amine Gemayel, recevant les condoléances de Saad Hariri.
« Le tribunal international sera de toute manière mis sur place, même s’il fallait avoir recours au chapitre VII », avait lancé, depuis Bkerké, Saad Hariri lui-même.
« L’Iran et ses alliés locaux accepteraient la mise sur pied du tribunal international, mais l’Iran n’a qu’un seul ami dans la région – la Syrie – et cet ami ne veut, en aucun cas, du tribunal », précise le député proche de M. Hariri. « Damas fait du chantage avec Téhéran, qui ferait bien cadeau du tribunal aux pays arabes, notamment l’Arabie saoudite et l’Égypte, effarés par la montée du chiisme dans la région, poursuit-il. Avez-vous remarqué que Hassan Nasrallah n’attaque plus de front le gouvernement Siniora ? » fait-il remarquer.
Qu’en pense le général Michel Aoun ? « Pour schématiser, répond un député proche du chef du Courant patriotique libre, les sunnites veulent le tribunal international, les chiites la participation au pouvoir, et nous, chrétiens, une loi électorale juste. » « Aux deux problèmes dits majeurs – le gouvernement et le tribunal – un nouvel élément de fond s’est ainsi ajouté », indique-t-il. Et le général Aoun, qui a toujours eu des craintes concernant la représentativité chrétienne, serait favorable à la petite circonscription et au vote à la majorité, selon la même source.
Les Marada, l’écho du Barada
À tous ces éléments font écho les propos du Premier ministre, Fouad Siniora : « Que l’opposition accepte les sept points (à savoir l’accord interne qui fut à la base de la résolution 1701 et qui est repris dans le texte de cette dernière) et qu’elle prenne 13 portefeuilles au lieu de 11. »
Le principal blocage viendrait donc du côté du Barada. Pour savoir ce qu’on pense à Damas de la crise libanaise, il serait utile de suivre les déclarations du chef des Marada, Sleimane Frangié, qui annonçait, hier, que « les horizons sont bouchés ». Le Hezbollah voudra des garanties qu’il ne sera pas poursuivi par le tribunal – ce qu’on appelle « la politisation » du tribunal international. La Syrie ne veut pas entendre parler de tribunal. L’Iran a une épée de Damoclès suspendue au-dessus du régime des mollahs. Elle s’appelle l’intervention militaire américaine, que le député proche de Saad Hariri estime être « almost sure ».
Ces questions ne manqueront pas aux discussions du sommet des pays limitrophes de l’Irak et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, aujourd’hui, à Bagdad, où la délégation américaine tiendra des discussions ouvertes avec l’Iran et la Syrie. En attendant le sommet arabe de Ryad, le 28 mars, à Beyrouth, on jouera la montre.
« Très probablement, les rencontres Berry-Hariri finiront par une convocation générale de tous les ténors politiques en Arabie saoudite », prévient le parlementaire proche de Saad Hariri. « C’est fort possible, ajoute le député proche du général Aoun. Sauf qu’ils ne pourront pas nous inviter, comme pour les Palestiniens, à La Mecque… Il y aura des chrétiens parmi nous… »
Jad SEMAAN
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