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Actualités - Opinion

IMPRESSION Et…

La guerre, dit-on, commence avec des mots. Depuis le projet fou de Babel, on sait qu’il est impossible de construire quand on ne peut pas communiquer. Au Liban, pays des expériences perverses, c’est une même langue qui est aujourd’hui piégée. Les mêmes mots n’ont plus le même sens. Les réalités qu’ils désignent varient selon les usagers. Il n’est que de vérifier les acceptions de « bien » et de « mal », de « succès » et « d’échec », de « positif » et de « négatif », d’« optimisme », de « pessimisme » et, surtout, de « souveraineté ». Ces mots qui forment le champ sémantique de notre quotidien inquiet contribuent lentement à notre déroute. En l’absence d’un projet commun, le succès des uns n’est que l’échec des autres, et tout à l’avenant, si vous dites : « Je vais bien », l’autre comprendra que lui va mal. Nous n’avons même plus le même regard sur l’avenir. Brillant pour les uns, il sera forcément sombre pour les autres. Quant à la chimère de la souveraineté libanaise, chacun l’imagine à la traîne de la puissance la plus proche de sa culture, syro-iranienne ou euro-américaine. Avec ceci, dans ce mouchoir de poche, qui peut penser nuire à l’autre sans se nuire à lui-même ? C’est compter sans nos étranges pulsions de mort. À tous, pourtant, le voisinage de la camarde et son harcèlement permanent sont insupportables. Si insupportables que la tentation est forte parfois de l’inviter à entrer, à vous emporter, que tout s’arrête et que vous puissiez entrevoir ce monde meilleur qu’une terre maudite s’obstine à vous refuser. L’amour de la vie est parfois tragique, d’autant qu’en l’absence d’une définition commune, la vie des uns signifie désormais la mort des autres. Il est bien loin le temps où « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme » (Gen.). Nommer, c’était participer à la création du monde, rassembler et saluer le vivant. Aujourd’hui, les mots nous mordent avant de franchir nos lèvres. Substantifs vides de substance, ils ne servent plus à créer, mais à disloquer. Au lieu de désigner, ils sèment la confusion. À l’aube d’une ère nouvelle, il nous faut un nouveau dictionnaire. Puisse-t-il commencer par un mot qui rassemble. Le plus simple serait « et ». ET, comme extraterrestre. Fifi ABOU DIB
La guerre, dit-on, commence avec des mots. Depuis le projet fou de Babel, on sait qu’il est impossible de construire quand on ne peut pas communiquer. Au Liban, pays des expériences perverses, c’est une même langue qui est aujourd’hui piégée. Les mêmes mots n’ont plus le même sens. Les réalités qu’ils désignent varient selon les usagers. Il n’est que de vérifier les acceptions de « bien » et de « mal », de « succès » et « d’échec », de « positif » et de « négatif », d’« optimisme », de « pessimisme » et, surtout, de « souveraineté ». Ces mots qui forment le champ sémantique de notre quotidien inquiet contribuent lentement à notre déroute. En l’absence d’un projet commun, le succès des uns n’est que l’échec des autres, et tout à l’avenant, si vous dites : « Je vais bien »,...