Turin, 15 février 2006, au milieu des stars olympiques autrichiennes, allemandes, américaines,suisses et autres suédoises, une jeune Libanaise apparaît telle une fée parmi les solides championnes de ski en bas de la descente dames des Jeux olympiques de Turin, qui vient de se dérouler à San Sicario. Des yeux bleus éclairant un visage ambré sous un casque d’or dont dépasse une tresse noire de jais, Chérine Njeim, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, ne passe pas inaperçue. S’étant attaquée sans complexes aux ténors du ski mondial, notre jeune championne nationale s’attendait à un meilleur résultat.
« Je voulais faire mieux, mais il y avait du vent et une mauvaise visibilité. » Les premiers mots venant du joli minois sont d’ordre sportif, signe que la skieuse née à Beyrouth n’était pas venue simplement pour participer. Et que sa 34e place à six secondes de la championne olympique Michaela Dorfmeister ne la satisfait pas. Puis, petit à petit, Chérine semble prendre conscience de l’expérience vécue.
« À l’entraînement, j’avais peur, mais là, c’était mieux. Et puis, c’est génial d’être là, surtout venant du Liban ! » s’exclame-t-elle.
Avant d’en arriver là, Chérine avait frappé un grand coup, le 28 janvier, en remportant la descente de Beaver Creek, aux États-Unis, une épreuve comptant pour la Coupe de l’Amérique du Nord. Faisant partie des Coupes continentales, un cran en dessous de la Coupe du monde, la Coupe de l’Amérique du Nord regroupe l’élite des skieurs et skieuses résidant aux États-Unis et au Canada. Chérine Njeim faisait une entrée fracassante dans les compétitions de haut niveau.
Une semaine plus tard, elle confirmait sa forme éclatante en s’imposant dans le slalom géant de Snow King (Wyoming).
Tout a commencé devant un petit écran : « Petite, je regardais les courses de ski à la télévision et j’ai toujours aimé la vitesse, être à la limite », raconte-t-elle pour expliquer comment lui est venue l’envie de pratiquer le ski à haut niveau.
Née dans une famille aisée le 4 octobre 1984 à Beyrouth, où vivent encore ses parents, Chérine est la quatrième et dernière enfant d’une fratrie de sportifs. « Je suis le bébé de la famille », plaisante-t-elle.
Ses deux frères et sa sœur « touchent à tous les sports possibles », affirme-t-elle, ajoutant qu’elle-même s’adonnait volontiers au tennis et au VTT, une discipline qu’elle pratique même en compétition au Liban.
Mais la belle a quitté son pays seule « à 14-15 ans » pour la France, où elle trouvait de meilleures conditions pour s’entraîner et pratiquer son sport favori.
« Au Liban, nous avons six stations de ski formidables, où il fait toujours soleil, mais il est difficile de s’y entraîner pour progresser », explique-t-elle.
Aussi, depuis sept ans, Chérine a-t-elle rejoint, aux États-Unis, l’un des centres névralgiques du ski US : Park City, dans l’Utah. « Je m’y entraîne dans un club où vient l’équipe américaine. Ils m’ont dit que je pouvais m’entraîner avec eux », ajoute la skieuse qui a élu domicile à Salt Lake City.
Elle y a participé à ses premiers JO en 2002 (36e en slalom et 45e en géant).
« C’est dur d’être loin de sa famille, mais, pour skier et s’améliorer, il faut faire des sacrifices ! » assène Chérine.
À 22 ans, la jeune Libanaise a déjà participé à deux JO et ne compte certainement pas s’arrêter en si bon chemin.
Fée, oui, mais compétitrice dans l’âme.
M. H.
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