Rechercher
Rechercher

Actualités

Éclairage Paris III : une opportunité économique devenue un argument politique

Novembre 2005 : la conférence d’aide internationale, alors appelée Beyrouth I, est imminente. Reste à attendre le moment propice pour fixer la date, soit un minimum de stabilité politique. Le projet de budget 2006 est lié au programme de réformes grâce auquel les aides doivent affluer, mais autour duquel le consensus se fait attendre. Quelques voix s’élèvent pour mettre en garde contre les tiraillements politiques qui menacent cette « occasion unique » de sauver l’économie libanaise, le but étant de profiter de l’élan de sympathie internationale suscitée par la révolution du Cèdre. Novembre 2006 : les données sont les mêmes, à quelques détails près. Il s’agit désormais de Paris III, le projet de budget 2007 attend toujours le programme de réformes, qui demeure absent des tables de dialogue successives. Et il faut désormais profiter de la bienveillance internationale après l’offensive israélienne. Sauf que depuis quelques jours, Paris III n’est plus que sur les lèvres de quelques ministres concernés ou des représentants du secteur privé. Elle est devenu au centre du débat politique. Cet engouement soudain des dirigeants du pays pour la chose économique est-il le résultat du matraquage quasi quotidien du ministre des Finances et des organismes économiques, ou le bien-être économique et social des citoyens est-il subitement devenu prioritaire ? Une réponse positive à cette dernière question serait sans doute salutaire. Mais le doute est permis. En réalité, la conférence n’est aujourd’hui abordée que par son aspect politique. Elle s’inscrit dans la logique de confrontation entre la majorité et l’opposition. À court d’arguments, les deux camps se sont emparés des questions socio-économiques, un sujet qui a le mérite de toucher directement les Libanais, contrairement à d’autres que les électeurs commencent à délaisser. Et à la tête des perspectives socio-économiques figure bien évidemment la conférence Paris III, sans quoi le pays est menacé de s’effondrer. Alors, en plus du tribunal international et de la résolution 1701, la majorité accuse désormais l’opposition de vouloir aussi torpiller Paris III. Côté opposition, on craint que cette conférence ne vienne enrichir une classe dominante qui refuse de partager le pouvoir. Toutefois, les deux camps reconnaissent l’urgence et se disent concernés par le niveau de vie des Libanais. Et des deux côtés, on se renvoie la responsabilité d’un éventuel échec de la conférence. Mais si l’on prenait la question sous un angle économique, en dehors de toute considération politique, les arguments des uns et des autres seraient infondés. Pour les ténors du 14 Mars, l’argument « Paris III » est venu compléter une série d’échéances que l’opposition mettrait en péril si elle obtenait une minorité de blocage. En clair, cela voudrait dire que l’autre camp bloquerait le programme économique du gouvernement s’il venait à être soumis à un cabinet d’union. Or, si l’on exclut les intérêts politiques, les différents courants risquent bien de s’entendre sur un programme de réformes. En effet, celui du Courant patriotique libre, par exemple, est aussi libéral que celui de la majorité, si ce n’est plus, et présente les mêmes grandes lignes, notamment la réduction de la taille de l’État, l’assainissement des finances publiques et autres. Quant au Hezbollah, et son allié Amal, on les accuse d’être opposés au principe même des privatisations. Or les milieux économiques, et même des sources de la Banque mondiale affirment que rares sont les ministres de l’Énergie à avoir été aussi sérieusement engagés sur la voie de la libéralisation du secteur que Mohammad Fneich, issu du parti chiite. De même, les arguments de l’opposition, sur le fonds, sont tout aussi dérisoires. Les risques de corruption et de mauvaise gestion des sommes obtenues à Paris III sont avant tout un risque encouru par les bailleurs de fonds. Or ces derniers, échaudés par les expériences passées, insistent pour mettre en place un mécanisme transparent, chapeauté par la Banque mondiale. Quant au général Aoun, qui a récemment estimé que la communauté internationale aurait plus confiance dans l’opposition que la majorité, il est légèrement décalé par rapport à la réalité. Le gouvernement Siniora collabore depuis des mois avec les institutions internationales pour préparer cette conférence et une relation de confiance s’est instaurée entre les deux parties. Sans parler de la crédibilité acquise par le Premier ministre sur la scène internationale après sa gestion de la guerre de juillet, et du soutien indéfectible du président Chirac, qui accueille la conférence, à la majorité. Les bailleurs de fonds seront certainement beaucoup moins enclins à injecter des sommes dans un pays dépourvu de majorité, ou miné par les luttes intestines. Si les deux camps étaient capables de réellement séparer les questions économiques et politiques, Paris III ferait l’unanimité. Or l’heure n’est justement pas à l’unanimité, mais à la bataille pour le pouvoir, dans laquelle tous les arguments sont bons. Que les dirigeants cessent de présenter cette conférence comme une priorité. Car si elle l’était vraiment, un camp comme l’autre feraient les concessions nécessaires. Et finalement, peu importe qui portera la responsabilité d’un éventuel échec de Paris III, c’est tous les Libanais qui en payeront le prix. Sahar AL-ATTAR
Novembre 2005 : la conférence d’aide internationale, alors appelée Beyrouth I, est imminente. Reste à attendre le moment propice pour fixer la date, soit un minimum de stabilité politique. Le projet de budget 2006 est lié au programme de réformes grâce auquel les aides doivent affluer, mais autour duquel le consensus se fait attendre. Quelques voix s’élèvent pour mettre en garde contre les tiraillements politiques qui menacent cette « occasion unique » de sauver l’économie libanaise, le but étant de profiter de l’élan de sympathie internationale suscitée par la révolution du Cèdre.
Novembre 2006 : les données sont les mêmes, à quelques détails près. Il s’agit désormais de Paris III, le projet de budget 2007 attend toujours le programme de réformes, qui demeure absent des tables de dialogue successives....