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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Propos de rue

Dans l’éditorial de mercredi était évoqué l’usage abusif qui est fait du discours démocratique, et cela à des fins rien moins que démocratiques. Le temps, cependant, n’est plus aux seules harangues et vociférations des tribuns. Comme elle l’avait promis, c’est la rue qu’entreprend d’investir aujourd’hui même une opposition dont le poids, indiscutablement réel, ne saurait justifier pour autant une démarche doublement équivoque, sinon suspecte : suspecte d’abord par les moyens extrêmement hasardeux qu’elle met en œuvre ; suspecte ensuite et surtout par les intérêts extralibanais qui, à l’évidence, tirent profit de son action. Les périls de la rue, les chefs spirituels musulmans étaient unanimes à les rappeler mardi ; et hier a naturellement abondé dans leur sens le patriarche maronite qui, s’adressant aux mères, épouses et filles des martyrs, a affirmé que les manifestations ne font que compliquer les problèmes au lieu de les résoudre. Car dans un pays comme le Liban (et l’anarchie de la circulation automobile n’y est cette fois pour rien) c’est dans les deux sens qu’est praticable la rue ; dès lors, le risque de collision y est des plus élevés, surtout quand entrent en scène les provocateurs. À la rue répond inévitablement la rue ; par certains 8 mars et 14 mars d’ailleurs, l’un et l’autre camp ont amplement démontré leur capacité à faire le plein. Par-dessus tout cependant, une rue c’est ce qui va quelque part (Paul Claudel) ; or dans l’état actuel de division et d’échauffement des esprits, qui donc de tous les personnages, qui s’affrontent sur la scène publique, serait-il en mesure de dire aux citoyens où nous allons tous ensemble, dans quel piège nous fonçons tête baissée, jusqu’au point où un même malheur réussira à nous unir enfin ? Le plus surréaliste – le plus dérangeant aussi - dans l’initiative de l’opposition est bien, une fois de plus, ce salmigondis de vertus patriotiques, pacifistes, consensuelles et libérales dont elle veut se parer. Quel souci de la paix civile traduisent en effet ces rafales nourries d’armes automatiques saluant l’apparition télévisée de Hassan Nasrallah hier, et auquel répondait fatalement, en soirée, un baroud pour Fouad Siniora ? Comment une minorité parlementaire peut-elle prétendre soumettre la majorité en se voyant concéder un droit de veto ? Où trouve-t-on l’aplomb nécessaire pour présenter le renversement du gouvernement comme une simple et juste réédition de la marée populaire qui, en 2005 et dans un contexte absolument différent, emporta une équipe Karamé mise en place par le tuteur syrien ? Où donc le président de la République, au mandat frappé de la plus flagrante illégalité, trouve-t-il l’énorme culot, lui, de se comparer à Gandhi luttant contre le colonialisme britannique, quand il incite à l’insubordination les fonctionnaires de l’État ? Autres questions, condamnées à rester sans réponses : comment peut-on se dire acquis de longue date au principe d’un tribunal international pour les attentats politiques commis au Liban et n’avoir raté aucune occasion, tout au long des derniers mois, de se désolidariser de cette quête de justice, de l’entraver méthodiquement tantôt en boycottant le gouvernement et tantôt en le désertant ? Par quel prodige le plus authentiquement, le plus farouchement libanais des Premiers ministres depuis l’indépendance serait-il l’instrument de l’ambassadeur américain Feltman, le label de national étant réservé en revanche à des partis ouvertement armés et financés de l’extérieur ? Et quelle espèce de culture démocratique l’opposition peut-elle absorber de modèles aussi étrangers à la spécificité libanaise que l’iranien et le syrien ? Toujours est-il qu’à dater de ce vendredi, la fameuse minorité de blocage, cette vénéneuse pomme de discorde, n’est plus une simple revendication politique, mais une inquiétante réalité sur le terrain. Ce qu’elle risque de bloquer en fait, cette très agissante minorité, c’est la marche du pays vers le progrès, la stabilité, la souveraineté, la quiétude domestique. Car c’est carrément sous le signe de l’aventure que s’inscrit ce programme de manipulation des foules exposé à tous les dérapages. C’est l’aventure avec un grand A, et même plus d’un. L’été dernier a donné à voir – et à endurer – une guerre privée avec l’ennemi israélien, décrochée comme au libre-service et dont les dividendes, bien que controversés au plan national, ont été aussitôt réinvestis en termes de puissance politique. Et quelles que puissent être ses motivations, ce n’est pas en endossant avec d’autres ce saut dans l’inconnu que le général Michel Aoun peut faire oublier les malheureux résultats de ces deux équipées que furent la guerre de libération et celle menée contre la milice des Forces libanaises. Que de voies dites royales ont fini en culs-de-sac ! Issa GORAIEB

Dans l’éditorial de mercredi était évoqué l’usage abusif qui est fait du discours démocratique, et cela à des fins rien moins que démocratiques. Le temps, cependant, n’est plus aux seules harangues et vociférations des tribuns. Comme elle l’avait promis, c’est la rue qu’entreprend d’investir aujourd’hui même une opposition dont le poids, indiscutablement réel, ne saurait justifier pour autant une démarche doublement équivoque, sinon suspecte : suspecte d’abord par les moyens extrêmement hasardeux qu’elle met en œuvre ; suspecte ensuite et surtout par les intérêts extralibanais qui, à l’évidence, tirent profit de son action.
Les périls de la rue, les chefs spirituels musulmans étaient unanimes à les rappeler mardi ; et hier a naturellement abondé dans leur sens le patriarche maronite qui,...