Des dizaines de grandes entreprises russes, se sentant à l’étroit sur un marché financier à la puissance limitée, vont cette année encore tenter de séduire des investisseurs étrangers ravis de s’engouffrer dans un pays considéré comme attractif en dépit des risques.
Jusqu’à 90 entreprises russes envisagent d’entrer en Bourse en 2007, soit six fois plus qu’en 2006, qui était déjà une année record. Le montant cumulé de ces opérations pourrait atteindre 30 milliards de dollars (contre 17,7 milliards de dollars en 2006), selon une étude de la banque russe Alfa.
La plus grosse opération boursière de l’année est imminente : il ne s’agit pas d’une entrée en Bourse, mais de l’émission par la banque semi-publique Sberbank d’un gigantesque paquet d’actions, qui pourrait lui rapporter jusqu’à 12 milliards de dollars – un record pour une compagnie russe – au cours actuel du titre.
Les investisseurs avaient jusqu’à lundi pour déclarer leur intérêt pour une part des 3,5 millions de titres mis en vente. Le prix de vente de ces actions devrait être connu vendredi.
Cette opération a fait couler beaucoup d’encre en Russie en raison de ses conditions controversées, et d’une communication financière jugée particulièrement « erratique » de la part de la Banque centrale russe, qui détient 63 % du capital.
Les investisseurs ont été parfois déconcertés par ce qui « n’est à aucun égard un placement normal », relève David Nangle, analyste de Renaissance Capital.
« C’est une banque avec une capitalisation de 70 milliards de dollars et elle n’a pas de division de relations avec les investisseurs, c’est un cas unique ! » remarque-t-il. L’opération devrait pourtant être « un succès », selon lui.
Outre la Sberbank, un autre poids lourd du secteur bancaire russe est attendu cette année en Bourse : la Vnechtorgbank (VTB), spécialisée dans les crédits à l’exportation.
Gazprombank, filiale du géant gazier Gazprom, pourrait marcher dans leurs traces – elle a reporté toutefois son introduction en Bourse à la mi-2008, après l’élection présidentielle. La compagnie aérienne Aeroflot y songerait également, ainsi que plusieurs producteurs d’électricité.
Pour les entreprises russes, une introduction en Bourse est un bon moyen de « financer leur croissance, de tirer profit d’une bonne cote sur le marché, ou tout simplement de mettre à l’abri certains actifs avant les incertitudes qui se profilent avec la saison des élections » (législatives en décembre 2007 et présidentielle en mars 2008), résume une étude du groupe Aton Capital.
Le succès des précédentes offres publiques de vente, comme par exemple celle du géant pétrolier Rosneft en 2006, a créé une dynamique et des groupes moins importants osent à leur tour s’y lancer.
Ils y sont d’ailleurs encouragés par le gouvernement russe, qui s’efforce de consolider le secteur financier qu’il perçoit comme « un des leviers pour limiter la dépendance du pays envers les matières premières », explique Patrick Le Gauthier, conseiller financier adjoint auprès de la mission économique française à Moscou.
Et on leur réserve généralement un bon accueil, bien que la réputation de l’économie russe demeure sulfureuse et que la transparence reste finalement un concept encore nouveau.
« À l’heure actuelle, il y a toujours un grand intérêt pour le marché russe », souligne Natalia Orlova, analyste d’Alfa Bank. « Un grand nombre d’investisseurs veulent diversifier leur portefeuille en Russie et veulent une exposition hors secteur pétrolier à cause du risque politique et aussi parce que c’est là que se trouve la croissance en ce moment », selon elle.
Les experts de la société d’investissement Aton Capital sont du même avis : malgré l’afflux, « le marché devrait être capable de digérer la série d’opérations prévues en 2007 », estiment-ils dans une récente étude.
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