Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Vision d’entreprise Culture comptable

Par Abdel-Maoula CHAAR* Rien ne semble plus « innocent », à première vue, que la comptabilité. Il s’agit, a priori, d’une série d’informations financières qui sont compilées et arrangées de façon scientifique pour offrir un « cliché » financier de l’entreprise. Celui-ci sert de base à un contrôle interne en permettant, entre autres, de s’assurer de la « réalité » des coûts et des recettes des compagnies. Il va, surtout, être utilisé pour analyser leurs performances. Pour mener à bien cette tâche, des spécialistes vont comparer les résultats comptables de la firme étudiée à toute une batterie de critères pour en tirer les conclusions qui s’imposent. Ce second volet de l’analyse comptable est crucial pour l’entreprise. Il y va de sa légitimité et, partant, de sa capacité à capter des ressources de son environnement. Il est impensable, par exemple, qu’une compagnie puisse obtenir un prêt d’une banque si ses états financiers ne présentent pas les caractéristiques qui permettent aux spécialistes d’affirmer que sa situation est saine. De fait, cette analyse comptable s’apparente à un contrôle externe de l’organisation dans la mesure où elle permet de s’assurer de la conformité de l’action de l’entreprise à la norme… et, c’est là que l’on se rend compte que la comptabilité est beaucoup moins innocente qu’elle ne le paraît de prime abord. Avec les progrès de la globalisation, les systèmes comptables ont tendance à s’uniformiser. Ils esquissent, de par les normes qu’ils établissent et les critères qu’ils retiennent, un profil de firme idéale. Plus les compagnies vont se rapprocher de ce modèle, plus elles vont être considérées comme légitimes et être à même de profiter de la prodigalité de leur environnement. Celles qui ne le font pas risquent de voir leurs sources de financement se tarir et leur avenir remis en question. C’est ainsi que les systèmes comptables participent à l’uniformisation des entreprises. Bien plus, en privilégiant certains critères aux dépens d’autres, ces systèmes contribuent à la diffusion d’une certaine idée de l’entreprise et de son rôle dans la société. Ainsi, il parait souvent « naturel » que la rentabilité soit le critère dominant utilisé pour juger une entreprise alors que celle-ci peut avoir d’autres objectifs que la maximisation du rendement. Alors, qu’en est-il, justement, des firmes « hors normes » ? De ces banques dites éthiques qui permettent à leurs clients de perdre des points d’intérêt plutôt que d’investir dans des projets que leur morale réprouve ? De ces banques islamiques qui proposent des prêts sans intérêts (Qard Hassan) à des personnes dans la nécessité ? Ou de ces « Penny Banks » qui fournissent des prêts aux plus pauvres pour les aider à sortir de la misère ? Il y a quelques années, elles faisaient encore figure de curiosités. Mais les temps changent. Les grands groupes internationaux évoquent de plus en plus leur action sociétale dans leurs rapports d’activités et, surtout, il y a quelques jours, Muhammad Yunus, le créateur de la première banque spécialisée dans le micro-crédit a reçu le prix Nobel de la paix. C’est là une reconnaissance internationale de l’importance que peuvent avoir des conceptions alternatives de la finance et de la finalité de l’entreprise. Reste à apprendre à comptabiliser les « actifs » sociétaux. On ne sait pas encore le faire mais vu l’air du temps, cela ne saurait tarder. *Spécialiste en stratégie et théorie des organisations – Centre de recherche et d’études doctorales de l’ESA (CRED) En coopération avec l’ESA

Par Abdel-Maoula CHAAR*

Rien ne semble plus « innocent », à première vue, que la comptabilité. Il s’agit, a priori, d’une série d’informations financières qui sont compilées et arrangées de façon scientifique pour offrir un « cliché » financier de l’entreprise. Celui-ci sert de base à un contrôle interne en permettant, entre autres, de s’assurer de la « réalité » des coûts et des recettes des compagnies. Il va, surtout, être utilisé pour analyser leurs performances. Pour mener à bien cette tâche, des spécialistes vont comparer les résultats comptables de la firme étudiée à toute une batterie de critères pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
Ce second volet de l’analyse comptable est crucial pour l’entreprise. Il y va de sa légitimité et, partant, de sa capacité à capter des...