Au cours de sa dernière prestation télévisée, Walid Joumblatt a donné un coup de projecteur mettant en lumière d’importants aspects des contacts en cours, au-dehors comme à l’intérieur, pour résoudre la crise. Cela, pour bien mettre les points sur les i. On sait en effet que les prosyriens ont clamé dernièrement haut et fort que le leader de la Rencontre démocratique ainsi que le chef des FL, Samir Geagea, auraient fait capoter, sur instruction des Américains et des Français, une solution saoudo-iranienne agréée initialement par Saad Hariri. On sait également que le président Sélim Hoss, que l’on ne peut suspecter de sympathie prononcée pour le camp du 14 Mars, a confirmé, après avoir visité l’Arabie saoudite comme la Syrie, qu’il n’existe pas encore de formule toute prête de règlement. Dans sa propre réfutation de la manœuvre d’intox opposante, Joumblatt a en même temps répété que la question du tribunal constitue un préalable indispensable, une priorité, menant vers la solution. Soulignant, en réponse aux exigences adverses, qu’il est inadmissible de lier ce volet à tout autre dossier. Rappelant qu’en réalité, et dans le fond, il ne devrait pas y avoir litige, du moment que la création du tribunal avait été approuvée à l’unanimité par la table ronde de dialogue national.
Cependant, la minorité persiste à conditionner son acceptation du tribunal par la formation préliminaire d’un cabinet dit d’union où elle disposerait du tiers de blocage. Le leader du Hezbollah, Hassan Nasralllah, évite soigneusement d’évoquer le tribunal dans ses déclarations ou discours. Mais son second, cheikh Naïm Kassem, a affirmé que le gouvernement devait servir d’entrée en matière au tribunal, et non l’inverse.
Analysant le tableau, Joumblatt soutient que les rangs opposants sont en pleine confusion. Qu’ils multiplient les contradictions. Parce que, d’après lui, ils ne peuvent pas continuer à couvrir le refus syrien obstiné au sujet du tribunal. Il faut comprendre par là qu’il y a des limites à partir desquelles des Libanais, prosyriens sans doute mais libanais quand même, ne peuvent décemment pas admettre qu’on passe outre à la quête de la vérité dans l’assassinat du président Hariri. Et qu’on rejette la justice.
Joumblatt révèle que le ministre Ghazi Aridi, qui est l’un de ses compagnons de route, retour d’Arabie saoudite, en a rapporté les indications suivantes : les Iraniens ont fait savoir à Ryad qu’ils sont d’accord pour le tribunal. Ajoutant qu’ils allaient traiter positivement la question avec les Syriens et leur transmettre leur position. Mais jusqu’à présent, Téhéran n’a pas reçu cette réponse syrienne.
Objectifs
On peut estimer, après la visite d’Assad en Iran, qu’elle a été négative. Toujours est-il que Damas contrecarre une solution au Liban parce qu’il cherche à conclure un « deal » avec les Américains et avec les Saoudiens, à partir du dossier libanais comme de l’Irak. Ou encore à partir de la carte de pression palestinienne qu’il pense détenir en appuyant le Hamas, dont il héberge le chef Khaled Mechaal, et les formations hostiles à Mahmoud Abbas, du Fateh. La Syrie ne céderait aux sollicitations iraniennes ou autres sur le Liban qu’en s’en faisant payer le prix.
Il est donc très important pour elle de bien manipuler l’instrument dont elle dispose dans ce pays. Pour renforcer ses atouts, en vue d’une éventuelle négociation avec Washington et avec Ryad, le régime syrien recommande à ses alliés libanais de faire monter encore la pression. Et de brandir avec insistance la menace d’un ordre d’insubordination civique. Dociles, des pôles opposants du cru ont fait savoir que ce samedi est le dernier jour au cours duquel ils accepteront encore des contacts de conciliation. Après quoi, ils passeraient à un plan C d’escalade. Commençant par la désobéissance civile pour aboutir à une démission des députés.
En face, on parle de simple intimidation et l’on confirme qu’il n’est pas plus question de plier devant la désobéissance civile qu’on ne l’a fait devant le sit-in des tentes, les grèves, les routes coupées, les pneus brûlés. Ou devant les assassinats et les attentats fauchant des victimes innocentes. Le spectre du terrorisme se trouvant du reste de nouveau sorti du placard, comme le prouve la découverte de charges piégées. Uniquement dans les régions chrétiennes, parce que les commanditaires doivent ménager l’Iran comme l’Arabie saoudite qui interdisent, ensemble, tout ce qui pourrait provoquer des heurts entre chiites et sunnites.
Enfin, pour les observateurs locaux, la dizaine de jours d’absence du président Nabih Berry signifient qu’on ne doit pas attendre d’imminents développements du côté des médiations.
Philippe ABI-AKL
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