Le droit à la différence
Il y a quelques jours, l’ancien député et ministre Sleimane Frangié, après avoir menacé tous ceux qui n’auront pas observé la grève d’hier mardi de ne pas pouvoir rentrer chez eux, a déposé sa cerise sur le gâteau : « Nous nous réservons le droit de les boycotter », a-t-il lancé. M. Frangié, tout en se prétendant démocratique, s’est montré rien moins que discriminatoire. Le fait de boycotter des gens, des communautés, pour la simple raison qu’ils ne partagent pas les mêmes tendances politiques, est le sommet de la discrimination politique interdite par la Charte internationale des droits de l’homme. De toute façon, il faudrait s’attendre désormais au pire de la part de cette opposition quant au droit à la différence et au respect de la société pluraliste. Les propos de M. Frangié dimanche dernier, ajoutés à la fermeture du Taboo au centre-ville par les agents de l’ordre du Hezbollah, constituent des preuves irréfutables des véritables intentions de l’opposition.
Camille MOURANI
Dialogues de sourds
À la question : « Qui a cassé le vase de Soisson ? » que devraient se poser beaucoup de Libanais, au lieu du sempiternel : « C’est pas moi, M’sieur » fusaient des réponses du style : « Moi, j’aime la vie en couleurs » ou d’autres « En toute dignité », ou encore, « En liberté », mais tous répondaient à côté de la question.
On a eu droit aussi à des réponses télévisées du style : « Il ne vous est pas demandé de penser » ou encore du genre : « Nous sommes là pour réfléchir à votre place ».
« Et pourtant elle tourne », aurait répondu Galilée en son temps, car le vrai problème était ailleurs, et tout cela n’était que poudre aux yeux.
Alors, prenant le taureau par les cornes, on nous assomme, avant Paris III, de pubs, de slogans visuels et radiophoniques, avec peut-être un budget plus grand que ce que ce même Paris III pourrait nous ramener comme aides au pays. « C’est pour la bonne cause », s’était-on alors vu dire : c’est pour qu’ils comprennent!
Mais tout cela était vain, car l’escalade prévue pour mardi était maintenue. Alors, adieu, veau, vaches, cochons, aides, monnaies trébuchantes et compagnie ? Demeure la question la question : « Caïn, Caïn, qu’as-tu fait de ton frère Abel ? »
Jean-Claude NAHAS
Moutons de Panurge
La Jamaa islamiya entre dans la partie, ou plutôt la polémique actuelle, et appelle le Hezbollah à cesser de manifester, soulignant ainsi son soutien au Courant du futur. Présenté ainsi, on ne peut que trouver bien sympathique cette organisation fondamentaliste. Mais n’oublions pas l’histoire de cette organisation, plus connue sous le nom des Frères musulmans, celle-là même décrite comme succursale du réseau terroriste el-Qaëda dans certains pays, dont l’Indonésie, celle-là même qui en Égypte fut responsable des actions terroristes contre les touristes notamment à Louxor, qui participa à la création de la Résistance islamique en Afghanistan, et à Gaza.
Ainsi, entre les tentes et les barbus défilant au couteau et à la hache un fameux jour du 5 février 2006, dévastant au passage le quartier d’Achrafié sans parler de nos très croyants illuminés dénaturant la Croix-pardon, le choix est vite fait dans la majorité.
Et les moutons de Panurge se doivent de continuer à fermer les yeux face à cet extrémisme fondamentaliste islamo-chrétien, en lieu et place de construire un Liban libre de tout confessionnalisme, un Liban nation et non un Liban arabe ou un Liban 5e colonne de tierces parties qui disputent une partie d’échecs par pions perses, américains et saoudiens interposés.
Alexandre BAZ
Cri du cœur
Au nom de quel Dieu,
Au nom de quelle foi,
Au nom de quelle loi,
Au nom de quel droit de l’homme,
Vous nous sacrifiez ?
Nous sommes chrétiens et musulmans,
Nous sommes chiites, maronites, druzes, orthodoxes, sunnites, arméniens,
Nous sommes d’honnêtes Libanais et croyons foncièrement en notre pays.
Nous trimons jour et nuit dans la peur de Dieu et du lendemain.
Nos employés sont chiites, maronites, druzes, orthodoxes, sunnites, arméniens.
Nous nous dédions à nos clients, libanais et arabes, chrétiens et musulmans.
Méritons-nous vos supplices et votre condamnation à mort ?
Nous payons nos taxes pour que vous puissiez bénéficier des avantages
sociaux.
Nous payons les factures d’électricité, pour que vous puissiez avoir la vôtre à l’œil.
Nous nous endettons pour offrir à vos enfants des emplois sûrs,
Nous continuons à investir pour les retenir dans notre beau pays.
Est-ce là notre tort ? Notre crime ?
Vous nous brûlez sur l’autel de vos idéaux. Et de vos intérêts.
Ils sont de bien courte durée, vos idéaux et vos intérêts.
Notre foi en Beyrouth et le Liban, elle, est pure, immense, sans limite.
Vous êtes heureux d’avoir eu la peau de quelques-uns parmi nous
Vous vous réjouissez de pousser au chômage des centaines de pères
de familles et de jeunes.
Détrompez-vous.
Ce sont les propriétaires, les intérêts, le fisc, la sécurité sociale, l’EDL, etc.
Vos complices de tout genre qui nous étranglent.
Qui est pire, l’illuminé ou le rapace ?
Comme le phénix, nous renaîtrons.
Nous illuminerons Beyrouth et tout le Liban de notre sourire et notre hospitalité,
Nous sertirons notre pays de joyaux encore plus beaux.
Que Dieu, le Dieu de la miséricorde, de l’amour et de la paix, vous pardonne.
Boghos NAKABIAN
Restaurateur au centre-ville
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