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Actualités - Opinion

Impression Présages

Je vois pour le Liban des jours grandioses. Je vois son peuple réconcilié, revenu des conflits sournois qui le minent, revenu à la sagesse pour longtemps. D’avoir vécu tout ce qu’il a vécu, on ne l’y reprendra plus. Je nous vois tous, tant que nous sommes, au-dessus de la mêlée, considérant avec détachement un monde qui se débat dans ses ambitions criminelles et ses vaines conquêtes. Je nous vois, immunisés contre tout mal, rendus solidaires par nos misères communes, par les anciennes violences qui ont ruiné nos vies. Je nous vois, avec nos différences parfois radicales, faire de notre obligation de vivre ensemble un projet de vie commune où chacun apporterait sa contribution dans la mesure de ses talents et des moyens qu’il possède. Je nous vois revenir à la morale rudimentaire qu’ont établie nos aïeux, à ce code archaïque inscrit en chacun de nous et qui a permis à notre société de trouver une cohésion malgré sa disparité. Un code chevaleresque, de paysans et de guerriers. Précieux héritage qui a marqué dans nos gènes la générosité du pauvre, le devoir d’assistance à quiconque a besoin de nous, l’accueil de l’étranger, le respect des croyances. Oui, le Libanais est parfois roublard. Oui, le Libanais est parfois brouillon, mal structuré, superficiel, m’as-tu-vu et frimeur. Mais le Libanais est aussi un type formidable, qui répond toujours présent à un appel à l’aide, qui ne baisse jamais les bras et, sans dire un seul mot, se met à rebâtir. Le Libanais est convivial de nature, et il ne manque pas de panache. Voilà pourquoi ma boule de cristal me permet d’envisager pour lui, raisonnablement, les jours meilleurs qu’il mérite. Cela dit, après May Makarem, qui a si justement parlé dans ces colonnes de l’exploitation de la peur par les mages-maison, et Gaby Nasr, qui a constaté que les voyances de fin d’année étaient comme par hasard focalisées sur le politique, je voudrais à mon tour exprimer mon indignation quant au festival de terreur organisé par les télévisions locales le soir de la Saint-Sylvestre. D’abord, concernant la forme. Il est outrageux de présenter comme un événement, en l’habillant du cérémonial qui entoure habituellement l’information et le reportage, et en lui offrant la crédibilité d’un animateur de débats, le discours d’un voyant, aussi populaire soit-il et d’ailleurs d’autant plus qu’il l’est. À une heure de grande écoute, si ce n’est pas de la manipulation d’audience, qu’on m’en donne une autre définition. Ensuite, concernant le fond. Une litanie de catastrophes qu’un présage heureux en exergue ne rend que plus amère. En effet, à quoi bon prédire la prospérité –qui vient forcément d’elle-même en vertu de la loi des cycles – à un public qui doit s’attendre au pire dans un avenir proche ? Rien de ses cauchemars les plus fous ne lui est épargné. Des tremblements de terre aux conflits sanglants dans les universités, en passant par l’ébranlement de piliers du pouvoir et de la justice, la menace nucléaire, un incendie géant, tout ce qui vous fait peur, tout ce qui vous réveille du pied gauche, tout ce qui vous empêche d’apprendre et d’entreprendre, tout ce qui vous empêche de vivre et de consommer, sont servis en accompagnement du dindon que vous êtes. J’en connais qui ont décidé d’hiberner jusqu’à l’année prochaine puisque, de toute façon, il pleuvrait en été. Une question s’impose : à qui profite ce laminage organisé d’un moral collectif qui ne tient plus qu’à des semblants d’éclaircies ? Il est vrai que l’irrationnel a toujours fait florès par temps troubles. L’obscurantisme, son inséparable, nous pend-t-il au nez ? Que les mages m’autorisent alors cette voyance de mon cru : si cela était, on rouvrirait la chasse aux sorcières et l’on rallumerait les bûchers. Si cette profession, peut-être aussi valable qu’une autre, avait une déontologie, elle recommanderait d’aider les gens à vivre et à aller de l’avant. Le contraire est purement criminel. Fifi ABOU DIB
Je vois pour le Liban des jours grandioses. Je vois son peuple réconcilié, revenu des conflits sournois qui le minent, revenu à la sagesse pour longtemps. D’avoir vécu tout ce qu’il a vécu, on ne l’y reprendra plus. Je nous vois tous, tant que nous sommes, au-dessus de la mêlée, considérant avec détachement un monde qui se débat dans ses ambitions criminelles et ses vaines conquêtes. Je nous vois, immunisés contre tout mal, rendus solidaires par nos misères communes, par les anciennes violences qui ont ruiné nos vies. Je nous vois, avec nos différences parfois radicales, faire de notre obligation de vivre ensemble un projet de vie commune où chacun apporterait sa contribution dans la mesure de ses talents et des moyens qu’il possède. Je nous vois revenir à la morale rudimentaire qu’ont établie nos aïeux, à...