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Actualités - Opinion

Amours meurtrières

Progressivement, sans s’en rendre compte, trop englués sans doute dans leurs petits calculs de boutiquiers, ils se sont délités, se sont métamorphosés en de grotesques épouvantails. Des épouvantails qui font, selon l’humeur du moment, rire plus que pleurer, mal au cœur plus que mal tout court. De manifestations revendicatives en nuisance délibérée, de défense du citoyen, de la veuve et de l’orphelin en manœuvre dilatoire, la séquestration de la volonté populaire se fait chaque jour un peu plus flagrante, chaque jour un peu plus pernicieuse. Après avoir manipulé les vivants voilà, aujourd’hui, qu’ils manipulent la mémoire des morts, une récupération odieuse qui ne fait honneur ni à ses auteurs ni à ses acteurs, un dérapage auquel se sont prêtés ceux-là mêmes qui se disent les défenseurs de la probité et de la moralité publique. Des opérations « mains propres » qui se diluent dans les sinuosités des intérêts de clans, de partis, dans les agendas préfabriqués intimement liés à de suspectes complaisances régionales. Et comme par enchantement, comme par un coup de baguette magique, tout le monde ou presque réclame maintenant la vérité, tout le monde ou presque se dit saisi d’un amour fou, irrépressible pour le Liban. Mais ne nous y trompons pas : la vérité qu’ils veulent, c’est, bien entendu, celle qui arrange certaines affaires, celle qui disculpe des suspects, qui blanchit des régimes ostracisés, qui les ramène, la tête haute, dans le concert des nations. L’amour fou pour le Liban, pour lequel ils se sont découvert une soudaine passion, ce n’est pas celui qui fleurit sur les affiches attrape-nigauds, mais celui qui se traduit par la fermeture des routes, par l’encerclement des centres vitaux du pays. Une passion folle qui étouffe, qui paralyse et qu’ils menacent d’attiser à coups de pneus enflammés, de brasiers gigantesques. « Ce n’est que le début, avertissent-ils, sans sourciller, une simple répétition avant la première. » Ainsi va le Liban à l’aune de Paris III, à l’aune de démarches et d’initiatives internationales pour le prémunir contre de nouveaux désastres. Politique du bord du gouffre ? Pire ! Une politique suicidaire qui ne peut déboucher sur aucune solution, un piège qui se referme sur tout le pays et qui menotte ceux-là mêmes qui l’ont posé : le gouvernement Siniora ne peut évidemment pas céder à ce qui est tout simplement un chantage et l’opposition, fourvoyée dans une escalade sans issue, ne peut que perdre la face si elle abandonne son exigence aberrante du tiers de blocage. L’issue ? Elle est évidente : le retour pur et simple à la table de dialogue, la recherche d’une formule basée sur l’inévitable consensus. S’y opposer, c’est confirmer les soupçons relatifs aux agendas régionaux, c’est garder le Liban prisonnier des interférences externes. Des calculs catastrophiques en juillet dernier, des calculs encore plus désastreux aujourd’hui, et voilà que la porte sudiste est, de nouveau, entrebâillée, que des tensions artificielles surgissent dans la région méridionale. Issue de secours pour sortir de l’enlisement interne, riposte immédiate à la stratégie musclée de Bush face à l’Iran et à la Syrie ? Les deux explications se tiennent, mais force est de constater que la Finul bis est soumise, depuis quelque temps, à une campagne systématique de dénigrement. Un jour, elle est soupçonnée d’espionnage en faveur d’Israël, un autre, il lui est fait reproche de ne rien faire pour empêcher les incursions ennemies. Le bouquet ? L’accusation qui lui a été adressée d’avoir intégré dans ses rangs des Israéliens et d’anciens miliciens de l’armée du Liban-Sud d’Antoine Lahd ! Une Finul bis venue nous assurer un parapluie protecteur et que des têtes brûlées s’évertuent à vouloir discréditer, un tribunal international qui veut nous protéger des assassins et qu’on cherche à torpiller, une conférence internationale qui cherche à nous remettre d’aplomb et qu’on accable de tous les maux, ainsi s’exprime l’amour fou pour le Liban, ainsi se concrétise la défense des classes laborieuses, de l’intérêt supérieur de la nation. Un combat d’arrière-garde qui ne trompe plus personne, un mouvement revendicatif qui s’égare et qui ne sait plus pour quelle raison il a été déclenché, une population qui se rend progressivement compte qu’on la mène en bateau… À l’heure des bilans, le constat est pour le moins dramatique. Plût au ciel que les parties concernées tirent de l’impasse la conclusion qui s’impose : des retrouvailles en salle close sans préconditions, sans exclusives. En somme, un retour à la case départ, mais, entre-temps, que d’occasions auront été manquées, que de gâchis, de dégâts les Libanais auront eu à subir ! Nagib AOUN
Progressivement, sans s’en rendre compte, trop englués sans doute dans leurs petits calculs de boutiquiers, ils se sont délités, se sont métamorphosés en de grotesques épouvantails. Des épouvantails qui font, selon l’humeur du moment, rire plus que pleurer, mal au cœur plus que mal tout court.
De manifestations revendicatives en nuisance délibérée, de défense du citoyen, de la veuve et de l’orphelin en manœuvre dilatoire, la séquestration de la volonté populaire se fait chaque jour un peu plus flagrante, chaque jour un peu plus pernicieuse.
Après avoir manipulé les vivants voilà, aujourd’hui, qu’ils manipulent la mémoire des morts, une récupération odieuse qui ne fait honneur ni à ses auteurs ni à ses acteurs, un dérapage auquel se sont prêtés ceux-là mêmes qui se disent les défenseurs de la...