Les épreuves permettent de franchir les étapes. Les concepteurs de jeux vidéo l’ont si bien compris, que cette règle simple sert de trame à toutes leurs créations. Pendant les premières périodes du jeu, le héros se constitue une personnalité, acquiert des atouts et des privilèges qui lui servent à franchir les passages les plus dangereux. Il bascule alors dans un univers plus complexe et ainsi de suite. Nos enfants s’impatientent quand leur héros traîne dans le même niveau d’un jeu. Ils ont hâte de le mesurer au gardien de l’étape, dusse-t-il en crever. Parfois, ils vont chercher sur Internet des codes et des combines pour s’en sortir plus facilement. Mais la victoire est dans ce cas sans péril et le triomphe, sans gloire, laisse un fond de frustration. Dans la vie réelle, cela se traduit par une coordination de plus en plus fine du cerveau et des pouces. On peut imaginer que par une forme d’évolution darwinienne, les doigts de la main viennent à s’atrophier pour laisser place à des membres en tenailles, mieux adaptés à la virtualité du troisième millénaire.
Nous n’en sommes pas encore là. À l’heure d’arracher la dernière page du calendrier 2006 et de la transformer en une jubilatoire poignée de confettis, nous avons l’impression amère d’avoir enduré toutes les épreuves sans avoir pour autant franchi d’étape. Y a-t-il maldonne, ou le jeu est-il truqué ? Nous voilà à présent dans le redoutable labyrinthe des glaces. Une ombre apparaît, nous dégainons, mais ce n’est que notre propre image. Un ami se présente. Nous acceptons la main tendue, mais c’est une main hostile. Nous découvrons une charte. Elle indique la sortie, mais le parcours est trompeur, et nous tournons en rond. Tout à coup, une porte bascule. Une voix caverneuse donne des instructions. Enfin, le sage ! Sa voix nous guide dans le dédale. Mais le sage est un fou, et l’issue qu’il indique donne sur un autre labyrinthe, inversé comme un reflet du premier. Tel est désormais notre environnement, un labyrinthe dont aucune issue n’est visible à hauteur d’homme.
Que faire alors pour en sortir ? La culture virtuelle nous imposerait de tenter et de tenter encore. Ne pas tirer sur les faux ennemis, ne pas suivre les faux amis et ne pas écouter les faux sages de quelque bord que l’on soit. Notre culture libanaise faite de siècles de conflits et de réconciliations nous a suffisamment armés contre les leurres. Nous aurons beau interroger les astres et consulter les mages, nous ne croirons même pas la numérologie qui nous assure que 2007 porte le chiffre parfait selon les religions du Livre. 2007 fera ce qu’elle pourra dans cette terre qui vieillit, elle aussi, et qui a ses vapeurs. Plus que jamais, la clé d’un monde meilleur se trouve au fond de notre poche. Il suffit de chercher. C’est une année sage que je vous souhaite, une année de solidarité, d’empathie, de tendresse, d’écoute, une année qui sera comme nous la ferons, belle et bonne si nous voulons.
Fifi ABOU DIB
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