Avant, pendant et juste après les discours du 14 Mars, les appels au dialogue interne se répètent, se font écho. C’est ainsi qu’en réponse à l’ouverture affichée par le chef du Courant du futur, le député Saad Hariri, le président Nabih Berry a confirmé son adhésion au rétablissement des ponts. Pour se poser de nouveau en conciliateur. Peut-on dès lors espérer que le camp sera levé, au sens littéral du terme, que les tentes, qui squatterisent depuis tant de mois le centre-ville, vont enfin être repliées ? Que le risque d’un recours, d’un retour, à la rue sera sous peu complètement gommé ?
Tout dépend des intentions, elles-mêmes dictées par les possibilités et les disponibilités intérieures que peut offrir le volet extérieur, la lutte des axes. Dans les prochains jours, on devrait voir si les bonnes paroles des uns ou des autres ne vont pas être démenties dans les faits, dans les actes. Pour la plupart des observateurs, il serait utopique d’imaginer un accord interlibanais sans aval des protagonistes étrangers. Ils rappellent que les pôles nationaux qui s’étaient efforcés de mettre un terme à la guerre intestine avant une entente extérieure à ce sujet avaient été assassinés ou obligés de s’exiler. Combien de temps avait duré la solution de 1976 articulée autour de l’élection anticipée d’Élias Sarkis et de l’entrée des forces syriennes ? Juste le temps qu’avait duré le pseudo gentlemen’s agreement entre Washington et Damas, qui avait basculé lors de Camp David, en voyant la carte palestinienne échapper de ses mains. Plusieurs épisodes d’une épreuve qui s’est prolongée, sous des formes froides ou chaudes, jusqu’au départ des Syriens en 2005, ont été marqués par cette même sorte de retournement. Et la crise présente, ajoutent ces sources, n’est, après tout, qu’un reflet direct du bras de fer entre la Syrie et les États-Unis. Antérieurement, Damas avait donné son feu vert à l’initiative de table ronde de dialogue lancée par le président Berry. Mais le régime syrien avait vite constaté que ses alliés, pensant sans doute qu’on leur permettait de traiter en fonction des seuls intérêts du pays, avaient souscrit à des résolutions qui lui déplaisaient. Souverainement, si l’on peut dire. Il avait donc contré ces décisions, obligeant pratiquement ses féaux du cru à se dédire.
Un « plan noir » ?
On peut dès lors se demander si, échaudé de la sorte, ce même régime va autoriser la reprise du dialogue entre Libanais. Et si jamais il le fait, pour alléger les pressions qu’il subit, ce ne serait pas dans l’idée de tout court-circuiter par la suite. C’est à craindre, du moment que Damas n’en démord toujours pas : il ne veut ni traiter avec Fouad Siniora ni admettre la nécessité du tribunal international.
Les interrogations sont d’autant plus justifiées que la double explosion au Metn constitue un message assez clair. À ce propos, selon un responsable qualifié, des renseignements sûrs se sont accumulés et recoupés, ces derniers temps, au sujet du déclenchement d’un « plan noir » au Liban. C’est-à-dire d’un cycle d’attentats terroristes, dont les bombes dans les vans de Aïn Alak seraient le coup d’envoi. La série sanguinaire redoutée se distinguerait des précédentes, comme l’indique le double crime, par le fait qu’elle viserait principalement la population civile innocente. Et non plus seulement des intérêts économiques ou des personnalités engagées. Mais, selon ce cadre, les deux explosions de mardi, qui avaient pour objectif immédiat manifeste de briser la commémoration populaire de l’assassinat du président Hariri, augurent d’une suite effroyable. D’autant plus, à son avis, qu’ils n’ont pas du tout atteint leur but, la participation au rassemblement de la liberté ayant été plus que massive.
Émile KHOURY
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