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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Ostéopathies

Cinquième semaine de 2007. Il faut paver la voie à un (im)possible retour de ce cher Amr Moussa ; il faut d’abord éviter qu’il ne revienne pour rien, qu’il ne revienne gesticuler dans tous les sens en donnant l’impression de faire quelque chose alors que tout le monde sait pertinemment que si le bon terreau n’y est pas, le médiateur égyptien ne fera que brasser du vent. Il faut donc lui construire un squelette. Cette entreprise-là, n’en déplaise à beaucoup, se fait ici mais surtout là-bas ; c’est ainsi, les Libanais ayant plus que largement montré qu’ils sont incapables de s’adresser la parole autrement qu’en s’insultant, qu’en niant l’autre, et qu’en imaginant soit avoir la science infuse, soit pouvoir imposer un diktat de minorité – soit les deux. Alors, on s’active là-bas, à Moscou notamment, où l’on entreprend, probablement pour la galerie, de tancer Damas, le dernier verrou depuis que Téhéran a fait comprendre à Ryad qu’un oui à la médiation Bandar-Larijani sera acquis dès que le bon docteur Bachar acquiescera. Encore faut-il donc qu’il se décide à cesser d’œuvrer, heure par heure, en faveur du chaos au Liban. Reste à savoir dans quelle mesure l’assez indulgent Poutine pourrait réellement peser sur la Syrie ; peut-être en agitant avec doigté la carotte du tribunal international, promettre qu’il ne dynamitera en rien le régime baassiste. On s’active également de Washington, par le truchement de Jeffrey Feltman, qui a rappelé hier à Nabih Berry, comme 98516792189663 personnes avant lui, qu’il est aussi, incidemment, à ses heures perdues, le président de la Chambre... On s’active de Paris aussi, même indirectement, Jacques Chirac n’ayant finalement fait qu’énoncer une évidence, que dire tout haut ce que tout le monde pense (pas) très bas : quand bien même les Iraniens auraient mille bombes nucléaires, aucune ne sera utilisée à moins qu’ils n’aient décidé de rayer leur propre pays de la carte. On déblaie donc ailleurs pour Amr Moussa. Et ici ? Ici, à part signer des pactes d’honneur interchrétiens (c’est déjà ça…) ou éditer des fatwas pour proscrire toute lutte intermusulmane (c’est déjà ça aussi…), on ne fait pas grand-chose. Ici, c’est à peine si l’on a remarqué, du bout des rétines, du bout de l’œil, que le squelette libanais souffre d’une ostéoporose carabinée ; alors l’on s’est affolé, sans pour autant juger bon de faire effectivement quelque chose pour que se dissolvent, à peine expédiés des rives saumâtres du Barada, les fantômes de nouvelles guerres libanaises civiles et plurielles. Sans pour autant profiter de ce qu’Angela Merkel a eu le bon goût d’appeler une fenêtre de tir – sachant que la totalité des protagonistes libanais sont apparemment d’accord dans l’analyse de la situation (tous les ingrédients d’un infini combat fratricide sont là) et de l’objectif à assurer (éviter que cela n’implose), cette fenêtre de tir aurait pu être utilisée pour résoudre les méandreux conflits politiques interlibanais. Mais oublieux qu’un pacte d’honneur est signé pour mieux être rompu, les petits chefs d’ici ne se sont pas rendu compte qu’ils ont eu la semaine dernière une occasion en noir mais en or pour s’employer à faire aboutir la seule solution à même d’éteindre les feux de cette guerre civile : la solution politique. Encore et toujours ce ni vainqueur ni vaincu, du moins en apparence, parce qu’ici, il faut toujours les sauver, les apparences, aussi rachitiques soient-elles. En se souvenant bien qu’il est des constantes qui font l’ossature même du Liban post-tutelle et sans lesquelles il serait férocement crétin d’espérer quoi que ce soit : un tribunal international fût-il amendé sans être dénaturé ; une 1701 appliquée, nécessairement appliquée, avec l’accord de tous et en ayant pris bonne note des craintes très diplomatiquement formulées cette semaine par le vaillant Alain Pellegrini, et, enfin, un plan de réformes que Fouad Siniora a voulu et veut ouvert à toutes les propositions, et sans le démarrage duquel Paris III et tous ses records resteraient chiffres creux. Reste à savoir si cette solution politique, si cette recalcification du pays, cette très virtuelle charpenterie pourraient aider d’une façon ou d’une autre la quasi-totalité des Libanais, en accélérant le processus de convalescence, à régler leurs problèmes de dos meurtris, de muscles épuisés, de nerfs coincés, de nuques pratiquement figées ; s’ils pourraient mettre un terme à ces réveils déjà souffreteux, ces stress de chaque instant et cette sensation fugace, presque indéfinissable mais terriblement nauséeuse que tout, vraiment tout, peut s’écrouler d’un instant à l’autre. Et que le Liban est définitivement cet os, maladivement dévitaminé, sur lequel continuent pourtant de se faire les dents tous les (apprentis) sorciers de la région ; peut-être du monde. Ziyad MAKHOUL

Cinquième semaine de 2007.
Il faut paver la voie à un (im)possible retour de ce cher Amr Moussa ; il faut d’abord éviter qu’il ne revienne pour rien, qu’il ne revienne gesticuler dans tous les sens en donnant l’impression de faire quelque chose alors que tout le monde sait pertinemment que si le bon terreau n’y est pas, le médiateur égyptien ne fera que brasser du vent. Il faut donc lui construire un squelette. Cette entreprise-là, n’en déplaise à beaucoup, se fait ici mais surtout là-bas ; c’est ainsi, les Libanais ayant plus que largement montré qu’ils sont incapables de s’adresser la parole autrement qu’en s’insultant, qu’en niant l’autre, et qu’en imaginant soit avoir la science infuse, soit pouvoir imposer un diktat de minorité – soit les deux. Alors, on s’active là-bas, à Moscou...