Malgré l’interdiction de manifester promulguée par les dignitaires religieux musulmans et chrétiens, le Hezbollah et ses alliés ont insisté pour prendre ce risque. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Hezbollah n’est pas maître de sa décision, et que c’est Damas et Téhéran qui télécommandent ces manifestations, insistent des responsables du 14 Mars. Et de citer Ali Khamenei affirmant que le Liban doit être le lieu de la défaite des États-Unis.
Gouvernement d’union nationale ? Nouvelle loi électorale ? Sornettes, clame le 14 Mars, qui se dit convaincu que ces objectifs déclarés servent de paravent à autre chose. Car un gouvernement d’union nationale où le Hezbollah disposerait de la minorité de blocage serait-il plus facilement formé sous la pression populaire que grâce à un dialogue sincère, franc et sans préalables ? Et serait-il possible d’adopter rapidement une nouvelle loi électorale, sachant que le projet de loi électorale mis au point par la commission présidée par Fouad Boutros a pris plus de neuf mois pour voir le jour, et reste l’objet de diverses contestations ?
Les manifestations, le sit-in, le tiers de blocage, c’est donc pour autre chose. Mais pour quoi au juste ? Pour provoquer une discorde et satisfaire ainsi le désir de vengeance du président syrien Bachar el-Assad et concrétiser les prédictions du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem ? Pour faire échec aux États-Unis au Liban ?
Même à ces questions, il est difficile d’apporter une réponse claire. Car si la maturité du peuple libanais l’empêche de se laisser entraîner à une discorde, il reste un objectif qu’il est possible d’atteindre : le vide institutionnel et la catastrophe économique et financière qu’il pourrait provoquer, avec un chef de l’État qui n’entérine pas les décisions du Conseil des ministres et un Parlement qui ne se réunit pas pour étudier des propositions de lois.
Pourtant, soit dit en passant, si le chef de l’État prêtait l’oreille aux constitutionnalistes et aux hommes qui ont contribué à l’accord de Taëf, il aurait sans l’ombre d’un doute appris que le gouvernement jouit de tous ses attributs constitutionnels, tant que les deux tiers de ses membres sont là.
Selon l’ancien député Edmond Rizk, en effet, le gouvernement n’a pas perdu sa légitimité avec la démission des ministres chiites. En aucun cas, affirme-t-il, ces démissions ne placent le gouvernement sous le coup de l’alinéa « j » du préambule de la Constitution (« tout pouvoir qui viole le pacte de coexistence devient illégitime ») .
En effet, et conformément à l’alinéa « a » de l’article 95, les communautés ont été « équitablement représentées » lors de la formation du gouvernement. Par ailleurs, la démission de leur propre gré de six ministres ne figure pas parmi les six conditions prévues pour qu’un gouvernement soit démissionnaire (article 69).
Mais pour en revenir à la question initiale, pourquoi donc ces mouvements de masse, pourquoi l’insistance sur le tiers de blocage ?
Selon une source ministérielle, la véritable raison de la revendication du Hezbollah est, outre le tribunal international... la présidence de la République.
Le vide gouvernemental, c’est en prévision de l’élection présidentielle qu’il est réservé. Pour le cas où le chef de l’État que la majorité aura choisi ne répond pas aux aspirations de la Syrie et de l’Iran, assure la source citée.
Car dans le cas contraire, ajoute une source du 14 Mars, si, à l’expiration du mandat du président Lahoud, un nouveau président de la République n’est pas élu, c’est le Conseil des ministres qui sera appelé à assumer les fonctions du chef de l’État (article 62 de la Constitution). Ce qui contraindra les forces de l’opposition à accepter soit le chef de l’État que la majorité aura élu, soit l’exercice des fonctions présidentielles par le gouvernement en place.
Émile Khoury
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Malgré l’interdiction de manifester promulguée par les dignitaires religieux musulmans et chrétiens, le Hezbollah et ses alliés ont insisté pour prendre ce risque. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Hezbollah n’est pas maître de sa décision, et que c’est Damas et Téhéran qui télécommandent ces manifestations, insistent des responsables du 14 Mars. Et de citer Ali Khamenei affirmant que le Liban doit être le lieu de la défaite des États-Unis.
Gouvernement d’union nationale ? Nouvelle loi électorale ? Sornettes, clame le 14 Mars, qui se dit convaincu que ces objectifs déclarés servent de paravent à autre chose. Car un gouvernement d’union nationale où le Hezbollah disposerait de la minorité de blocage serait-il plus facilement formé sous la pression populaire que grâce à un dialogue sincère, franc et...