En Occident, comme dans les pays arabes, la Syrie exceptée, l’on convient avec M. Saad Hariri que la création d’un tribunal à caractère international est inéluctable. Car la décision fait l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité qui fait force de loi suprême. Et les déclarations précisant que cela se ferait au besoin sous le chapitre sept (sanctions) se multiplient, tant en Amérique qu’en Europe ou dans la région. Des informations sûres, allant dans ce sens, sont parvenues récemment à une source gouvernementale libanaise.
Cette personnalité indique qu’au cas où les institutions constitutionnelles libanaises restaient paralysées sans pouvoir avaliser définitivement la convention conclue avec les Nations unies, cette instance se trouverait obligée d’agir unilatéralement. Ce qu’elle ne peut faire que sous le seul chapitre sept.
Or, ce n’est pas de sitôt que le Liban officiel, dans toutes ses composantes, sera en mesure d’honorer ses engagements. On sait en effet que le président de la République, mais également le président de la Chambre, refusant de reconnaître le gouvernement Siniora en place, ne veulent pas entériner ses décisions. Ils envisagent de pousser l’obstruction jusqu’à s’abstenir de convoquer la Chambre, dont le paraphe est requis, pour sa session ordinaire du printemps. Il faudra donc attendre le dénouement de la crise interne et l’éventuelle formation d’un cabinet d’union. Et encore, même alors, il n’est pas exclu que les prosyriens fassent de tout pour entraver la mise en place du tribunal.
Grand ami du Liban comme du regretté président martyr Rafic Hariri, le président Chirac, dont le mandat expire comme on sait dans deux petits mois, se dépense sans compter pour s’assurer que le tribunal verra bientôt le jour. Il multiplie les contacts pour que cela se fasse avant son départ. Et pour que le Conseil de sécurité se rabatte sur le chapitre sept si les Libanais n’arrivent toujours pas à se décider. Le chef de l’État français, indique la source gouvernementale libanaise citée, se préoccupe notamment de relancer la Russie et la Chine. Ces deux membres permanents du Conseil ont en effet milité dans les mois passés en faveur de Damas, en réclamant des retouches à la mouture initiale du statut du tribunal. Moscou et Pékin ont obtenu gain de cause sur nombre de points. Mais la Syrie ne s’en est pas contentée, son objectif étant de faire du tribunal une lettre morte. Aussi, ces derniers temps, le président russe et sa diplomatie ont nettement nuancé leur position. En insistant sur la nécessité de mettre en place effectivement le tribunal, cela après des entretiens positifs avec l’Arabie saoudite, comme avec M. Saad Hariri. Bien entendu, sur ce dossier, le président Chirac agit en coordination avec Washington comme avec Londres.
La pression européenne
Pour ce qui est du chef du Courant du futur, la source citée rapporte que Javier Solana, chef de la diplomatie européenne, ainsi que le commissaire de l’Union et le Premier ministre belge ont reconnu avec lui que la question du tribunal représente le nucleus même de la crise libanaise. Qu’il faut donc la dénouer en toute priorité. D’autant que le problème intéresse au plus haut point la communauté internationale qui doit dès lors concrétiser ses résolutions, indépendamment du Liban le cas échéant. Solana s’est d’ailleurs déclaré convaincu que tous les membres du Conseil de sécurité déploieront les efforts nécessaires pour la mise en place du tribunal. « Quels que soient les moyens qu’il faudra utiliser », a-t-il ajouté, et l’on sait ce que parler veut dire. Soulignant d’ailleurs ensuite que si des entraves devaient subsister, entendre du côté libanais, l’ONU serait contrainte de recourir à sa Charte. Et précisant que le secrétaire général, Ban Ki-moon, partage son point de vue.
Toujours selon la même personnalité, les Européens ont décidé de relancer les Syriens pour faire pression sur eux, les inciter à mettre de l’eau dans leur vin et à cesser de s’immiscer d’une manière négative dans les affaires intérieures libanaises. Pour les porter, au contraire, à aider au règlement de la crise locale. Dans ce cadre, Solana devrait se rendre bientôt à Damas, précédé ou suivi de nombre de ministres européens des Affaires étrangères.
L’Iran
Sur un autre plan, le même responsable pense que les choses devraient mieux se décanter à la lumière de la position que l’Iran, encore flottante à ce jour, adopterait à l’issue de ses contacts avec les Saoudiens. Le président iranien, Ahmadinejad, est en effet attendu à Ryad, où il doit rencontrer le roi Abdallah. Les échanges porteront bien sûr sur l’Irak, sur la Palestine, sur le nucléaire iranien, mais également sur la crise libanaise et sur le tribunal international. Les résultats de ces entretiens devraient naturellement avoir un impact sur la conférence du voisinage irakien, le 10, ainsi que sur le sommet arabe de Ryad, le 28. Rajoutés au produit du dialogue du président russe Poutine avec les Saoudiens, ces arrangements saoudo-iraniens potentiels devraient en principe forcer la Syrie à composer, par rapport au Liban et au tribunal. Pour ne pas se retrouver totalement isolée, en fâchant le puissant allié iranien ainsi que le dernier soutien étranger que représente Moscou.
Émile KHOURY
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