Le divorce se profile entre le Premier ministre israélien Ehud Olmert et son ministre de la Défense Amir Peretz accusé de négocier en sous-main un cessez-le-feu avec les Palestiniens. Officiellement, M. Olmert ne réclame pas la démission de l’ancien syndicaliste propulsé en mai à la Défense, en dépit de son manque d’expérience dans ce domaine. Mais des proches du Premier ministre le font à sa place. Ils réclament avec insistance le remplacement de M. Peretz par un autre dirigeant de son parti travailliste, une exigence qui trouve un écho au sein même de la direction de cette formation. « Le portefeuille de la Défense doit passer à d’autres mains par un consensus au sein de la coalition », a déclaré hier aux journalistes le ministre Yaacov Ezeri du parti Kadima de M. Olmert, chargé des relations avec le Parlement. Il a suggéré avec une ironie à peine masquée d’attribuer à M. Peretz les portefeuilles des Affaires sociales, de la Culture ou des Sciences.
La nouvelle crise a été provoquée par une conversation téléphonique dimanche entre M. Peretz et le président palestinien Mahmoud Abbas. M. Olmert, qui n’en a été informé qu’après coup, avait demandé à ses ministres de « ne pas passer leur temps à élaborer des projets d’initiative diplomatique ». Le Premier ministre, après avoir été mis au courant de la conversation téléphonique, a averti M. Peretz : « Personne ne doit rencontrer Abbas avant moi », selon le quotidien Haaretz. Il l’a sommé de ne pas engager des discussions sur un cessez-le-feu affirmant que cette grave question « ne pouvait être réglée en cinq minutes » et relevait de sa seule prérogative. M. Peretz a répliqué : « Je ne suis pas un ministre chargé uniquement de liquider » des activistes palestiniens. « Je suis à la tête du camp de la paix et c’est mon rôle de rechercher un cessez-le-feu. » Des conseillers de M. Olmert et du président Abbas doivent en outre se réunir aujourd’hui afin de tenter d’organiser une rencontre entre les deux dirigeants, a annoncé hier un haut responsable israélien.
L’entretien téléphonique avait été organisé par le député arabe israélien, Mohammad Baraké, de la liste communiste Hadash. « J’ai mis en contact ces deux dirigeants, car je suis convaincu qu’il faut tout faire pour arrêter l’escalade de la violence qui a déjà fait trop de victimes innocentes », a déclaré le député à la radio militaire. MM. Abbas et Peretz se seraient mis d’accord, d’après leur entourage réciproque, sur le principe d’un cessez-le-feu, les Palestiniens cessant leurs tirs de roquettes et Israël cessant ses opérations offensives. Le président palestinien s’est toujours opposé aux tirs de roquettes sans parvenir à imposer sa volonté aux groupes armés palestiniens responsables de ces attaques qui entraînent de sanglantes ripostes israéliennes. Toutefois, ces groupes armés ont réaffirmé ces derniers jours être prêts à « stopper les tirs de roquettes » si l’armée israélienne cessait ses attaques.
Les rapports entre le chef du gouvernement israélien et le numéro un travailliste n’ont jamais été faciles. Ils se sont encore dégradés après les ratés de la guerre au Liban, Israël ne parvenant pas à briser la résistance du Hezbollah du 12 juillet au 14 août, Amir Peretz se voyant reprocher son incompétence, alors qu’il se plaint de servir de bouc émissaire. Selon un sondage publié le 14 novembre, une forte majorité d’Israéliens estime que MM. Olmert, Peretz et le chef d’état-major Dan Haloutz devraient tous quitter leurs fonctions après cette guerre. 53 % pensent qu’Olmert doit partir, 59 % que Peretz doit partir et 62 % pensent que Haloutz doit le faire.
Marius SCHATTNER (AFP)
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