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Actualités - Opinion

Une histoire sans morale

Les bravades, les fanfaronnades n’y feront rien : c’est bel et bien à une fuite en avant qu’on assiste. Après les sit-in improbables qui n’en finissent pas de finir, après les manifestations rachitiques d’une CGTL atteinte de sénescence avancée, voici venu le temps de la « grosse artillerie » : une grève contestée et contestable, une fermeture générale imposée à un pays exsangue, une journée de travail perdue par une population rattrapée par une inflation galopante. Les erreurs, les grosses bourdes des semaines, des mois passés n’auront servi à rien, et c’est le même esprit aventuriste qui a mené le pays au désastre l’année écoulée qui anime aujourd’hui les pourfendeurs autoproclamés de la corruption et de l’injustice. Plus qu’une fatalité, c’est une malédiction qui nous pourchasse, une malédiction entretenue par ceux-là mêmes qui se présentent comme le bouclier, la carapace de la République. Une République qui présentera demain au monde entier l’image d’une entité rongée par les divisions, morcelée en parties adverses taillées à la mesure de communautés et de clans pris au piège de leurs ambitions, de promesses impossibles, de politiques insensées quasiment suicidaires. Comment peuvent-ils se dire favorables à la conférence Paris III et créer en même temps une situation de déstabilisation susceptible d’effaroucher, de faire fuir les bailleurs de fonds, les pays traditionnellement amis du Liban ? Comment peuvent-ils se dire favorables à l’aide internationale alors même qu’ils disséminent à travers le pays affiches, posters et calicots accusant les Paris I, les Paris II et III, et tous les Paris à venir de tous les maux, de toutes les misères financières du pays ? Paradoxal ? Bien sûr que non, mais tout cela est le résultat naturel de la politique du chantage pratiquée depuis la « victoire divine » de juillet dernier, sans cesse réalimentée avec les « promesses divines » lancées lors des harangues enflammées du centre-ville entré, depuis, en hibernation. L’objectif est on ne peut plus clair et l’opposition ne s’en cache pas : par-delà la demande impérative d’un gouvernement d’union nationale, qui n’est finalement qu’un prétexte, c’est le tiers de blocage qui est exigé, autrement dit un droit de veto quand seront mises sur le tapis les questions cruciales liées au tribunal à caractère international et, ultérieurement, aux armes du parti de Dieu. Une exigence qui torpille les bases mêmes sur lesquelles est fondé le Liban : consensus, entente, dialogue. Le chantage se résume à l’équation suivante : « Acceptez immédiatement le tiers de blocage (qu’ils appellent très pudiquement tiers de garantie) et vous aurez le dialogue », alors que l’essence même du Liban, la convivialité, qui en est le moteur, induisent de dialoguer d’abord et d’esquisser, d’établir les solutions ensuite. C’est à cela que s’est efforcé de parvenir le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, seul médiateur agréé par tous les camps, par tous les protagonistes de la crise, un Amr Moussa qui a fini par jeter l’éponge, la formule consensuelle d’un gouvernement sans tiers de blocage pour l’une ou l’autre partie s’étant noyée dans les eaux troubles de la duplicité. Demain mardi, l’opposition placera la journée sous le signe du refus, du boycottage, la majorité en fera, elle, une journée de participation, de travail normal, d’appui à ses positions. Une journée test, un référendum, en quelque sorte, qui permettrait aux deux adversaires d’évaluer leurs influences respectives, de déterminer l’importance des soutiens dont ils affirment bénéficier. À moins, évidemment, qu’un grain de sable ne vienne fausser le jeu, intimidations et dérapages pouvant survenir à tout moment, l’opposition n’excluant nullement des mouvements de foule et la fermeture d’axes routiers. Pauvres citoyens ballottés au gré des humeurs chagrines des uns, des lubies, des folies des autres, entraînés dans des batailles, des dérives dont ils sont totalement innocents, mais dont ils payent forcément la facture. Véritable conscience du Liban martyr, le patriarche Sfeir a fait assumer, hier, à toutes les directions politiques la responsabilité de la déliquescence, de la désintégration de la nation. Un cri de douleur qui a résonné comme un cri d’alarme, mais dont l’écho tarde à se faire entendre. Pour finir, une petite parenthèse, mais qui en dit peut-être long. Interviewé par une agence de presse internationale, un militant pur et dur qui monte la garde dans la « citadelle » du centre-ville a résumé la situation en ces termes : « Dans tout conflit, beaucoup de gens innocents en paient le prix. » L’agence en question a relevé que ce militant possède lui-même un commerce hors de Beyrouth et que ses affaires prospèrent, « alors que les manifestations (au centre-ville) en précipitent bien d’autres vers la faillite ». Faut-il une morale à cette histoire ? Nagib AOUN
Les bravades, les fanfaronnades n’y feront rien : c’est bel et bien à une fuite en avant qu’on assiste. Après les sit-in improbables qui n’en finissent pas de finir, après les manifestations rachitiques d’une CGTL atteinte de sénescence avancée, voici venu le temps de la « grosse artillerie » : une grève contestée et contestable, une fermeture générale imposée à un pays exsangue, une journée de travail perdue par une population rattrapée par une inflation galopante.
Les erreurs, les grosses bourdes des semaines, des mois passés n’auront servi à rien, et c’est le même esprit aventuriste qui a mené le pays au désastre l’année écoulée qui anime aujourd’hui les pourfendeurs autoproclamés de la corruption et de l’injustice.
Plus qu’une fatalité, c’est une malédiction qui nous pourchasse, une...