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Actualités - Opinion

Foin d’hypocrisie !

C’en est trop : à force de tourner autour du pot, à dire, sans arrêt, la chose et son contraire, à s’évertuer à nous convaincre que les vessies sont bien des lanternes et que les armes, après tout, ce n’est que du foin, on n’a pas seulement le tournis, c’est le haut-le-cœur, un véritable sentiment de répulsion qui nous étreint. Répulsion de la politique, de ceux qui la font et la défont, rejet de ceux qui disent se battre pour des lendemains meilleurs et qui font de tout pour nous assurer des lendemains qui déchantent. Décrédibilisés, discrédités : voilà ce qu’ils sont devenus. Les promesses, les belles paroles se sont avérées de simples balivernes, et les auras récoltées sur les champs d’honneur se sont désintégrées sur les autoroutes, sur les places du mensonge, de l’obstructionnisme. En clair, depuis le 14 février 2005, jour de l’assassinat de Rafic Hariri, depuis le 12 juillet 2006, date du déclenchement de la dernière guerre israélienne, un double monument d’hypocrisie a été bâti, pierre sur pierre, palier par palier, un échafaudage de tromperies qui a abouti à l’impasse actuelle, une situation du bord du précipice qui voit les acteurs, pris au piège, jouer tour à tour le rôle de Judas et celui de Ponce Pilate. Deux ans après le meurtre odieux qui a plongé le Liban dans un tourbillon infernal, le tribunal international reste hypothéqué par les conditions des uns, les réserves des autres ; deux ans après le crime, il se trouve encore des parties qui ne veulent pas que justice soit faite, que justice soit rendue. Six mois après le carnage au Liban-Sud, la destruction de ses infrastructures, des voix continuent de s’élever pour contester le bien-fondé de la résolution 1701, pour émettre des doutes sur la mission de la Finul bis ; six mois après le désastre, le Hezbollah ne se décide toujours pas à s’en remettre à la seule légalité, à tenir compte des réalités nouvelles nées du déploiement de l’armée dans la région frontalière. Tout cela nous ramène à l’épisode de la saisie d’armes à Hazmieh, cargaison, cachée sous du foin, que le Hezbollah a dit destinée à la Résistance au Liban-Sud, alors qu’elle se trouvait à quelques encablures de la banlieue sud. Étrange, bien étrange parcours d’un camion qui, pour aller de la Békaa vers le Sud, a trouvé plus judicieux de passer par la banlieue sud de Beyrouth ! Et comme pour détourner l’attention de cette situation bien embarrassante, voilà que le Hezbollah crée toute une affaire, toute une histoire d’une prétendue modification du tracé de la ligne bleue au Sud, nonobstant les explications et les assurances fournies par le commandement de la Finul et par Fouad Siniora. Une fuite en avant qui n’est que la conséquence du piège dans lequel se sont enferrées toutes les parties, l’aveu même de l’incapacité du Hezbollah à s’ouvrir au dialogue sans conditions préétablies. Triste spectacle alors que le Liban lutte pour sa survie, alors que l’arsenal même du Hezbollah devient prétexte et raison à l’armement des autres parties, un arsenal autrefois sacralisé par la Résistance et devenu motif à des discordes internes, à des conflits armés. Très opportunément, une question se pose à l’esprit : où en est le Courant patriotique libre par rapport à ce dévoiement ? Les Libanais, dans leur malheur, ont appris, comme le bon peuple d’Égypte, à rire de leurs misères, une manière, peut-être, de conjurer le mauvais sort, mais aussi de répercuter, à travers une blague, des vérités qu’il n’est pas toujours bon de dire. La dernière, bête et méchante, vous l’avez probablement réceptionnée sur votre mobile ou sur votre ordinateur. Grosso modo, voilà ce qu’elle dit : « Le Hezbollah a reconnu, dans un communiqué, que la cargaison saisie à Hazmieh lui appartient, mais si les armes sont sa propriété, le foin, lui, est destiné au CPL ! » Bête et méchante, dure à avaler, mais aussi le reflet d’une interrogation. Le courant aouniste est-il un partenaire à part entière du Hezbollah, donc en mesure d’influer sur ses positions, ou son rôle se confine-t-il désormais à lui assurer une couverture, la garantie chrétienne dont il a fondamentalement besoin ? Dans le contexte actuel où les sentiments sont exacerbés, les esprits surchauffés, comme en témoigne l’incident survenu, samedi soir, à Faraya Mzaar, le CPL se doit de clairement afficher des positions autonomes, qu’il s’agisse des armes du Hezbollah, incitatives à l’armement d’autres parties libanaises, ou du sit-in du centre-ville, qui a perdu de son impact et dont la perpétuation, à deux jours de la commémoration du 14 février, équivaut à de la pure provocation. Les mardi et jeudi noirs de janvier dernier ont démontré, par le sang qui a coulé, par le chaos qui a sévi dans la capitale, qu’à force de jouer avec le feu, on se brûle forcément les doigts. Tous les protagonistes seront alors les perdants, les victimes d’un conflit sanglant qu’ils n’ont peut-être pas voulu, mais dont ils n’ont pas arrêté d’attiser les braises. Dans un message émouvant adressé à Hassan Nasrallah, Nazek Hariri a souhaité que le 14 février soit l’occasion de retrouvailles, de remises en question qui feraient qu’il n’y aurait aucun perdant mais un seul vainqueur, le Liban. Ce message sera-t-il entendu, le cœur et la raison finiront-ils par prévaloir ? Il faut l’espérer, alors qu’à Damas, Amr Moussa tente de désamorcer une autre bombe, celle qui est à l’origine de tous les blocages, de tous les maux du Liban. Nagib AOUN
C’en est trop : à force de tourner autour du pot, à dire, sans arrêt, la chose et son contraire, à s’évertuer à nous convaincre que les vessies sont bien des lanternes et que les armes, après tout, ce n’est que du foin, on n’a pas seulement le tournis, c’est le haut-le-cœur, un véritable sentiment de répulsion qui nous étreint.
Répulsion de la politique, de ceux qui la font et la défont, rejet de ceux qui disent se battre pour des lendemains meilleurs et qui font de tout pour nous assurer des lendemains qui déchantent.
Décrédibilisés, discrédités : voilà ce qu’ils sont devenus. Les promesses, les belles paroles se sont avérées de simples balivernes, et les auras récoltées sur les champs d’honneur se sont désintégrées sur les autoroutes, sur les places du mensonge, de l’obstructionnisme.
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