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Actualités - Opinion

Une idée idéale, malheureusement irréalisable : la neutralité

Objectivement, dans l’absolu, si l’on considère l’intérêt de ce malheureux petit pays et la quiétude de sa population, il n’y a qu’un seul choix politique, une seule issue : la neutralité positive. C’est ce qu’un vétéran s’évertue à plaider. En soulignant que cet enseignement coule de source, va de soi, au vu des épreuves endurées par le Liban à cause de l’implication dans des conflits extérieurs. Des crises, souvent insolubles, des guerres d’autrui multiples, livrées par procuration sur ce sol et tournant à la confrontation intestine. Les Libanais, désunis, divisés, s’entre-déchirant parce que des forces politiques se mobilisent pour servir d’instrument à des puissances, ou des causes, étrangères. La litanie est longue, interminable. Des souffrances indicibles, des dévastations, des deuils pendant tant de décennies. Que l’on aurait pu éviter, et que l’on devrait désormais prévenir, en adoptant l’option suisse ou autrichienne de non-engagement. Sans quoi, du reste, l’on serait encore bon, suivant l’expression familière, pour un siècle de drames, de tueries et de destructions. Cet homme d’expérience ajoute que l’on parle aujourd’hui de la confrontation des axes, via la scène libanaise. En réalité, précise-t-il, il n’y a là rien de nouveau. Ce pays, en ne se tenant pas résolument de côté et à l’abri, a toujours payé un lourd tribut à des conflits régionaux ou internationaux. Dans lesquels il n’était pas directement concerné, où ses intérêts propres n’étaient pas en jeu. Ce qui rend sa longue tragédie encore plus révoltante. Il rappelle, sans remonter aux XVIIIe et XIXe siècles, déjà riches en secousses et désunions internes alimentées du dehors, les épisodes marquants de l’époque contemporaine. La lutte entre colonisateurs français et britanniques tournant à l’avantage de ces derniers, par l’indépendance libanaise arrachée en 1943. Un rare moment de grâce où les Libanais s’étaient entendus pour sortir ensemble, les uns de l’orbite de la Syrie, les autres de celui de la France. Mais pour oublier ensuite, assez rapidement, la bonne règle, en se divisant de nouveau au sujet du pacte de Bagdad et du nassérisme. Ce qui avait provoqué les événements de 1958. Puis l’irruption des Palestiniens armés, prétendant, comme le déclarait Abou Ayad, que la libération de Jérusalem passait par la route de Jounieh. Ils avaient causé la guerre dite des deux ans, en 1975, et créé un État dans l’État. Puis l’entrée des Syriens, leur longue tutelle de presque 30 ans, émaillée de durs épisodes de guerre, qu’ils attisaient ou calmaient, en fonction de leurs intérêts du moment. Ensuite, un après-Taëf marqué lui aussi par une guerre sourde, bien que froide et limitée au volet politique, entre plusieurs protagonistes, pour diverses causes. Avec, pratiquement, élimination de la scène d’une composante essentielle du pays, ce que l’on peut appeler le camp chrétien. Enfin, malgré le retrait des forces syriennes, le clivage qui persiste et s’exacerbe entre les fidèles de Damas, épaulés par des alliés qui ne se réclament pas de la même allégeance, et les indépendantistes. Le Hezb Retour au concept de neutralité. Une question se pose de suite : comment imaginer qu’un Nasrallah y souscrive, alors que, résolument rangé du côté de l’axe syro-iranien, il qualifie le cabinet Siniora de gouvernement Feltman. Comment penser que le Hezbollah renonce à une action engagée au titre même de son idéologie. Et qu’il accepte ce principe salvateur interdisant tout parti pris aux côtés de forces extérieures. Afin que les Libanais cessent de se dresser les uns contre les autres. De toute évidence, en observant le tableau sous son point de vue, le Hezbollah perdrait sa raison de vivre même s’il devait se désengager d’une lutte qu’il affirme être la sienne propre au premier chef. À savoir le combat jusqu’au bout contre Israël, ordonné par l’imam Khomeyni. La mission de fer de lance que le Hezb veut assumer reste à ses yeux de nature quasi religieuse (d’où l’expression « victoire divine »), donc obligatoire. Et il entraîne dans son sillage Amal, les prosyriens, ainsi que d’autres forces motivées par des considérations intérieures. Répétons-le, objectivement, le vétéran cité a bien raison de répéter qu’il est temps pour les Libanais de comprendre les leçons de l’histoire. Et d’adopter une ligne de neutralité positive. C’est-à-dire qui ne serait pas un repli sur soi-même. Mais, tout en gardant un esprit civilisateur d’ouverture au monde, une protection contre les vents et les tempêtes soufflant du dehors. Qu’il s’agisse du conflit des axes ou des luttes d’influence entre Arabes comme entre différents étrangers. Il faudrait sans doute également, comme le relève l’ambassadeur Fouad Turk, comprendre la nécessité d’une solution de fond qui ne soit pas un arrangement épisodique, comme ce fut en réalité le cas pour les différents accords internes précédents. Émile KHOURY
Objectivement, dans l’absolu, si l’on considère l’intérêt de ce malheureux petit pays et la quiétude de sa population, il n’y a qu’un seul choix politique, une seule issue : la neutralité positive. C’est ce qu’un vétéran s’évertue à plaider. En soulignant que cet enseignement coule de source, va de soi, au vu des épreuves endurées par le Liban à cause de l’implication dans des conflits extérieurs. Des crises, souvent insolubles, des guerres d’autrui multiples, livrées par procuration sur ce sol et tournant à la confrontation intestine. Les Libanais, désunis, divisés, s’entre-déchirant parce que des forces politiques se mobilisent pour servir d’instrument à des puissances, ou des causes, étrangères. La litanie est longue, interminable. Des souffrances indicibles, des dévastations, des deuils...