Par Abdel-Maoula Chaar *
Les crises se succèdent au Liban et cette situation a des répercussions économiques qui remettent en question, notamment, la viabilité de nombreuses entreprises. La raison des difficultés de ces firmes semble évidente. Elle est externe et est à même de toucher l’ensemble des compagnies du pays. Cependant, toutes les firmes du pays ne sont pas en crise. De fait, l’expérience prouve que dans une situation donnée, certaines organisations entrent en crise et d’autres non. Et parmi celles qui sont touchées, certaines en ressortent renforcées, alors que d’autres sont laminées. C’est le cas autant au Liban que dans le reste du monde.
Hewlett Packard, par exemple, a fait face à d’innombrables crises et continue à opérer alors qu’on ne parle plus de Texas Instrument qui a été créé, pratiquement, à la même période. Cette dissemblance serait à expliquer par la vision qu’avaient les fondateurs de leur organisation. L’objectif ultime de Bill Hewlett et Dave Packard était l’entreprise en elle-même, alors que pour les fondateurs de Texas Instrument leur firme ne représentait qu’un média leur permettant d’exploiter une technologie et un marché spécifiques. Dans un cas, il y a une vision organisationnelle, dans l’autre, une vision stratégique qui relève plus du marketing que de l’organisation. Il est intéressant de relever que cette prééminence de l’entreprise propre à Hewlett Packard existe dans de nombreuses compagnies comme Sony, Honda, Wal-Mart, 3M, Boeing, Walt Disney… qui ont traversé nombre de crises et occupent toujours une place privilégiée dans leur secteur d’activité.
Comment expliquer cette situation ? Il faut, d’abord, savoir qu’une crise externe ne peut engendrer de crise interne que si elle déstabilise l’entreprise de l’intérieur. Certains experts comparent, en fait, une vraie crise à un raz de marée qui submerge les références habituelles de l’organisation et l’empêche, ainsi, de faire sens de son action et de son environnement. Ainsi, les crises peuvent empêcher les firmes de réagir de façon cohérente face au danger.
La vision organisationnelle, pour sa part, traduit concrètement une philosophie bien précise faite de valeurs, de normes et de règles. Elle sert de base à la mise en place d’une culture d’entreprise qui permet aux membres de l’organisation d’avoir une vision unie de l’entreprise et de son environnement … Et c’est ainsi que la vision organisationnelle sert de bouclier et que la résistance aux crises pourrait bien s’expliquer par la solidité et la pertinence de la culture de l’entreprise.
* Spécialiste en stratégie et théorie des organisations, chercheur au Centre de Recherches et d’études Doctorales (CRED) de l’ESA.
En coopération avec l’ESA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats